17 novembre 2017

Les romanciers du Jour

 

Les éditions du Jour ont été fondées en 1961 par le journaliste Jacques Hébert. On connaît tous la petite histoire. Hébert était déjà un auteur de récits de voyages aguerri lorsqu’il s’acoquine avec Edgar L'espérance pour fonder les éditions de l’Homme en 1958. Ils publient deux grands succès L’assassin de Coffin et Les insolences du frère Untel. Hébert quitte le bateau pour obtenir plus de liberté, entre autres pour publier des romanciers. Au fil du temps, la maison va faire paraître toutes sortes de livres avant de s’éteindre en 1981.

Plusieurs collections vont voir « le jour » : Romanciers du Jour, Poètes du Jour, Proses du jour, Littérature du Jour, Théâtre du jour et Bibliothèque québécoise.

On peut dire que les éditions du Jour ont joué un rôle important dans le renouvellement de la littérature québécoise, ne serait-ce que par l’audace formelle et le ton iconoclaste de certaines œuvres. La période faste, selon Claude Janelle qui leur a consacré un livre en 1983, se situe entre 1968-1974. En 1973, VLB abandonne la maison pour des raisons politiques et Jacques Hebert le suit un an plus tard. À partir de ce moment, Le Jour devient une aventure plus commerciale que littéraire, et décline jusqu’à sa disparition en 1981. 

Au départ, Hébert va certes repêcher quelques noms connus, comme Yves Thériault, Marie-Claire Blais, Gérard Bessette et Jacques Ferron, mais il va surtout offrir une tribune formidable à de nouveaux auteurs : Roch Carrier, Victor Lévy-Beaulieu, Hélène Ouvrard, Jacques Poulin. André Major et Victor-Levy Beaulieu vont beaucoup contribuer au succès de l’entreprise en occupant la direction littéraire. Une saison dans la vie d’Emmanuel, prix Femina 1966, le 16e roman de la collection, demeure sans doute le moment-phare de la maison.

Dans cette présentation, on s’intéresse uniquement aux Romanciers du Jour. La collection comprend 132 romans. J’ai déjà blogué 12 des 15 premiers titres. Dans les semaines qui suivent, je vais présenter Le grand roman d'un petit homme, La jument des Mongols, La fleur de peau… et peut-être Une saison dans la vie d’Emmanuel si j’ose cette xième relecture.

  1. Marcel Godin. La cruauté des faibles, 1961
  2. Jean-Louis Gagnon. La mort d’un nègre, 1961
  3. Charlotte Savary. Le député, 1961
  4. Marie-Claire Blais. Le jour est noir, 1961
  5. Roland Lorrain. Perdre la tête, 1962
  6. Jean-Paul Filion. Un homme en laisse, 1962
  7. Andrée Maillet. Les Montréalais, 1963 (1er livre avec la couverture si caractéristique)
  8. Claire Mandat. Poupée, 1963
  9. Jean Basile. Lorenzo, 1963
  10. Yves Thériault. Le grand roman d'un petit homme, 1964
  11. Yves Thériault. La rose de pierre, 1964
  12. Roch Carrier. Jolis deuils , 1964
  13. Jean Basile. La Jument des Mongols, 1964
  14. Andrée Maillet. Les Remparts de Québec, 1965
  15. Hélène Ouvrard. La fleur de peau, 1965

10 novembre 2017

Les ferments

Jules Tremblay, Les ferments, Ottawa, Imprimerie Beauregard, 1917, 78 pages (Illustration de Jobson Paradis).

Ce recueil contient 11 poèmes de formes irrégulières. Il appartient au courant du terroir. Le mérite de Tremblay, c’est de maintenir une certaine hauteur d’inspiration, d’éviter de célébrer l’heure des vaches.
  
Strophes liminaires 
S’attacher à la terre, c’est une manière de rendre hommage aux ancêtres : « J’ai pris racine au sol qu’ont découvert les nôtres ; / Et dans chaque sillon, puisant leur souvenir / Comme un or épuré que rien ne peut ternir, / J’écoute dans mon cœur chanter leur voix d’apôtres. »

Laudes 
Le chant de la nature est un hymne à Dieu. « Il n’est pas dans les bois une oraison qui mente, / Et l’âme peut monter, dans cette ascension, / Où l’aube rajeunie entre en procession ; / Car toutes les beautés se fondent en prière ».

Aubade bocagère 
Poème bucolique dans lequel le poète célèbre le chant de la forêt.

Réveil des champs  
Tremblay oppose le monde vivifiant de la campagne au monde dénaturé de la ville.

L’Œuvre 
Il glorifie les faucheurs. « Le neuf est aujourd’hui l’âme des vieilles choses ».

Choral des blés  
« Le pain est bon qu’on mange après l’avoir gagné / Sur le terrain qu’on a pour soi-même imprégné ».

