20 février 2026

Dans le sombre

Fernand Ouellette, Dans le sombre, Montréal, L’Hexagone, 1967, 90 pages.

Je comprends assez bien la surprise qu’ont dû vivre les amateur.trice.s de poésie en 1967 à la lecture de « Dans le sombre ». Les recueils précédents de Ouellette ne laissaient en rien présager une telle audace.

Le thème principal, c’est celui des relations sexuelles dans un couple. Il est impossible de lire ce recueil sans y voir des relents de l’éducation janséniste de l’époque. 

Les quatre parties du recueil sont coiffées de chiffres romains et de deux ou trois épigraphes qui ramènent souvent loin dans le temps.

À première vue, la différence entre les parties ne saute pas aux yeux. Le poète, dans une entrevue accordée à André Major présente ainsi son recueil : « Un thème donc : l'amour au sens plein et entier du mot, vu de quatre façons différentes, car dans les première et deuxième parties, c'est le sado-masochisme qui domine, la troisième partie est lumineuse, et la quatrième est consacrée au couple en tant qu'unité et à l'amour. »

 « Mon livre est une réaction contre Eluard, poète de la contemplation du corps humain. La relation entre un homme et une femme est angoissée, tendue, qui ne se détend que dans les rapports amoureux. Je crois que la contemplation pure ne correspond pas à l'existence. » (Le Devoir, 6 janvier 1968)

Il est difficile d’affirmer, comme Ouellette, que la tension dans un couple ne se « détend » que dans les rapports sexuels.  Je cite au complet le poème « Son de sang »: « Contre son ventre le ciel même se figeait / telle une brume morte qui ne peut s'épandre. // Bleuissait sa vulve en s'évaporant, / pigeon noir de pensée triste. // Genoux dans la glaise, corps en fusion, / furieusement j'informais ma femme avide / dans toute sa vastitude fraîche. » L’acte sexuel donne plutôt l’impression d’un anéantissement que d’un accomplissement, comme si la passion atrophiait les amoureux.  

Dans la première strophe de « Parce que femelle », l’acte sexuel entraîne une souffrance, un déséquilibre de son être, comme s’il n’acceptait pas la perte de contrôle et l’abandon qu’il exige : « De défaillance en défaillance en toi me désagrège / plus acéré que ta nudité, dissipant ma musique et sa magie, toujours / plus tenaillé par l’inapaisable. / Et cette soif de l'entaille que tu n'as pu guérir / de la courbe que tu n'as pas conçue. »

Dans la deuxième partie, il est encore plus clair que la sexualité est déstabilisante : il en vient à craindre de perdre son âme : « Ne suis-je plus qu’une bête, / tellement clandestine, / qui a reçu la pointe de mort au bas de l’âme? » (Débauche) « Il arrive que l’ardeur me suce l’âme // Quel enfer dans sa vulve alors inépuisable / jusqu’au désert. » (L’enfer) Le corps de la femme aimée est à la fois refuge mais aussi menace, puisqu’il entraîne une perte de contrôle de ses pulsions violentes, ce qui lui révèle une part de lui-même qu’il aimerait mieux ne pas voir.  On n’est pas si loin de la version religieuse qui faisait du corps de la femme un objet de péché (voir le poème en extrait).

Dans la troisième partie, plus lumineuse, la tension s’apaise sans disparaître totalement : on est beaucoup moins dans la sexualité et davantage dans l’amour et la tendresse : « Femme elle se mêlait nue aux fougères / ses poils accueillaient bien les papillons, Sous elle, j’étais son humus son nourricier obscur, / le musicien de ses nervures » (Communication) Une certaine ambivalence subsiste toutefois : « Ta douceur est atroce dessous la soie / tellement chaude en couvrant le sang / et si bellement végétale et discrète. » (Tortola viuda)

Dans la dernière section, la tension diminue encore. Il s’attarde davantage à son couple qu’à son moi, à ses ardeurs, à ses malaises. Il prend une meilleure mesure de l’apport de la sexualité dans son équilibre et son désir de vivre. (L’ivresse) De façon plus large, il reconnaît que cette femme, qui l’accompagne dans la vie, contribue à l’unité de son être. Je cite la dernière strophe du recueil : « Ni Dieu ni la mer ni ma vie / ne m’arrachent du néant où je m’effrite, / quand je suis coupé de ton être, / quand je ne suis plus un » (Le couple)

Ainsi, le recueil apparaît comme la quête d’un homme qui trouve son équilibre dans une relation amoureuse, qui le torture et l’émancipe, un peu comme Miron (et d’autres) avec la femme-pays.

