31 mai 2019

Aux bords du Richelieu

Eugène Achard, Aux bords du Richelieu, Montréal, Beauchemin, 1925, 288 pages.

Voici les six récits que contient ce recueil.

La puce — Séraphine Laframboise, surnommée la Puce, a un seul grand défaut : elle arrive toujours en retard à la grand’messe du dimanche.

Zozor — Basile et Basilide ont tout pour eux : une belle ferme dans un endroit enchanteur à St-Jean sur le Richelieu. Et quand leur arrive un poupon, un garçon en surcroît, c’est le bonheur total. Après moult tergiversations, ils finissent par arrêter le nom du poupon, ou plutôt ses multiples noms. Ce sera Chérubin-Herménégilde-Timoléon-Basile-Basilide-Perpétuel-Nabuchodonosor. Bien entendu, monsieur le curé n’est pas très content!

Le moulin de grand-père — Récit très descriptif de la journée d’une famille qui possède un moulin à scie près du Richelieu. Achard décrit toutes les opérations, en utilisant les mots du cru, comme le faisait Adjutor Rivard et les auteurs du courant « Vieilles choses, vieilles gens ». Récit imprégné de nostalgie pour un monde en train de s’éteindre. 

Le message de la morte — Jacques et son frère sont devenus orphelins très tôt. C’est leur grande sœur qui les a élevés. Jacques est devenu un riche banquier alors que son frère, alcoolique, a tiré le diable par la queue. Leur sœur est finalement morte dans la plus cruelle indigence puisque Jacques n’est pas venu à son secours lorsqu’elle a fait appel à lui. Et maintenant, c’est lui qui doit affronter son destin : il a commis des malversations dans la banque qu’il dirigeait et la police va bientôt venir. Le souvenir et les paroles de sa sœur défunte l’empêchent de se suicider.

Une excursion de vacances — « Quant à nous, les finissants, qui venions de nous former en amicale, nous avions résolu d’aller en sceller le pacte sur la cime du mont Saint-Grégoire, en contemplant de là-haut le lever du soleil. Tout le monde ne peut pas inaugurer sa vie active par un voyage aux montagnes Rocheuses, n’est-ce pas? mais l’on fait ce que l’on peut! » Achard raconte cette journée en montagne et du même coup décrit la région environnante qu’il semble beaucoup aimer.

Le tombeau du Mont St-Grégoire — Le narrateur, au terme d’une journée de chasse sur le mont St-Grégoire, est surpris par un orage. Au pied du mont se trouvent les ruines du manoir que le seigneur John Johnson avait érigé au début du  XIXe siècle. Il s’abrite dans le tombeau qui avait reçu les restes de Johnson en 1830. Vers minuit, le fantôme de celui-ci lui apparaît et lui raconte sa triste histoire d’amour avec Arabella. Ayant surpris sa femme avec son amant, il a tué celui-ci, pendant que sa nounou poignardait sa femme,  double meurtre qui ne fut jamais puni. Mais voilà, le narrateur n’est pas sûr que cette version de l’histoire soit la bonne; il se peut que ce soient le lieu (ruines), le temps (nuit d’orage) et ses sens (fatigue d’une longue journée de chasse) qui lui jouent un tour. Récit fantastique.


En 1957, le livre est publié (sous un autre titre,
sans le dernier  récit) dans une collection
qui s'adresse aux adolescents. (BAnQ)
Eugène Achard est arrivé au Québec dans les habits d’un frère mariste en 1903. Il quitte sa congrégation et renonce à l’enseignement en 1924. Alors commence une longue et fructueuse carrière d’écrivain. Il a écrit plus de 100 livres. Aux abords du Richelieu est son premier.   

Si tous les récits ont un lien plus ou moins étroit avec le Richelieu, on ne peut pas dire que tous se ressemblent. La « manière» est différente : Le moulin de grand-père et Une excursion de vacances ne doivent rien à la fiction. Ce sont des récits très réalistes, qui se présentent comme autobiographiques. Le tombeau du Mont-Grégoire est un récit fantastique à la Edgar Poe. Le message de la morte est un mélo. Enfin, mes préférés, La Puce et Zozor sont deux courtes histoires fantaisistes qui donnent dans l’humour, cet humour « bon enfant » qu’on pratiquait à  l’encontre de la religion. La prose d’Achard, sans être recherchée, est élégante et soignée.

