21 avril 2017

Sensations de Nouvelle-France

Sylva Clapin, Sensations de Nouvelle-France, Boston, Sylva Clapin éditeur, 1895, 95 pages.

Observez bien la page titre. Malgré ce qu'elle semble dire, l'auteur de Sensations de Nouvelle-France n'est pas Paul Bourget, mais Sylva Clapin et ce livre n’est pas la suite d’Outre-Mer : c'est  en quelque sorte un canular.

La venue de Bourget au Québec a causé un petit esclandre en 1893.  Il faut savoir que son œuvre ne faisait pas l’unanimité, d’où la bataille rangée que vont se livrer les conservateurs (Tardivel, Chapais…) et les libéraux (Beaugrand, Fréchette…). Pour certains journalistes conservateurs, Bourget n’est qu’un « pornographe », un « libertin », un « colporteur d’immondices » et j’en passe. Il faut dire que Bourget n’avait pas encore changé son fusil d’épaule et n’était pas devenu un parangon de l’écrivain catholique du début du XXe siècle.

Paul Bourget commence son périple américain le 5 août 1893 à New York et retourne en France le 21 avril 1894. Il fait un rapide crochet au Québec entre le 29 octobre et le 17 novembre 1893. Ses notes de voyages paraissent d’abord dans les journaux, puis en livre sous le titre Outre-Mer en 1895. Les gens d’ici s’attendaient à ce que le célèbre écrivain, nouveau membre de l’Académie française, ajoute quelques pages sur son passage au Québec, mais non, rien! Bourget s’en est expliqué plus tard : « J’ai tenu à ne rien écrire sur le Canada parce que je ne l’ai pas étudié, et que je ne me reconnaissais pas, après quinze jours de passage, le droit de toucher aux questions de race qui se trouvent engagées dans le Dominion.» (Gilles Dorion, Présence de Paul Bourget au Canada, p. 56)

C’est ici qu’intervient le pastiche de Sylva Clapin présenté comme une suite d’Outre-Mer : il adapte un ancien titre de Bourget (Sensations d’Italie, 1891), copie son style et il écrit le journal de son voyage au Québec entre le 10 et le 31 octobre (voir ci-dessus, les dates ne concordent pas). Même si certains faits sont faux (dont tout le chapitre sur son prétendu passage à Trois-Rivières), quelques commentateurs se laissent berner et publient des extraits et des comptes rendus de l’ouvrage dans les journaux. On communique avec Bourget, qui s’offusque de la supercherie sans aller plus loin : « J’ai lu avec stupeur les coupures de journaux que vous m'avez envoyées. Il y a quelque chose pour moi d'abominable dans ce procédé de fausse attribution d'un ouvrage à un auteur, et cela mériterait un bel et bon procès. Vous m’obligeriez en disant que j’ai été dégoûté de cette infamie littéraire jusqu’à l’indignation. » Clapin doit avouer qu’il est l’auteur de Sensations de Nouvelle-France. La polémique pourrait s’arrêter là, mais non. Il y a encore ce que Clapin a écrit sur le Québec qui dérange surtout la fange conservatrice de la société canadienne-française.

Qu'est-ce que Clapin fait dire à Bourget? 
En arrivant à Montréal, le pseudo-Bourget a vite fait de constater l’omniprésence de l’anglais. La comparaison entre les cultures latine et anglo-saxonne sera la pierre angulaire du pastiche de Clapin. Ce dernier attribue l’infériorité des Canadiens français davantage à certains traits culturels, voire à nos institutions, qu’à une situation politique : «  Et cette minorité [les Anglais] n’est pas une oligarchie, car le Canada jouit d’institutions parlementaires bien définies, et conçues dans un esprit très large. Il y a là, d’ailleurs, dans cet effacement graduel d’une nationalité, hier encore assez vivace, plus qu’une résultante d’intrusion souveraine de conquérant en pays conquis. J’y vois aussi l’indice, sinon d’une essence supérieure, certainement d’aptitudes naturelles mieux développées, et surtout mieux dirigées, du moins quant à ce qui a trait à outiller l’homme moderne pour affronter le struggle for life contemporain. » Et sur la même lancée, il dénonce le système d’éducation dirigé par le clergé : «  En un mot le vice, qui ronge peu à peu cette Nouvelle-France, me semble initial, et c’est à l’éducation qu’il faut remonter pour porter le fer dans la plaie. »

