Louis H. Taché, La poésie française au Canada, Saint-Hyacinthe, Imprimerie du Courrier de St-Hyacinthe, 1881, 288 pages.
Douze ans seulement après Antonin Nantel, voici Louis-Hippolyte Taché et une anthologie beaucoup plus costaude. Contrairement à Nantel, il ne propose pas d’orientation.
On a droit à deux paratextes : un poème de Louis Fréchette pour « servir d’introduction » à l’anthologie et une étude de 32 pages de Benjamin Sulte sur la littérature canadienne-française. Sulte pose un regard très lucide sur notre aventure littéraire. « Si, depuis vingt-cinq ans, nous n’avons pas créé un large et profond courant litteraire, c’est parce que nous ne sommes pas mûrs comme nation. »
Louis-Hyppolite Taché (1859-1927) (ne pas confondre avec Joseph-Charles Taché) fut le secrétaire de Chapleau. On lui doit quelques nouvelles et surtout les Nouvelles soirées canadiennes publiés de 1882 à 1886. Notez qu’il n’a que 22 ans quand il publie son anthologie.
Taché ne laisse tomber aucun des huit auteurs retenus par Nantel. On retrouve Chauveau, Crémazie, Fiset, les deux Garneau, Le May, Lenoir et Routhier.
Il en introduit sept nouveaux : William Chapman, James Donnely, Achille et Louis Fréchette, Adolphe Poisson, Eustache Prudhomme et Benjamin Sulte. Seuls Louis Fréchette (entre autres Pêle-Mêle, 1877), Adolphe Poisson (Chants canadiens, 1880) et Benjamin Sulte (Les Laurentiennes, 1870) avaient publié un recueil complet en 1881.
Crémazie a droit à 137 pages! Autrement dit à son œuvre poétique presque complète (Œuvres complètes sera publié en 1882). Les autres auteurs se partagent donc les 105 pages restantes.
Autres incongruités : on passe d’un auteur à l’autre sans avertissement. Heureusement, à la fin du poème, apparaît le nom de l’auteur. Seulement cinq d’entre eux font l’objet d’une note biographique à la fin du recueil : Crémazie, Chauveau, Fréchette, Le May et Sulte. Les autres? Rien. Enfin, il est impossible d’affirmer que Taché a suivi l’ordre chronologique ou un tout autre ordre (qui m’échappe).
On peut trouver sur mon bloque un article sur tous ces poètes sauf pour les trois suivants. James Donnely (1857-1931), dont les parents irlandais sont décédés pendant leur quarantaine sur Grosse-Île, a été adopté par des Canadiens français. Il a été enseignant. L’une de ses contributions est un poème sur l’Irlande. Achille Fréchette (1847-1927), le frère de Louis, était avocat et traducteur à Ottawa. Dans son poème, il rend hommage aux missionnaires qui ont parcouru le pays pour répandre leur foi. Eustache Pruhomme (1818-1891) a été maire, député. Son poème vise à soutenir la France en conflit avec les Prussiens.
Bien que la poésie patriotique soit encore dominante, on note un certain élargissement : quelques poèmes donnent dans l’exaltation de la nature et l’expression du moi.