Lire Les contes du Richelieu sur la BAnQ

Eugène Achard sur Laurentiana
Aux bords du Richelieu

24 mai 2019

Une rencontre

Louis Fréchette (traducteur), Une rencontre, roman de deux touristes sur le Saint-Laurent et le Saguenay, Montréal, Société des publications françaises, 1893, 132 pages. (A chance acquaintance, William Dean Howells, 1873)

Comment expliquer que Louis Fréchette se soit lancé dans la traduction de ce roman ? Rappelons d’abord qu’il a vécu 5 ans au Michigan après ses études, d'où sa connaissance de la langue anglaise. Pour le reste, c’est une affaire de famille. Achille, le frère de Louis Fréchette, épouse Annie Howells, la sœur de William, en 1877. Et comment expliquer la connaissance du Québec de William Dean Howells (1837-1920) ? Son père a été consul à Québec dans les années 1870. 

La famille du Dr Jack Alisson a fui le Sud ségrégationniste pour l’État de New York. Après la mort de sa femme, le vieux Jack s’est beaucoup attaché à sa nièce Kitty qui est venue habiter avec lui. Ses autres enfants sont déjà mariés. Un de ceux-ci, Dick, et sa femme Fanny, entreprennent un voyage en vapeur qui les amènent à Niagara, Montréal et Québec. Kitty les accompagne. Lors d’une randonnée de quelques jours sur le Saguenay, Kitty fait la rencontre de Miles Auburton, un Américain de Boston, que tout le monde imagine Anglais, tant il est snob, froid. Une relation distante s’établit entre eux, même si tout les sépare. Pour Auburton, cette fille et sa famille lui semblent « infréquentables ». Fanny, s’étant blessé, la famille doit prolonger son séjour à Québec. Et contre toute attente, Auburton décide d’y rester aussi. Il a beau lutter contre lui-même et ses préjugés, il est amoureux de Kitty. Pendant quelques semaines, les deux arpentent en tout sens la ville de Québec et les environs. La fin du séjour étant proche, Auburton demande Kitty en mariage. Il lui avoue son amour sur tous les tons, mais celle-ci hésite, consciente de leur différence de classes sociales. Quand elle est toute prête à accepter de l’épouser, un événement lui ouvre les yeux : lors d’une visite, Auburton rencontre deux vieilles amies de la « haute société » de Boston. Plutôt que de leur présenter sa future épouse, il la laisse poireauter à l’écart, faisant semblant de ne pas la connaitre. Kitty, malgré ses protestations, met fin à la relation.  Elle a compris que ses préjugés de classe sont plus forts que tout le reste.

L’intrigue repose sur une histoire sentimentale à la Jane Austen. Mais, selon moi, là n’est pas l’essentiel pour le lecteur québécois. Il ne me semble pas avoir lu un roman qui mette autant en valeur la ville de Québec. Bien entendu, l’angle n’est pas celui de Lemelin, qui décrit le tissu social. Disons que Dean Howells est en admiration devant la vieille ville, son histoire, ses monuments, son architecture. « Jamais ville ne fut plus minutieusement explorée; mais aussi nulle ville n’est plus féconde en objets intéressants. » Il ne parle pour ainsi dire pas des Québécois eux-mêmes, même s’il aime le caractère français de Québec. Il prête ces paroles à Kitty : « Je suis triste et indignée de ce qu’on ait ainsi enlevé Québec aux Français, après tout ce qu’ils avaient fait pour le construire. Mais c’est encore une ville bien française sous tous les rapports. » On trouve beaucoup de descriptions précises des attraits touristiques de Québec, de la citadelle à la cathédrale en passant par les jardins des Ursulines. Son regard est beaucoup moins sympathique lorsqu’on s’éloigne de Québec, surtout lors du voyage qu’ils font au Saguenay et dont la destination est la Baie des Ha Ha. Le vapeur passe par La Malbaie, Cacouna, Tadoussac, tous des lieux fréquentés par les touristes américains, mais rien de tout cela ne semble émouvoir Howells. Il n’y voit que froideur (on est à la fin d’août), pauvreté, misère.

Extraits

« Par-dessus le beffroi de la caserne, nos fenêtres commandent une vue de la moitié de Québec avec ses toits et ses clochers étagés en pente jusqu’à la basse-ville où ils se mêlent aux pointes aiguës des mâts de navires à l’ancre, et l’on découvre en même temps toute la plaine qui monte des bords de la rivière coulant au fond de la vallée, jusqu’à la chaîne de montagnes qui borde l’horizon, et dont les plis bleuâtres sont éclairés çà et là par de petits villages tout blancs. La plaine est parsemée de maisonnettes et émaillée de champs cultivés; et les fermes distinctement divisées, s’étendent à droite et à gauche de grandes routes bordées de peupliers, tandis que, près de la ville, le chemin circule à travers de jolies villas. »