Plus encore, il évoque une scène qui, selon lui, en dit long sur la conception de l’éducation  des deux nationalités : alors que les étudiants de l’Université McGill s’adonnent aux sports de compétition, ceux du Collège de Montréal « défil[ent] deux par deux, en route pour une promenade » […] « … ces collégiens en tuniques étriquées, march[ent] d’un air monacal et recueilli, et se pouss[ent] nonchalamment les pieds à travers les amas de feuilles mortes qui couvraient les trottoirs. » Et le faux Bourget ajoute : « J’eus comme la sensation brusque d’un cortège de ratés et de fruits secs, que plus tard la vie impitoyable broierait sans merci. »  

Clapin n’hésite pas à dénoncer l’influence cléricale sur le système d’éducation : « Voyez par exemple nos collèges classiques, où grandissent les générations qui auront plus tard à porter les poids les plus lourds. Eh ! bien, ces collèges, et cela en dépit de quelques efforts isolés pour en modifier le caractère, restent surtout des séminaires, et nous en sortons tous avec le pli séminariste. Ce n’est pas là un défaut, je sais fort bien, au sens absolu du mot, mais ce ne peut être aussi d’autre part, je crois, qu’une bien piètre qualité dans cette fin-de-siècle si batailleuse, si agressive, où le Vœ victis sonne bien vite inexorablement aux oreilles des timides, des irrésolus, des résignés. »

Dans une perspective qui va au-delà de l’éducation, il trace un portrait de Mgr Laflèche, évêque de Trois-Rivières, qui en dit long sur la soumission du peuple au clergé : «[Mgr Laflèche]  dont l’omnipotence s’étend sur la ville, et bien loin aux alentours, comme un manteau de plomb ». «  C’est un violent, un opiniâtre, mais c’est aussi un fort et un puissant. Ancien missionnaire, et ennemi des demi-mesures, il nous rudoie et malmène tous ici comme jadis ses sauvages, et l’on sent que, s’il eût vécu au temps de l’Inquisition, il eût ordonné le bûcher […] « Eh ! bien, malgré cela — peut-être même à cause de cela, je ne sais plus — nous l’aimons et le chérissons, cet homme […] »

Comme toute polémique, celle-ci va s’éteindre lentement, mais le sentiment d’infériorité des Canadiens français continuera d’être débattu (Errol Bouchette, Edmond de Nevers) dans les années suivantes.  Il y aurait encore beaucoup à dire sur le texte de Clapin, mais on ne ferait que reprendre le travail minutieux effectué par Gilles Dorion dans Présence de Paul Bourget au Canada (Québec, PUL, 1977).

Lire Outre-Mer

14 avril 2017

L’enjôleuse

Marie-Anne Perreault (madame Elphège Croff), L’enjôleuse, Montréal, Édouard-Garand, 1928, 58 pages + Supplément de 13 pages (Illustrations d’Albert Fournier) (coll. Le roman canadien no 45)

Dans un rang de Saint-Paulin. Marielle et Marc sont fiancés. Comme Marc n’a pas un sou qui l’adore, il décide d’aller en ville pour gagner quelque argent avant d’épouser Marielle. À Québec, il retrouve Cécile, une amie de Marielle, l’enjôleuse du titre, qui vit chez sa tante et travaille dans la mode. Marc s’entiche de la ville et demande à Marielle de le rejoindre et de l’épouser. Le père de celle-ci refuse. Il veut qu’elle continue d’aider sa mère en attendant d’épouser un paysan.  Arrive ce qui devait arriver, Marc épouse Cécile.