L’écriture de Ouellette, très dense, n’est pas toujours limpide, ce qui n’est pas un défaut. Il fallait une dose de courage, en 1967, pour parler de sa sexualité de façon aussi ouverte. 

 

CAUCHEMAR (extrait)

Pour mieux filer en la femme fluide
je suis prodige.
Mais ses poils sont des anémones, des tentacules
qui poussent au délire désastreux.
Sa peau de pétales fraîchement velus
met à vif sur la pierre du sacrifice.

Je hurle au fond de la suppliciante
en bête grillée par le fer.

Lorsque je remonte de la dame très rose
et très barbare, par quel méandre,
tout silence je suis,
sang toujours,
plus désir.

12 février 2026

Le soleil sous la mort

Fernand Ouellette, Le soleil sous la mort, Montréal, L’Hexagone, 1965, 67 pages.

Je n’avais pas mis le nez dans un recueil de Ouellette depuis 16 ans. J’ai lu Le soleil sous la mort, puis je suis allé relire mes textes sur ses deux recueils des années 50 : Ces anges de sang et  Séquences de l’aile.

J’écrivais en 2010 : « La poésie de Fernand Ouellette est peu circonstancielle, presque conceptuelle. Plus encore que Grandbois, Ouellette se tient loin de toute représentation du réel, de tous développements anecdotiques. »

Ce recueil, tout aussi intellectuel, est davantage lié à son époque. La première partie « en lumière » reprend la thématique des « poètes du pays ». « O ma race saignant sous la déchirure, / saignant la sève comme un acide, / La neige avait mal en nous ». On plonge dans le passé des Canadiens français, campés dans un candide immobilisme : « Et nous avancions dans le blanc, / et nous vivions la vie, / et nous aimions ». L’éveil passe par l’occupation du territoire : « Aujourd’hui nous sortons nus d’un bain de mémoire / pour habiter blancs la matrice végétale et / vaste ». Ouellette utilise le symbole de l’ascension pour marquer leur reprise en main : « la verticale a germé dans l’argile / … / Puis le fleuve se tint debout »; « Et le verbe s’élève / avec des versants de verdure »; « Et se lèvent des images grandes ouvertes / jusqu’à l’herbe et l’amour ». Et encore : « Le soleil se hisse à l’homme ».

Paradoxalement, si le soleil rejoint l’homme sur le territoire québécois, il s’en éloigne lorsque le regard (ou l’intellect) observe la planète. « L’éternité se détache / de l’homme ». Comme Paul-Marie Lapointe, dans Pour les âmes, Ouellette exprime ses craintes concernant l’avenir de l’humanité. Dans certains poèmes, on se retrouve au lendemain d’une attaque atomique. Le soleil a cédé sa place aux cendres : « Mais la mort / ensablant / le cerveau / écoute le dernier rêve du vivant. » L’amour, toujours l’amour, apparaît comme le seul baume possible : « Debout! Race de l’amour, / La paix est vivante! »

« L’amour solaire » est le titre de la troisième partie. Par le biais des motifs du soleil et de la lune, du sombre et de l’ensoleillement, du froid et de la chaleur, le poète propose l’amour pour conjurer la mort : « Le mal de la mort peu à peu s’apaise. // Éclosion de corps-pétale / et de pays solaires. / Invasion de l’œil sur le monde. »

« Naissance de la paix » qui vient clore le recueil est dédié à ses parents. Ouellette témoigne du pouvoir de la foi, de l’Amour : « Si proche / si lointaine paraît la planète / pendant que le Christ s’enracine. // LA PAIX OUVRE SES PAUPIERES / ET LONGTEMPS FIXE LA MORT ». 

ÉTINCELLE

À veiller la vie au jour du cœur,
jaillit l’étincelle, la fulgurante,
qui s’attaque à l’angoisse, au secret
     du sang.

Sans rupture ni déchirure
tout le blanc passe
                             par le sombre des membres.

Et libres sont les blessures.

Le mal de la mort peu à peu s’apaise.

Éclosion de corps-pétales
et de pays solaires.

Invasion de l’oeil sur le monde.

Qu’ils respirent
                       les vieux ensevelis
qui reviennent parmi les naissants.