« Je marche pour ainsi dire enveloppée dans un nimbe romanesque. A chaque coin de rue vous rencontrez des gens qui paraissent n’avoir rien autre chose à faire qu’à inviter le romancier de passage à entrer dans leurs maisons afin de prendre leurs portraits pour en faire des héros et des héroïnes. Et pour cela point de changement de costume; ils n’ont qu’à poser comme ils sont. Or puisque tel est le présent, pas besoin de vous dire que tout le passé de Québec n’aspire qu’à être transformé en romans historiques! »

17 mai 2019

Légendes gaspésiennes

Blanche Lamontagne-Beauregard, Légendes gaspésiennes, récits en prose avec illustrations de l'auteur, Montréal, Beauchemin,  1927, 124 pages.

Ivon Lefrançois — Ivon Lefrançois est amoureux de la Louise. Simple pêcheur, il doit gagner plus d’argent afin de l’épouser. Il monte au chantier, puis s’engage sur des bateaux. Quand il revient, dix ans plus tard, la Louise est morte.

La légende de la petite Sœur Anne — La sainte-Vierge elle-même remplace la petite sœur Anne pendant que celle-ci  s’occupe de son père malade.

La Dame aux Capucines  — Le curé C., d’une paroisse de Gaspésie, dit toute son admiration pour une femme qui a choisi d’élever ses enfants à la campagne plutôt qu’en ville. Pur récit du terroir.  

Histoire d’une jument noire — L’amitié entre une jeune enfant et son cheval. Hymne aux animaux.

La fille d’adoption  — Lors d’une tempête d’automne, en 1732, le seigneur Jean-Baptiste Côté et sa femme recueillent  une jeune Montagnaise. Comme personne ne la réclame, ils l’adoptent. Elle fait la joie de leurs vieux jours…  jusqu’au jour où ses parents viennent la reprendre.

Le Fantôme  — Gros Cacouna.  Geneviève, abandonnée par Julien, est devenue une fantôme. Elle enlève son ancien amoureux alors qu’il célèbre ses noces.

Le Bateau noir aux voiles blanches — « Une belle et noble jeune fille, venant de Dieppe, la gracieuse Blanche de Beaumont s’en venait sur un bateau à voiles pour rejoindre son fiancé le Chevalier Raymond de Nérac.» Les pirates interceptent le bateau.  Blanche préfère se jeter à la mer. Les pirates seront punis. Merveilleux.

Simple histoire  —  Une jeune mère se meurt d’épuisement. Sensibilité aux pauvres, aux femmes.

Le Maudit  — Le maudit, c’est le fils d’une bonne famille qui a commis maints crimes et qui  se réconcilie avec Dieu, un soir de Noël, alors que sa mère est mourante.

Le Portrait   —  « Il l’avait aperçue, cette belle Marthe L’Heureux, un soir de moisson, alors que le ciel était en feu, et qu’un petit ruisseau à l’eau fraîche chantait, tout proche dans les herbes humides… » Joseph, le vieux garçon, est follement amoureux et Marthe semble répondre à ses sentiments… jusqu’au jour où  elle en rencontre «un qui est plus dans ses goûts  ».

Le Disparu —  Son mari étant disparu en mer et ayant été supposément enterré à Percé, Marie Lepage s’est remariée. Il faut dire que son second mari est un ange comparé au précédent, un paresseux et un ivrogne. Or quelques années passent et un bon soir, l’ancien mari surgit. Voyant que sa femme est heureuse, il repart sans demander son lot.

Le titre a de quoi étonner. Seulement deux récits ont véritablement lieu en Gaspésie. Les autres se passent dans la Bas-Saint-Laurent, à Montréal ou encore dans un lieu qui n’est pas spécifié. La plupart des récits sont réalistes et n’ont guère de parenté avec la « légende ». Trois  appartiennent au genre merveilleux  (La légende de la petite Sœur Anne, Le FantômeLe Bateau noir aux voiles blanches). Ce nouvel opus de Blanche Lamontagne est en quelque sorte une suite de Récits et légendes, publié trois ans plus tôt. Je pourrais reprendre l’analyse que j’avais faite à l’époque (23 mars 2008), en changeant les noms, les titres…

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Blanche Lamontagne sur Laurentiana :
Par nos champs et par nos rives

10 mai 2019

La main de fer


Régis Roy, La main de fer, Montréal, Edouard Garand, 1931,  54 pages + La vie canadienne [Coll. Le roman canadien)

Commençons par les faits historiques. 1675 : Louis XIV vient de donner le fort Frontenac (aujourd’hui Kingston) à Cavelier de la Salle, à condition qu’il le rebâtisse en pierres, qu’il y entretienne vingt hommes pendant deux ans, etc., moyennant quoi il obtient le trafic des fourrures sur le lac Ontario jusqu’en 1678.

