19 octobre 2018

Poèmes (Hamel)

Louis-Paul Hamel, Poèmes, Chez l’auteur, Charlesbourg, 1958, 49 pages. (Couverture de Jean Miville-Deschènes)

Le recueil a été publié à compte d’auteur. Disons que Hamel, et sa poésie presque toujours versifiée, devaient déjà paraître vieillots à la fin des années 50. Retenons que certains poèmes sont datés de la fin des années 40.

Le principal thème de l’auteur, c’est l’amour, mais pas dans le sens traditionnel. En fait plusieurs poèmes font état de « relations troubles » sans trop nommer les choses, comme il convient dans un recueil de cette époque.

Il y a la « femme-lumière », « belle d’élégante douceur », mais il y a aussi la « flâneuse », une soûlonne libertine, et le « gueux sensuel », un vieux viveur décrépit.

Parfois la rencontre est pleine de charmes : « Une belle apparaît dans le pas de mon songe, / Une belle qui pleure et qui prend des blés d’or / Dans les mains de l’automne où ses doigts se prolongent / Comme un bonjour de joie et de riches décors. »  

D’autres fois, la relation baigne plutôt dans un climat délétère et même une certaine morbidité : « Dans l’obscure / La douloureuse cicatrice / Laissée par tes dents de fer / Je saigne ton sourire pour en faire ma lumière. / Je distingue charnellement / Les vivants et les morts / Comme les vers les plus grossiers / Et les plus affamés / Et de ces instants morts dans la vie / Et vivants dans la mort / Je nourris calmement / Ma propre pourriture. »

Ce qui rattache Hamel à son époque c’est le sempiternel sentiment de culpabilité lié à la sexualité. La notion de péché n’est jamais très loin : « Chétif, comme tout corps abreuvant de son sang / L’avenir assassin et ses veines immondes, / Je rôde près des chairs lascives de Satan / Et caresse mon corps d’illusions profondes. // Je voudrais pour mon cœur des plaisirs sans regret / Une parole hostile au poids de ma misère / Et pour mes souvenirs honteux de leur secret / Recueillir le bonheur d’aujourd’hui sans colère. » 

Vers la fin du recueil, le poète semble élargir son inspiration : « Je suis le révolté d’un peuple qui rugit, / D’un peuple qui n’a rien et qui doit tout donner ».  C’est la misère des laissés-pour-comptes qui pousse Hamel à la révolte.

12 octobre 2018

Pour toi

François de Vernal, Pour toi, Éditions du Soir, Montréal, 1956, 46 pages.

Le recueil porte cet exergue : « À l’espoir… à la liberté / Aux serments éternels de l’amour ».

Le premier poème va ainsi :

C’EST POUR TOI seule cette chanson
qui vagabonde.

C’est pour toi seule
ce soupir qui me serre le cœur.

C’est pour toi seule
que l’amour n’est pas un songe
ni une rêverie, ni un mensonge.

C’est pour toi seule
que mes lèvres
savent dire:
MERCI À LA VIE.

Vous l’aurez compris, le thème principal, c’est l’amour. C’est surtout l’amour heureux, comblé, qui est décliné sous toutes ses formes. Les poèmes ne s’adressent pas toujours à une femme aimée : quelques-uns racontent des histoires d’amour qui n’en sont pas vraiment. D’autres sujets sont quand même abordés, mais sans qu’on comprenne comment ils sont liés à l’ensemble. Ainsi, dans le dernier tiers, on a droit à des poèmes d’inspiration religieuse : « Les lépreux », « Le tableau », « Jésus de Nazareth ».  Autre exemple : dans un poème qui ressemble à une fable, « Le passager clandestin », il raconte les mésaventures d’un copain qui « a laissé passer le train » et qui se retrouve seul dans la nature.

C’est une poésie très simple, sans originalité. De Vernal tente de lui donner un rythme chantant en répétant des mots, ce qui finit par lasser : « Alcazar, mon brand coursier / Alcazar, mon grand coursier / Tu les entends. / Le sol est blanc, / Le sol est blanc. »

Particularité de l’édition, on a droit à quinze pages de couleur pêche au milieu du recueil.

5 octobre 2018

Portes closes

Georges Dor, Portes closes, Montréal, Éditions de l’Aube, 1959, 40 pages.

Le recueil est dédié à « Claude Rousseau de la Beauce, poète inconnu ». Il est difficile de saisir la structure de Portes closes.  Il semble y avoir un poème liminaire, puis deux séries de poèmes entrecoupés d’une page blanche, puis deux  autres parties portant un titre :  « La vie toujours la même » et « Poésie provinciale ». 

La poésie de Georges Dor est facile d’accès. Il ne faut pas y chercher de savantes métaphores. Il utilise plutôt des procédés rhétoriques très simples comme l’énumération, l’anaphore, la répétition.  Le ton est le plus souvent fantaisiste, mais pas pour autant riant. Dor, souvent, désamorce ce qui pourrait devenir dramatique par une pirouette stylistique en fin de poème.  Ce que l’on retient, c’est le mélange de déception et de désillusion que l’on retrouve dans la plupart des poèmes. « J’ai tendu les bras pour tout prendre / Et rien ne m’a été donné / Que ce vide et ce silence / Qu’il faut traverser ». Il donne l’impression de quelqu’un qui se cherche, qui ne trouve pas sa place dans une société qui lui semble fausse : « Masque et mascarade / Miroirs de parade / Pour le songe de tous les jours. » Et on comprend que cette déception lui vient autant de certaines contraintes morales (« le combat d’être un homme et une âme à la fois ») que de l’inauthenticité des sentiments, dont l’amour. « Des hommes et des femmes / Dans les lits s’aiment encore / Nus / Flambants / Toujours de la même manière / Face à face / Avec leur superbe mensonge : JE T’AIME » Ses seules réponses pour juguler son mal-être semblent l’évasion, le rêve, l’imaginaire. « Un mot de passe / Pour tous les hommes / Pour faire tomber les murs / Fondre la cire des visages ».

Dans la  dernière partie, « Poésie provinciale », Dor oublie ses misères et s’intéresse davantage à la société dans laquelle il vit. Sur le mode ironique, le poète entreprend de célébrer  la « fête des poètes canadiens, / Des grandes aventures de St-Denys Garneau […] La fête d’Alain Grandbois le perdu / Dans les îles de la nuit / Celle d’Anne Hébert et de Gaston Miron ». Le recueil se termine par un poème assez mironien : « Dans nos rues sans couleur / Nous errons pathétiques / Bilingues sains et saufs / Nous avons l’air d’être vivants / À force de tenir debout ».