Trois années ont passé. Les événements se bousculent. Cécile, insatisfaite de l’humble vie qu’il lui offrait, a quitté mari et enfant pour retourner au monde de la mode montréalais. Marc passe à la sauvette chez ses parents pour leur confier la garde de l'enfant. Puisque son frère aîné est marié et qu’il est héritier de la ferme, Marielle, toujours célibataire, s’est trouvé un emploi auprès d’une famille qui vit tout près. Le retour définitif de Marc ranime en elle des sentiments qu’elle croyait éteints. Coup de théâtre, Cécile revient, elle aussi, chez sa mère… mais pour y mourir. La voie étant libre, Marielle et Marc vont pouvoir se marier.

Pour l’essentiel, c’est un roman sentimental, avec son triangle amoureux et le triomphe de l’amour « vrai » à la tout fin. Mais ce roman sentimental repose sur un des motifs omniprésents dans le roman du terroir : l’opposition entre la ville et la campagne. Sans noircir à l’excès la ville pour mieux embellir la campagne, Croff, par le biais de ses personnages, fait quand même le choix de la campagne.  La vie à la ville est moins dure, plus brillante, moins monotone, mais futile. Elle jette de la poudre aux yeux, et cela ne peut pas durer : « Marc voyait maintenant que pour avoir préféré la ville à la campagne, il avait perdu son bonheur, la tranquillité de sa vie et fait le désespoir de sa petite amie d’enfance. Les remords remplissaient son cœur et un désir impérieux de revoir les siens le hantait sans cesse. » La vie à la campagne est difficile, mais c’est la continuité d’un passé qui nous rattache aux nôtres : « On ne rompt pas impunément avec tout un passé de saines traditions et ceux qui piétinent sur place en désirant de toutes leurs forces « vivre leur vie » en désertant le devoir, se trompent étrangement. » 


Ce qui me surprend toujours chez Croff, c’est l’omnipotence des pères et l’effacement des mères. Encore ici, c’est l’éducation molle de sa mère qui a mené l’enjôleuse Cécile à tant de frivolités : « ma mère a été la première, elle n’a pas su m’élever et faire de moi un caractère maniable et bon ».

Le roman est divisé en deux parties et la première nous parvient du point de vue de Marielle, jeune paysanne très conservatrice. Tout de même, mue par un sentiment amoureux très fort, elle finit par remettre en question l’autorité du père qui l’empêche d’épouser son amoureux, sans franchir le pas qui en aurait fait une révoltée. Et surtout, elle finit par questionner la justice au sein de la famille, elle qui en sera chassée le jour où une bru rentrera dans la famille  :  « Marielle était en pleine révolte, la pieuse Marielle boudait le Bon Dieu, elle boudait la Ste-Vierge qu’elle avait tant priée pendant sa neuvaine, elle boudait aussi et surtout son père. Pourquoi ne voulait-il pas lui permettre de s’éloigner un peu et de prendre l’air de la ville ? Elle se voyait transformée en petite citadine, vêtue comme une demoiselle et se promenant au bras de Marc... quels petits soupers ils auraient pu se procurer tous les deux ! et l'ouvrage qu’elle aurait fait à l’atelier au lieu du travail dur qu’elle accomplissait sur les fermes... pour les garçons, se disait-elle. »

Comme plusieurs romans du terroir, Croff agrémente son récit de certaines légendes, de coutumes, de pratiques agricoles… Ainsi nous avons droit au battage de l’avoine, au foulage de l’étoffe, aux « burlesqueries » du mardi-gras, à une histoire de loup-garou, à un mariage à la campagne… Nous trouvons aussi quelques vieilles expressions qui me semblent désuètes : « les vieux tablaient le verre en main, prenant le petit coup d’appétit  »; « il fait beau mais ce n’est pas pour longtemps, il y avait trop de marionnettes hier soir... »;  « pour lui donner du «  bras » Philippe lui passait « un petit coup » de temps en temps ».

Edouard Garand n'était pas l'éditeur le plus rigoureux. Ainsi dans ce roman, le père de Marielle s'appelle souvent Baptiste et parfois Jacques. Pas facile à suivre...