On le sait, Cavelier de la Salle ne se contentera pas de faire le commerce des fourrures sur les Grands Lacs. Son esprit aventureux le mènera toujours plus loin, construisant des forts et prenant possession de nouveaux territoires au nom du roi de France. Il atteindra le Michigan, l’Illinois et, beaucoup plus au sud, l’embouchure du Mississippi et le golfe du Mexique en 1682. (Ce sont Jolliet et Marquette qui furent les premiers Européens à atteindre le  Mississipi, mais ils n’étaient pas allés jusqu’au golfe du Mexique.)  

Dans ses découvertes, il est accompagné par Henri de Tonti, dont le récit de Roy retrace les origines. Il avait perdu une main dans une guerre en Europe et on l’avait remplacée par une main de fer, d’où son surnom « La main de fer ». C’est peut-être lui, tout compte fait, le héros de cette histoire. C’est du moins la thèse de Régis Roy qui souligne à de multiples reprises le caractère détestable de De la Salle (D’ailleurs, il sera assassiné par un de ses hommes). C’est Tonty qui rallie les hommes, transige avec les Indiens, accomplit les missions les plus périlleuses.

Déjà l’entreprise de De la Salle et De Tonti génère une certaine intrigue : la pénétration au cœur de l’Amérique est semée d’embûches. Roy insiste surtout sur les rencontres avec les tribus indigènes qui ne se passent pas toujours très bien. Plus encore, l’ennemi juré des Français, l’Iroquois, n’est jamais bien loin. Comme si cela n’était pas suffisant, Régis Roy a ajouté deux personnages qui se sont juré d’avoir la tête de nos deux héros, pour des raisons qu’il serait trop long à expliquer. Ces deux Européens vont poursuivre De la Salle et Tonty, de Paris jusqu’au Mississippi, prenant même la tête de groupes iroquois pour accomplir leur vengeance. Bien entendu, tout cela ne tient pas la route et de beaucoup s’en faut. On les retrouvera, morts, après un affrontement avec les Français. 

Que penser de ce roman ? La partie historique aurait pu être très intéressante, mais Roy n’a pas réussi à la présenter de façon claire. Le récit n’est pas tout à fait linéaire et le lecteur se perd dans le temps et dans les circonvolutions des personnages. Où sommes-nous, en quelle année ?

L’intérêt humain est pour ainsi dire absent. On ne s’approche jamais de De la Salle et De Conti, de leurs motivations profondes, de leur étonnement devant ce nouveau monde qu’ils sont les premiers à explorer. Et les Indiens, sauf dans l’extrait ci-dessous, sont pour ainsi dire interchangeables. Bref, La main de fer n’est pas un très bon roman.


Extrait
Ces villages ainsi qu’un quatrième appelé Osotouoy, sont désignés communément : les Arkansas. De la Salle y fit arborer les armes du roi. Le procès-verbal de la prise du pays des Arkansas est du 14 mars. Ces aborigènes ont des cabanes d’écorce de cèdre. Ils adorent toutes sortes d’animaux.
Les Français trouvèrent le pays fort beau ; une grande variété de fruits y viennent en abondance. Le bœuf musqué, le cerf, l’ours, le chevreuil et les poules d’Inde y sont en quantité. Les sauvages y ont même des poules domestiques. L’hiver est plus agréable qu’au Nord, car il tombe bien peu de neige, et une pellicule cristalline dans cette morte saison couvre les cours d’eau.
De la Salle obtint des Arkansas des guides pour le conduire chez leurs alliés, les Taensas. Tonty fut délégué pour avertir le premier dignitaire que des visages-pâles le venaient voir. Le fort palissadé des Toensas est placé sur le bord d’un petit lac, à dix arpents dans les terres. Les cabanes sont faites de bousillage et couvertes de nattes de cannes. Celle du chef suprême, d’après les calculs de Tonty, mesurait quarante pieds carrés ; la muraille environ dix pieds de haut et épaisse d’un pied. Le toit, en rotonde, avait une élévation de quinze pieds du sol.
Tonty, en y entrant, demeura surpris de voir le chef assis sur un lit de camp, avec trois de ses femmes à ses côtés, environné de plus de soixante vieillards, revêtus de grandes couvertes blanches, fabriquées d’écorce de mûrier par les doigts habiles des femmes. Ces dernières ont un vêtement semblable et, chaque fois que le chef leur parle, avant de lui répondre toutes font plusieurs hurlements en criant une couple de fois : Oh ! oh ! oh !… pour marquer le respect qu’elles lui portent.
Ce personnage était aussi considéré parmi les Taensas que Louis XIV au sein de ses adulateurs. Personne ne buvait dans sa tasse ni ne mangeait des mets préparés pour lui. Il était défendu de passer devant lui, et l’on nettoyait la place sur son passage. Lorsque le chef suprême s’en allait ad patres, on sacrifiait sa première femme, son premier maître d’hôtel et cent hommes de sa tribu pour l’accompagner dans les champs élysées de ces peuplades.
Les Taensas adoraient le soleil.
Tonty visita leur temple, construction du genre de la case du chef et lui faisant vis-à-vis. Il y avait dessus trois aigles empaillés, plantés la tête vers l’Orient. Une haute muraille entourait le temple. Sur cette ceinture murale flottaient au bout de piques, au caprice de la brise, les têtes de leurs ennemis sacrifiés au Soleil. (p. 45)