Et la terre,
comme elle se donne à l’espace!

6 février 2026

Éternelles saisons

Georges Dor, Éternelles saisons, s.l., chez l’auteur, s.d. [vers 1955], n.p. (exemplaire no 92 dédicacé à André Paillette)

De toute évidence le recueil est de confection artisanale, dactylographié plutôt qu’imprimé, format 8 ½ x 11, seulement recto, broché.

La première partie « Amour » contient six poèmes qui évoquent les aléas d’un jeune homme amoureux : espoir, rencontre, regrets, émerveillement, richesse.

LES VOLEUSES

La volée de mes mains
Tout autour de ta taille

Le repos de mes mains
Sur tes hanches à peine

La montée de mes mains
Vers tes épaules neuves

L’arrivée de mes mains
Sur ton visage de nymphe

Et ce tremblement de mes doigts
Qui déforme ta figure

Comme un mirage dans l’eau.

Ce retour de mes mains
Tremblantes de souvenir.

Cette chose qu’on garde
Dans le creux de ses mains.

Les cinq poèmes de la deuxième partie, intitulée « Jeunesse », sont marqués par la désillusion, comme s’il avait été constamment trompé ou qu’il n’avait pas su lire le monde autour de lui.

Les dix poèmes de la troisième partie, intitulée « Toujours », ne parlent que de solitude, douleur, malheur et fuite avec, en contrepartie, le désir de se battre.

Dans les huit poèmes de « Jamais », la descente dans la désillusion s’accentue. On est en face d’un être dépressif qui semble avoir abandonné :

NOS ÂMES

Mon existence est ennuyeuse
Comme un interminable chemin sans détours.

Comme un songe lassé
D’être un songe.

J’ai vécu le triste mensonge
L’affreux et pieux mensonge
Des rires qui fusent pour rien
Des larmes qui coulent en vain
De vains flots de larmes vaines
Des baisers fratricides.

On s’aime et on se tue
L’âme.

Entre frères et sœurs
On s’entre-tue on s’entr’aime
On se cherche avec les mains
On se cherche avec les yeux
Mais on ne trouve rien
Que ces meurtres accomplis!

Où sont allées nos mains amoureuses ma mie?

Nous n’avons plus d’amour
Et nos mains sont ternies.

Georges Dor sur Laurentiana

Éternelles saisons
La mémoire innocente
Portes closes
Chante-pleure

 

30 janvier 2026

De quoi t’ennuies-tu Éveline?

Gabrielle Roy, De quoi t’ennuies-tu Éveline?, suivi de Ély! Ély! Ély! Montréal, Boréal, 1984, 122 p.

« De quoi t'ennuies-tu, Éveline? a été publié pour la première fois à la fin de 1982 par les Éditions du Sentier; cette édition était limitée à 200 exemplaires. Dernier texte publié par Gabrielle Roy avant sa mort en juillet 1983, ce récit, demeuré jusqu'alors inédit, avait été écrit au début des années soixante, dans ce qu'il est convenu d'appeler le « cycle » de Rue Deschambault et de La route d’Altamont. » (Avant-propos)

Dans ce court roman, Gabrielle Roy décrit le long périple d’Éveline, qui quitte le Manitoba pour la Californie, après avoir reçu de son frère Majorique un message énigmatique : « Majorique à la veille du grand départ souhaite revoir Éveline. Argent suit. » Que signifie le « grand départ »? La mort? se demande Éveline.

Pendant son voyage en autocar, elle rencontre différents passagers. Chacun raconte son histoire, parle de son pays d’origine, de sa famille. Éveline, curieuse et attentive, les écoute et partage ses propres souvenirs, surtout ceux liés à Majorique. Elle revoit leur enfance, leur relation, et la différence entre leur parcours. Alors qu’elle est restée attachée à sa famille et à ses responsabilités, il est parti découvrir le monde. « ... il menait la vie qu'elle eût aimée pour elle-même : partir, connaître autant que possible les merveilles de ce monde, traverser la vie en voyageur. Toute sa vie d'adulte, captive de son foyer, de ses devoirs, jamais maman n'avait abdiqué son désir de liberté, et quand la liberté vint enfin, ce fut avec la douleur des séparations. » (11)

