16 août 2019

Un homme et son péché (édition illustrée)


Claude-Henri Grignon, Un homme et son péché, Montréal, Stanké, 1979. 

Le paratexte est assez riche. L’éditeur a choisi comme préface un extrait du livre publié par Grignon en 1936 : Précisions sur « Un homme et son péché ». Grignon explique comment ses personnages ont été créés et dans quel contexte le roman a été écrit.   À la fin du livre, on peut aussi lire trois anciennes préfaces écrites par Grignon pour les différentes éditions de son roman : 20 février 1941, 15 janvier 1950, 15 janvier 1965. Rien de neuf, sinon qu’il fait référence à la série radiodiffusée, aux films et à la série télévisée. Quelques extraits de critiques, toutes plus positives les unes que les autres, viennent conclure.

Jean-Paul Ladouceur a réalisé les 47 illustrations, dont vingt planches couleur. Le livre a été tiré à 3000 exemplaires.

Voir le roman original

Voici quelques pages :





9 août 2019

Du soleil sur l'étang noir


Ulric-L. Gingras, Du soleil sur l'étang noir, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1933, 180 pages. (Bois gravés de Rodolphe Duguay)

La présentation du recueil est très soignée : papier de qualité, illustration en frontispice, vignette pour illustrer le premier poème de chacune des parties et qualité des bois de Duguay. En 1934, il s’est mérité le prix Archon-Despérouses et la bourse de 500 F offerte par l’Académie française. Le titre de chacune des six parties est bien choisi. Le livre est dédicacé à quelques personnages bien connus : Jacques Bureau, Albert Tessier, Gonzalve Desaulniers, Maurice Duplessis et Alphonse Désilets. En exergue, on lit : « Ce livre sans prétention, où le beau n’est représenté que par l’amour si fervent que je porte aux choses du terroir. » Du point de vue formel, on  trouve quelques sonnets et quelques rondeaux, mais la plupart des poèmes sont de forme libre; et la plupart des vers sont des alexandrins.

Les sentiers illusoires
Poèmes d’inspiration romantique : la solitude, la mélancolie du soir, le temps qui passe, les saisons qui meurent… « Les derniers chars de blé sont rentrés au village.  / C'est l'heure mauve et calme où se meurt un beau jour / Qui fut tout de soleil, de travail et d'amour; // Solitaires, les toits semblent se recueillir / Au fond du val baigné de paix et de lumière. » (Champêtreries)

Gouaches roses et croquis verts (dédié à Clément Marchand)
Série de petits tableaux champêtres, légers,  écrits en octosyllabes. Dans plusieurs poèmes, un oiseau, un insecte ou un batracien animent le tableau : « Avec son petit goitre blanc, / Ses gros yeux couleurs d'émeraude / Où toujours l’hébétude rôde, / Le soir venu, battant du flanc, / Le crapaud s'attarde et maraude. «  (Le paria)

Sur la route fervente
Le poète pleure une déception amoureuse, a le sentiment que le temps des amours est passé et que seul un retour au pays de l’enfance peut lui procurer le bonheur : «  Je pose, en évoquant l'image du passé, / Ma lèvre où le désir d'autrefois vient renaître.  // Et je t'aime encor plus d'un amour virginal / Dont je n'ai jamais su me défendre et me taire » (Sur une lettre)

Les rimes retrouvées (pour Alfred Desrochers)
Les poèmes ont tous comme thème la nature, mais dans un style qui emprunte davantage au parnasse qu’au romantisme : « L'hiver, à coups rageurs, cingle de sa lanière / Le corps du jour en croix sur le ciel charbonneux. / Le soleil s'emmitoufle en un halo frileux / Que réfléchit la neige ainsi qu'une verrière. » (Sonnet d’hiver)

Au jardin clos du rêve (pour Robert Choquette)
Dans le premier poème, un vieux pigeon pleure sur sa jeunesse perdue et par défi, « lance le cri de sa détresse ». Pour le poète qu’il est devenu, « Faire un vers », « C’est dérober à l’œil un peu de sa tristesse / Et s’enivrer du vin amer de sa douleur ». Bref, amertume, déceptions, sentiments d’échec…