Marie-Anne Perreault sur Laurentiana

7 avril 2017

L’homme de la Papinachois

Yves Thériault, L’homme de la Papinachois, Montréal, Beauchemin, 1960, 63 pages. (Illustrations : Georges Lauda) (Coll. « Les ailes du Nord »)

Le géologue Maurice Allard a trouvé un riche gisement de columbium près de la rivière Papinachois, sur la Côte-Nord. Un malfrat, un certain Harrison, a décidé de lui subtiliser sa découverte. Il tient en otage sa femme et ses enfants et le fait chanter. Allard est obligé de conduire un des lieutenants de Harrison vers son « trésor ». Il réussit à lui échapper, mais est gravement blessé. C’est ici qu’interviennent Marc Boivin, et ses enfants, propriétaires d’une petite compagnie d’aviation qui accompagne touristes, trappeurs et scientifiques dans le Nord. On leur signale que des signaux de détresse ont été aperçus sur leur territoire. Ils finissent par retrouver Allard (grâce à Paul Provencher, un scientifique connu sur la Côte-Nord), ils le ramènent à la maison et ils soignent ses blessures. Quand Harrison découvre où se cache Allard, il tente de le faire enlever. Ses hommes de main sont piégés par la famille Boivin et, se voyant menacés de prison, se retournent contre leur chef. Voyant cela, Harrison libère ses otages et quitte le pays.

Comme il se doit, le rythme est très rapide, les descriptions purement fonctionnelles, les dialogues abondants, les phrases courtes. Thériault laisse de côté les explications psychologiques qui viendraient nous aider à comprendre certains changements de cap de ses personnages. Tout cela se lit encore très bien. 

Si Alerte au camp 29 offrait certains passages assez documentés sur les feux de forêt au nord du Québec, L’homme de la Papinachois donne davantage dans l’intrigue traditionnelle qu’on destine aux adolescents… de l’époque : on a des bons et des méchants, la vie est menacée, on épouse le point de vue des victimes, à la fin les bons l’emportent, certains méchants retrouvent le droit chemin, la justice triomphe et tout le monde est heureux.


  

6 avril 2017

Alerte au camp 29

Yves Thériault, Alerte au camp 29, Montréal, Beauchemin, 1959, 63 pages. (Illustrations : Georges Lauda) (Coll. « Les ailes du Nord »)

Yves Thériault a beaucoup écrit, et beaucoup de livres « alimentaires ». Alerte au camp 29 est le premier volume de la collection « Les Ailes du Nord », collection qui s'adressait aux adolescent(e)s. J’ai en ma possession quatre romans de cette collection, deux publiés en 1959 (La revanche du Nascopie et Alerte au camp 29) et deux en 1960 (L’homme de la Papinachois, La loi de l’Apache). Tous mettent en scène Marc Boivin et ses enfants, dont la compagnie d'aviation s’est établie sur les bords du lac Mistassini. Deux autres, annoncés en quatrième de couverture : Le rapt du Lac Caché et La montagne sacrée, ont été publiés en 1962. Y en a-t-il eu d’autres?  

 «  Pilote d’Air-Canada, Marc Boivin, jeune encore et d’allure athlétique, a perdu sa femme dans un tragique accident d’automobile. Il est resté veuf avec une fille de quinze ans, Lise, et un fils de seize ans, Yvon. Par besoin de changement, et pour satisfaire une ambition caressée depuis longtemps, il quitte son emploi, achète deux avions, un Cessna 172 et un Norseman usagé. Avec ces appareils, il obtient une certification et inaugure le Transport Aérien Mistassini. À l’autre extrémité du lac, presque en forêt, il installe un quai d’accostage, un hangar, un atelier de réparation, un poste de communication radiotéléphonique ainsi que sa maison d’habitation. C’est là que maintenant ses enfants, qui font leurs études secondaires à Montréal, viendront passer les vacances et le seconder durant la saison la plus active de son entreprise. Et c’est là que les deux adolescents vivront les aventures des AILES DU NORD. » (Introduction à la collection)