Peu à peu, son voyage devient plus qu’un simple trajet : elle repense à sa vie, aux choix faits, aux regrets qui l’habitent, mais aussi à la mort. Même si la vie de Majorique apparaît plus remplie, Éveline ne rejette pas la sienne pour autant : elle sait que la famille et l’amour ont donné un sens à son existence. Elle reconnaît pourtant qu’une partie d’elle a toujours désiré autre chose, sans trop savoir quoi. « Comment avait-il su qu'elle désirait autre chose que tout ce qu'elle possédait, autre chose d'imprécis et pourtant de si exigeant à sa manière? Il avait pris entre ses mains le visage de sa sœur, scrutant les yeux : « De quoi t'ennuies-tu, Éveline ? » Et elle avait répondu : « Je ne le sais même pas, voilà qui est bien fou, n'est-ce pas Majorique? » - Peut-être de ce que tu n'as pas vu, hein, sœurette?  Et au même instant elle avait saisi à quel point c'était vrai. « Oui, de ce que je n'ai pas vu et ne verrai sans doute jamais. Toi, tu vas partir bientôt, tandis que moi... » (27-28)

Les paysages entrevus occupent une place importante dans le récit : les grandes plaines, le désert, les montagnes et finalement la Californie qui marque l’aboutissement du voyage. Face à l’océan, Éveline ressent un profond apaisement : « De nouveau elle regarda briller ce lointain uni, sans rides, plus exaltant dans son mystère que tout ce qui l'avait saisie d'émotion pendant sa vie entière. Et cependant, ce n'était rien, non, rien que de l'uni, de l'infini, le calme parfait. » (94)

Pour Gabrielle Roy, ce qui donne un sens à la vie, ce sont le mouvement, la curiosité et surtout les relations humaines. « Le plus beau du voyage, de tous les voyages peut-être, pensa-t-elle, ce ne sont pas les sites, les paysages, si nouveaux soient-ils, mais bien l'éternelle ressemblance des hommes, sous tous les cieux, avec leur bonté, leur douceur si touchante. » (34)

Autres extraits

« Le cœur d'Éveline s'exaltait de cette sauvagerie. C'était son amour des espaces infinis, de ces grands espaces qu'on dirait inutiles, qui revivait ici. Et en ce moment elle ne se sentait nullement à la fin de son existence. Ah non, il y avait vraiment trop de choses à voir en ce monde, comment pouvait-on jamais s'y sentir vieux et plein de lassitude? » (38)

« À cause des collines, elle se souvint de l'attachement de sa mère pour le petit village montagneux du Québec d'où elle était partie un jour pour le Manitoba. » (41)

« Éveline rêva. Le Ciel lui avait accordé une deuxième vie... » (46)

« C'était, s'épaulant directement au ciel, une chaîne de collines comme dans le Montana, mais celles-ci étaient affreusement tourmentées, elles avaient la forme de gibets, d'échafauds, des formes qui faisaient peur à l'âme. » (55)

« Elle sentit son cœur prêt à défaillir d'émotion. Les hautes montagnes, la Sierra Nevada! » (58)

« On avait voulu l'envoyer se reposer. Mais comment l'aurait-elle pu, alors qu'il y avait tant à apprendre, à souffrir, à connaître... » (65)

Gabrielle Roy sur Laurentiana

Bonheur d’occasion

La Petite Poule d’eau

Alexandre Chenevert

Rue Deschambault

La montagne secrète

Ces enfants de ma vie 

La route d'Altamont

La rivière sans repos

De quoi t’ennuies-tu Éveline?

23 janvier 2026

Le temps des villages

Adrienne Choquette, Le temps des villages, Notre-Dame-des-Laurentides, Les presses laurentiennes, 1975, 215 pages (couverture de Michel Champagne, préface de Suzanne Paradis)

Le recueil est publié deux ans après le décès de l’autrice. Pour rappel, Adrienne Choquette a donné son nom au prix qui récompense le meilleur recueil de nouvelles de l’année.

L’action se déroule dans un petit village au sud de Shawinigan (Almaville), aujourd’hui avalé par la ville. L’autrice y a vécu jusqu’à son adolescence.

La rivière — À l’origine de la paroisse. Le bleu. Les variations de la rivière St-Maurice.

Le village — Comme la rivière, le village paraît lisse en apparence, mais il est secoué par toutes sortes de remous. Histoire d’un commissaire d’école qui ne savait pas lire.

Le temps des fraises — Pendant 15 jours, femmes et enfants récoltent des fraises des champs sous un soleil intense pour les vendre au marché.