3 mai 2019

Le cadet de La Vérendrye


Régis Roy, Le cadet de La Vérendrye ou Le trésor des montagnes de roches, Montréal, Le Monde illustré (Leprohon & Leprohon), 1897, 73 pages.

Au sortir d’un bal chez le gouverneur, Jean de la Vérendrye et Pierre de Noyelles découvrent un vieil indien Mandane qui vient d’être poignardé. Ils le transportent dans une auberge toute proche et ce dernier, qui connait La Vérendrye, leur révèle un secret. Dans une grotte, quelque part dans les montagnes rocheuses, se trouve une immense pépite d’or. Et, avant de mourir, il leur donne une amulette qui serait la clef qui les mènera au trésor. Et effectivement, ils trouvent à l’intérieur de l'amulette une carte qui leur indique où se trouve l’or. Mais Brossard, celui-là même qui a poignardé l’Indien, les espionne et veut aussi s’emparer du trésor.
Le 5 juin 1750, ils partent pour l’Ouest avec un corps d’expédition dirigé par M. St-Pierre. Brossard en fait aussi partie. Sur place, ils construisent un fort (LaJonquière), rencontrent toutes sortes de difficultés, surtout à cause du traître Brossard qui monte les Indiens contre eux. Ils finissent toujours par s’en sortir. En cherchant l’endroit où se trouve le trésor, ils découvrent une jeune Espagnole qui est détenue par les Kinongé-Ouilinis. Ils réussissent à mettre la main sur le trésor et à libérer la jeune Espagnole. Lorsque vient le temps de rentrer, en 1752, ils sont attaqués par les Kinongé-Ouilinis et la jeune Espagnole, qui participe à la bataille, est tuée d’une balle au cœur. Pierre de Noyelles en était amoureux. En épilogue, Régis Roy nous révèle ce que chacun des personnages historiques est devenu par la suite.
C'est un récit d’aventures habilement mené. La base historique semble solide et n'envahit pas le récit : l’auteur cite des historiens, dont Benjamin Sulte à qui il dédie son récit. On regrette tout de même que le but de cette mission dans l’Ouest reste aussi vague. On regrette aussi ne pas savoir ce qui est arrivé au traître Brossard. Enfin, comme dans tous les récits de cette époque, les Indiens ne sont pas présentés sous un jour très favorable. 


Le roman a été publié sous un
autre titre en 1926
Extrait
Les sauvages établis près du fort comptaient quarante-deux familles, et environ une soixantaine d’hommes en état de porter les armes.
Le grand chef se nommait le Corbeau.
Quand MM. de la Vérendrye et de Noyelles visitèrent le village des sauvages, ils remarquèrent les fils de Patte-d’Ours, l’un des chefs subalternes. Ils étaient bien taillés et pouvaient être très utiles aux officiers pour le plan qu’ils mûrissaient, relativement à la découverte de la mine.
Ils déclarèrent à Patte-d’Ours qu’ils aimeraient à explorer le pays avoisinant et requerraient les services de deux hommes solides, et, qu’en voyant ses fils, ils avaient cru trouver ceux dont ils avaient besoin.
Ils ajoutèrent immédiatement que de jolis présents seraient leurs récompenses, à lui et à ses garçons, s’ils répondaient à leurs espérances.
Flattés par ces paroles et plus encore par la perspective de présents des blancs, Patte-d’Ours et ses dignes rejetons n’hésitèrent pas à conclure un arrangement. L’un se nommait le Renard, c’était l’aîné, âgé de vingt-cinq ans, et l’autre, l’Écureuil, de deux ans plus jeune.