Résumé d’Alerte au camp 29
Plusieurs feux de forêt ravagent le Nord. Marc Boivin est débordé. Sa fille Lise, qui s’occupe des communications, reçoit un appel de détresse de cinq géologues encerclés par les flammes au Lac Kamish. Aucun appareil ne semble disponible dans les environs. Il reste toujours le vieux Norseman qui est inutilisé… Mais le lac est trop petit pour qu’il puisse en décoller. N’écoutant que son courage – ou sa témérité – Yvon qui n’est qu’un apprenti pilote enfourche l’appareil, se pose sur le lac malgré les flammes  et réussit par miracle à en re-décoller avec les géologues à bord.

Demain : L’homme de la Papinachois,



31 mars 2017

Le membre

Graindesel (Damase Potvin), Le « membre », Québec, Imprimerie de l’Événement, 1916, 159 pages.

Le père de Donat Mansot « possédait le plus beau lot du grand rang de la paroisse de Sainte-Artémise de Trou-en-Mer. » Contre la volonté de son père, qui souhaitait en faire un prêtre, Donat est devenu journaliste, puis député.  Malgré tout, il tire le diable par la queue, ce que son vieux père ne lui pardonne pas. Il perd assez rapidement toutes ses illusions quant à ses chances d’avancement en politique, en partie à cause de ses origines paysannes. Un jour la chance lui sourit : il sauve le premier ministre d’une noyade certaine, ce qui lui vaut d’être nommé « président du comité des bills », un poste qui le met en contact avec les lobbyistes. À la première occasion, désirant sortir de la dèche, il se laisse corrompre : il accepte un pot de vin d’une compagnie américaine qui veut implanter une immense bananeraie au Labrador (vous avez bien lu! Ils veulent détourner les icebergs, modifier le climat…). Un journaliste, au fait de la tentative de corruption, le dénonce. Mansot est sacrifié par son parti et il décide de revenir au métier qu’il n’aurait jamais dû quitter : paysan.

Quel roman étonnant! Il commence par une scène du terroir, on se déplace à New York en passant par le parlement, on trempe dans la science-fiction (le Labrador en bananeraie) et même dans le thriller politique, pour terminer par le monde paysan. L’humour est très présent et la critique très acerbe face aux gouvernants. Qui a dit que le cynisme des électeurs face à l’autorité était un phénomène récent?

Le fil du récit est tout de même assez mince et parfois abandonné pour permettre à l’auteur quelques morceaux de bravoure. Ainsi au chapitre 10, on a droit à une séance du parlement  dans laquelle les intervenants y vont de discours plus loufoques les uns que les autres. (Lire l’extrait).

Chez Potvin, le roman sert souvent la thèse agriculturiste, et la fin de celui-ci tombe dans ce panneau trop facile. Malgré quelques longueurs, Le « membre » vaut le détour.

Extrait

Le représentant d’un comté rural tomba en plein dans l’aviculture. La population, fit-il remarquer, n’accorde pas assez d’attention à la science de l’aviculture. Au lieu de se lancer à corps perdu exclusivement dans la culture du trèfle, nos cultivateurs devraient prendre plus de moyens pour faire pondre leurs poules. J’ai entendu dire, continua cet ingénieux et pratique député, que la musique, et particulièrement le piano, avait le pouvoir d’accentuer d’une façon merveilleuse les fonctions de la ponte chez les poules… On jouerait tout simplement du piano aux gallinacés. On augmenterait le rendement des œufs, on diminuerait leur prix et, du même coup, on ferait l’affaire des marchands de pianos à la campagne dont on pourrait, ensuite, taxer les ventes, ce qui fournirait un nouveau revenu au gouvernement. On pourrait aussi classer les œufs plus facilement. Nous aurions, sur les marchés, les œufs Rossini, les Massenet, les Strauss, les Beethoven qui seraient naturellement plus chers que les œufs à la Sousa, à la Petite Tonkinoise ou à la Matchiche. On vendrait pour les dyspeptiques, les œufs pondus aux accords de la marche funèbre de Chopin. (p. 89-90)