Rapsodie 
Le plus long poème du recueil. Tremblay commence par un hommage au blé, à qui il donne la parole. La suite du poème est ancrée dans la réalité de 1917 : le blé symbolise les Canadiens  français au combat. «  Ils culbuteront l’Allemand / Dans la tranchée ou dans la plaine, / Et vaincront sans reprendre haleine ». Le poème nous emmène ensuite en Ontario où le français est menacé : « L’Europe n’est pas seule où la Justice pleure. / … / Et jusque dans mes bois, un gendarme brutal / Veut me faire oublier le doux parler des mères ».

Nocturne
On est en plein au cœur  de l’idéologie de conservation : « La vision qui point à travers les moyettes / Brode un sourire d’ange aux blancheurs des layettes, / Et transforme les blés en berceaux vagissants ».

L’amour du sol 
Le poète se lance dans une défense de la vie campagnarde en opposition à la vie urbaine : « Vos livres, vos palais, vos temples, vos musées, / Vos théâtres, remplis de foules amusées /… / Tout cela ne vaut pas une tige qui sort / À travers le sol dur qu’elle bombe et qu’elle ouvre. »

Le cri du nourricier 
Ce poème est une charge contre les «  villes tuberculeuses » et le monde industriel : « Vous nous assassinez des campagnes entières, / Pour peupler sans repos l’usine-cimetière. » Ou encore : « Il ne faut pas, jamais, que notre tâche hésite, / Même si nous faisons vivre vos parasites. / Le chômage du soc est un arrêt de mort, / Car vos progrès géants viennent de notre effort. »

Demain
La conclusion était prévisible, la régénération cette civilisation perdue ne peut venir que du sol : « Car c’est du sol que surgira le droit de vivre, / En donnant à chacun sa page du grand-livre, / Et le soc prévaudra contre l’accapareur / En rayant d’un sillon les siècles de terreur. »

9 novembre 2017

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3 novembre 2017

L'emballement

Apollinaire Gingras, L’emballement. Poème antiimpérialiste, Restons Canadiens, s. l., Chez l’auteur, 1920, 23 pages.


C’est une charge assez féroce que l’abbé Apollinaire Gingras lance contre l’impérialisme anglais. Son brûlot, qui ne contient que 12 poèmes, attaque tous ceux qui voudraient que les Canadiens soient obligés de faire la guerre par loyauté pour l’Angleterre.

Le premier poème, « Apologue colonial », est narratif : un père, pour ne pas morceler son bien, a déshérité son fils cadet qu'il n'apprécie guère. Ce dernier déménage avec sa femme sur une terre neuve et, à force de travail, réussit à se créer une place enviable. Et ne voilà-t-il pas que le père, à la suite d’un procès avec le voisin, procès inutile, vient quêter son cadet. Celui-ci, bien entendu, refuse poliment sa demande. Gingras en tire ceci comme morale : une colonie n’a pas à voler au secours de la mère-patrie, surtout quand le but de toutes ses guerres est plus que douteux :

« Des guerres de l'empire accepter le partage ?
Vraiment, nous serions pris dans un bel engrenage !
Il l’est toujours, en guerre, et c'est en égorgeant
Qu'il peint le globe en rouge et se gorge d'argent.
Ce contrôle des mers, ces continents, ces îles,
Qu'il les garde à ses frais, et nous laisse tranquilles.
Jeune peuple exilé dans ces vierges forêts,
C'est la paix qu'il nous faut : la vie et le progrès ! »

Apollinaire Gingras (1847-1935)
Les quelques autres poèmes du recueil vont répéter à peu près le même message, à ceci près : Gingras s’immisce dans la vie politique, fait référence aux partis et nomme certains politiciens pour les encenser ou les dénoncer. Ainsi sur Henri Bourassa : « Mitrailler Bourassa d'un prudent persiflage. / Mon poème en serait fadement encombré ; / Ce fretin ne vaut pas l'honneur d'être poivré. » Il me semble que ses « héros » constituent un drôle d’amalgame : « Revenez, MacDonald, Papineau, Lafontaine, / Morin, Blake, Baldwin, Mackenzie et Cartier. / Vous qui plaidiez nos droits sans merci, sans quartier. »

Le petit recueil se termine par quelques poèmes qui célèbrent le pays et par un appel à la liberté.

Sainte patrie, auguste reine
Sois dès ce jour ma souveraine;
À toi nos refrains immortels.
Terre d'honneur, jamais flétrie,
Ô Canada, sois ma patrie :
Gardons tes foyers, tes autels !

Esclave à demi d'un empire
N'est pas l'idéal où j'aspire :
Je veux être un jour citoyen.
Ô Canada, terre bénie,
À toi mon cœur, à toi ma vie :
Je veux être en tout canadien !

Je veux, fidèle à ton histoire,
Revivre tes beaux jours de gloire,
Tes jours d'honneur et de fierté.
Pays d'amour et d'espérance,
Je veux revivre ta vaillance
En montant vers la liberté.

Liberté dans mon culte et dans mes lois civiles.
Liberté d'être heureux dans mes champs, dans mes villes.
Liberté de fleurir au soleil du progrès.

Lire le recueil