Arthurette — Arthurette, considérée comme faible d’esprit, après la mort de son frère jumeau, travaille chez les sœurs Brisson qui la maltraitent. Un incident avec un jeune garçon choque le village, mais le vicaire parvient à apaiser la situation.

Une noyade — Un enfant se noie. On le repêche six heures plus tard. Désarroi de la mère, une veuve qui a déjà perdu ses trois autres enfants en raison de la tuberculose.

Jeux olympiques à l'horizon — Un ancien boxeur entraîne sa fille à la natation. Afin qu’elle progresse, il lui faudrait des soutiens financiers qui lui permettraient de vivre à Montréal. Pourtant, personne ne pose le moindre geste. Lorsqu’elle finit par réussir, soudainement, tout le village revendique son succès.

Les sœurs Brisson — Deux sœurs, liées par testament (si tu te maries, tu perds ta part), se détestent et se pourrissent mutuellement la vie sous le regard du village qui s’amuse du spectacle.

La fête — En mai, l’ouverture des vannes du barrage attire chaque année les curieux et les villageois.

Bonchien — Un chien, longtemps entraîné à la cruauté, est sauvé par une voisine à laquelle il voue un attachement exclusif et sans réserve.

Johnny-Catin — Pas vraiment un récit. Éloge de l’hiver. Johnny Catin est une espèce d’original qui sculpte des personnages de glace.

La robe de velours — Un forgeron a épousé une femme séduisante rencontrée à Montréal. Sans qu’il ne s’en rende compte, elle le manipule et le trompe. (Meilleur récit)

Quelques autres du village — L’histoire de la mère Diotte, abandonnée par ses enfants, et de ses voisins, les Gervais, une grosse famille rude et travaillante, mais unie.

L'hôpital — Joachin, un bûcheron qui doit monter le lendemain en forêt, est frappé par un mal mystérieux qui le cloue au lit. Dans sa vanité d’homme fort, il refuse qu’on fasse appel au médecin jusqu’à ce qu’on le force. (Meilleur récit)

Le silence au village — Un soir d’été. Réflexions de l’autrice sur son petit village, sur ses liens avec sa mère

Mon village et l'art pictural — Grâce à sa persévérance, le jeune vicaire parvint à convaincre le prêtre ainsi que les paroissiens d’autoriser un artiste reconnu à redécorer l’église.

Le drame L’autrice revient sur le drame des sœurs Brisson. Jusqu’à la fin, elle se font la guerre et empestent l’atmosphère du village. Réflexions sur les humains qui passent et les lieux qui leur survivent.

L’autrice, à la manière de Gabrielle Roy, fait preuve d’une observation fine et d’un vrai talent pour capter une atmosphère : « Durant bien des jours c'était tout gris et tout brun au village. Plus de feuilles aux branches ni de fleurs dans les jardins durcis. Le vent. Le froid. Nos chiens n'aboyaient plus que par instinct de conservation, surpris par l'écho qui renvoyait leurs voix. Il semblait que la rivière elle-même se retirât de la vie, nous entraînant tous dans une sorte de mort lente. Quelque chose de mauvais habitait l'air, menace suspendue, indiscernable, qui nous faisait nous hâter vers nos maisons où les lumières s'allumaient tôt par défi à l'étrangeté des nuits de novembre. Certains villageois, sensibles au mystère de la saison, s'entretenaient en hésitant de sujets insolites qui avaient rapport avec les mondes invisibles. » (p. 121)

Ce recueil méritait de sortir de l’oubli. Je crois qu’il faut un certain âge pour l’apprécier. Dommage que la littérature contemporaine ait tant besoin de drames percutants, alors que nos vies tiennent à tellement peu de choses. « Longtemps après qu’il ne restera plus trace des générations de mon village et que l’on cherchera en vain nos tombes, la rivière coulera sous le pont et usera patiemment la digue de béton, comme elle le faisait déjà au temps de mon enfance. »

« Pour moi je dois à mon village — ou à mon enfance -— d'avoir appris à ne pas séparer le cœur humain d'avec lui-même, à ne pas le couper de ses parties d'ombre, sinon il n'est qu'à demi vivant. » (Avant-propos)

Adrienne Choquette sur Laurentiana
La Coupe vide (1948)
La nuit ne dort pas (1954)
Laure Clouet (1961)
Le Temps des villages (1975)
Confidences d’écrivains canadiens (1939)