Dans la lumière natale
On peut y lire un hommage aux aïeuls, mais aussi l’amour qu’on éprouve pour un lieu où l’on vit depuis longtemps, la tendresse pour ceux et celles (et même les bêtes) qui l’ont partagé : « Le paysan se meurt. Mais avant de quitter / Ce petit coin du sol dont il était le maître, / Dans la clarté du jour, auprès de la fenêtre,  / Émus, deux de ses fils sont venus le porter. // Autour de lui la paix règne angoissante et lourde.  / Une dernière fois il a voulu revoir / Le verger, le rasis et, près de l'abreuvoir, / Ses grands bœufs dont la voix monte lointaine et sourde. » (Dernier exorde). Bien entendu, le poète se voit en quelque sorte porteur de ces sentiments, comme l’exprime la fin du recueil : « Et quand les paysans, de frais endimanchés, / Descendront vers la ville, aux jours de grands marchés, / Longeant la haie en fleurs de l'étroit cimetière / Où, près des miens, j'irai dormir ma nuit entière, / Ceux-là qui m'ont connu me devront cet aveu / D'avoir, d'un coeur fervent, toujours chanté pour eux . . . » (Finale idéaliste)

Sur Rodolphe Duguay



2 août 2019

Feuilles tombées

ATALA (Léonise Valois), Feuilles tombées, Montréal, Librairie Beauchemin, 1934, 84 p. (Préface de Lionel Groulx)

Léonise Valois est l’auteure du premier recueil de poésie publié par une femme : Fleurs sauvages (Montréal, Beauchemin, 1910). Il lui a donc fallu 24 ans pour écrire son second.

Dans la préface, Lionel Groulx, né à Vaudreuil tout comme Valois, souligne le caractère historique de son précédent ouvrage et vante les qualités d’écrivaine de sa compatriote : « Moi-même j’ai fait des vers qui ne valent pas ceux d’Atala. »

Feuilles tombées contient 33 poèmes de facture classique, écrits entre 1912 et 1934, présentés en ordre chronologique, sans autre principe de structuration. Plusieurs reprennent des thèmes chers aux romantiques : les amours malheureuses, la nature amie, la fuite du temps, les lieux liés à des souvenirs (Le Lac Tremblant, – « O beau Lac, souris à mon rêve / et recueille ici mon soupir ! » – le lac Saint-Francois), les personnages historiques admirés (Marguerite Bourgeoys, Sainte-Thérèse d’Avila), les sentiments religieux et patriotiques (cinq poèmes sur la première guerre mondiale : « Patrie ! », « Véronique », « Au retour », « À l’immortel », « À la langue française »).

On lit aussi quelques poèmes de circonstance : poème de Noël (le retour du  fils prodigue), de première communion ; plusieurs sont dédicacés : à ses jeunes amies, à ses parents, à un lieutenant, à un lieutenant-colonel, à sa nièce, « à elle de lui », à Blanche Lamontagne.

Le recueil contient, enfin, quelques poèmes plus personnels : une certaine impuissance, qui tient peut-être à la condition féminine de l’époque, y est très présente. La poète attend que sa vie change, sans trop y croire, et s’en remet au sentiment religieux. Le poème intitulé « La souffrance » traduit bien cet état de résignation (lire l’extrait).

Sur Laurentiana : Fleurs sauvages
Sur Léonise Valois

LA SOUFFRANCE
À  ma jeune amie A. M.

Tu la voyais venir et tu croyais la vaincre,
Mais la vampire a pris tout le sang de ton cœur.
Et tu restes sans vie et n’osant que te plaindre,
Sans trop penser qu’ainsi tu trompes ta douleur.

Que de sourds cris d’angoisse étouffés dans ton âme!
Que de sanglots obscurs qui n’ont pas vu le jour !
Et tu restes debout sans courage et sans flamme,
Sur la cendre fumante où se tord ton amour.

Tu voudrais bien mourir de la même agonie,
T’éteindre avec ton rêve, et d’un pareil essor,
Remonter avec lui dans la plaine infinie
Où les beaux oiseaux bleus n’ont que des songes d’or.

La terre te retient et, geôlière infâme,
Cloue ta vie au malheur ; dans tout ton cœur, quel mal !
Quel ange donnera des ailes à ton âme
Pour te porter à Dieu, le divin Idéal !