3 février 2023

Les prédestinés

Jean Charbonneau, Les prédestinés, Montréal, Beauchemin, 1923, 221 pages.

Tous les recueils de Jean Charbonneau sont longs. Et Les prédestinés ne fait pas exception. Il s’ensuit que le recueil va en tous sens : un peu de philosophie, un peu d’histoire, un peu de terroir, un peu de nature et, souvent, un peu de tout ça en même temps. L’enjeu de Charbonneau dans ce recueil, comme dans L’ombre devant le miroir : comprendre où s’en va l’humanité (sans faire intervenir la religion à tout propos).

Dans ce bref commentaire, nous nous limitons au poème éponyme, un très long poème qui fait sept strophes et 15 pages. À vue de nez, il semble bien refléter l’ensemble du recueil.

Prédestiné : « Personne que Dieu a destinée à la gloire éternelle. » (Larousse)

Qui sont les « prédestinés » qu’évoque le titre ? Au départ, ça semble être le paysan, tant sa route semble toute tracée. Charbonneau vante la vie de celui-ci : « Heureux paysan qui, loin de la cité / Grandit dans le silence et la simplicité ». Après l’avoir encensé, Charbonneau tient à préciser qu’il n’est pas « le seul prédestiné ». La vie, c’est beaucoup plus que des champs, si beaux soient-ils. Tout près, il y a la ville où se jouent les nouveaux enjeux de l’humanité. Les citadins pourraient aussi être des « prédestinés », mais la route est plus compliquée : « C’est la ville aux remparts de pierre qui s’élève, / Et qui dans l’infini promène son grand rêve. / C’est la cité sonore où s’agitent des voix; / Où, dans un bruit d’enfer, mûrissent, à la fois, / Des pensers monstrueux et des projets tragiques / … / Où des mille cerveaux avides de cueillir / Le savoir, se sont vus avant l’âge vieillir; / Où les ambitions à la tâche asservies, / Dans leur course effrénée y prennent tant de vies, / Que ses murs arrogants où frémit tant d’effort, / Se couvrent, chaque jour, des voiles de la mort. » La suite prend une tournure plus philosophique. En quelque sorte, la marche de l’humanité mène l’homme sur un « chemin obscur et sans issu », car il ne possède pas « la tranquille Sagesse […] qui créerait une ère de bonté ». La guerre fut sans doute une des causes du pessimisme de l’auteur.

Dit simplement, Charbonneau croit que l’humanité se dirige vers un cul de sac. « Plains les jours de l’existence humaine! / O Vivant, connais-tu la route où tu t’en vas? » Il finit par conclure que le paysan, dans sa simplicité, a raison de fuir l’idéal inaccessible, le « lucre » et « l’inextinguible soif de jouir » des citadins et qu’il faut retrouver la Nature si on veut que fleurissent des « Âges nouveaux » où il fera bon de vivre.

Il se disait alors avec mélancolie
Que son œuvre pourtant n’est pas sans lendemain ;
Qu’éloigné de la Ville et du fatal chemin
Où les hommes semaient au vent de la folie,

Car les gerbes des blés dont se couvre la terre,
Il les prépare dès l’aurore des printemps;
C’est par lui que le sol apporte, en tous les temps,
Aux pauvres affamés sa sève nourricière.

En creusant le sillon d’où sort le pur froment,
Il accomplit le geste immense qui délivre,
Lui qui, donnant une âme à la vigne, fait vivre
Le vin qui prend sa force aux fibres du sarment.

Il survivra celui qui, dans la paix des plaines,
S’environne d’amour et de simplicité :
Le sûr moyen d’atteindre à l’immortalité,
C’est de mettre une fin aux souffrances humaines;

C’est de perpétuer la vie au sol fécond,
Et c’est de conserver le culte des ancêtres ;
C’est de mêler sa voix à la rumeur des hêtres,
C’est d’entendre monter le chant doux et profond

Du pays où, parmi l'abondance des choses,
Vivaces, germeront, sur ses riches coteaux,
De nouvelles ardeurs en des âges nouveaux,
Et qui tressailleront dans la forme des roses.

Dans les clartés du soir, dans les chants du matin,
Dans le fleuve orgueilleux dont le grand flot murmure,
Dans le sein ranimé de toute la Nature
Qui, par l’effort vainqueur, poursuivra son destin.

Jean Charbonneau sur Laurentiana
Les blessures
L’école littéraire de Montréal
L’ombre dans le miroir 
Les prédestinés

27 janvier 2023

Peintres et écrivains d’hier et d’aujourd’hui

Albert Laberge, Peintres et écrivains d’hier et d’aujourd’hui, Montréal, s. é., 1938, 248 pages.

Dans ce recueil qui date de 1938, Laberge présente 14 peintres-sculpteurs et 20 écrivains. Tout comme lui, plusieurs ont fait du journalisme ou ont fait partie de l’École littéraire. Je vais laisser à d’autres les commentaires sur les 14 peintres-sculpteurs; je n’ai lu que la partie qui traite des écrivains.  Sauf, J.-A. Lapointe, Charles-Maurice Leconte et Zo d’Axa (un Français que Laberge a rencontré lors de son passage au Québec en 1902), tous étaient des auteurs connus à leur époque. Ils sont tous tombés dans l’oubli, sauf Loranger et Nelligan. (Voir ci-dessous la table des matières.)

Le lecteur qui a fréquenté un tant soit peu Albert Laberge (1871-1960) sera étonné par le  ton employé par l’auteur dans ce recueil. Les termes laudatifs pleuvent. Il faut voir toute l’admiration qu’il voue à Charles Gill, Jean Charbonneau et Émile Nelligan. On a l’impression qu’il y avait deux Laberge : l’écrivain pessimiste incapable de raconter autre chose qu’une histoire scabreuse sur les bords et un gentlemen de bonne compagnie qui savait apprécier les gens, les arts, la nature, la vie.

La manière de Laberge n’a rien de compliquée. Il a connu et fréquenté la plupart des  écrivains qu’il présente, il a lu leurs œuvres, il essaie de les comprendre et de les expliquer sommairement. Laberge n’est jamais aussi intéressant que lorsqu’il écrit sur des gens qu’il a bien connus, quand il raconte leurs rencontres, leurs discussions, quand il les met en scène. Au-delà de l’anecdote, on devine les aspirations qui animaient les écrivains dans le premier tiers du XXe siècle, on comprend la fragilité de l’artiste dans ce petit milieu sous haute surveillance. 

Parmi tous ces souvenirs, ses rencontres avec Émile Nelligan méritent d’être citées.

« Une fin d’après-midi, l’hiver. Une vaste pièce, ancien salon d’autrefois converti en chambre à coucher, et qui parait encore plus grande par suite du mobilier sommaire. Une cheminée à manteau de marbre dans laquelle flambe un clair feu de bois qui projette ses lueurs sur la figure d’un jeune homme de dix-neuf à vingt ans debout, dos au foyer. Cette tête noble, distinguée, aux traits réguliers et d’une remarquable beauté est couronnée par une abondante chevelure noire qui accentue la blancheur mate du teint. Le poète Émile Nelligan récite des vers à deux journalistes de ses amis: Louvigny de Montigny et Albert Laberge, qui l’écoutent émus, enthousiasmés. 

La flamme vivante, capricieuse, éclaire cette figure inspirée, d’une expression mobile, qui traduit de saisissante façon tous les sentiments qui agitent l’âme. Avec une attention recueillie, les deux auditeurs écoutent le jeune poète. Tout d’abord, ce sont les huit vers de « Ma Mère », puis « Devant mon Berceau » et « Clair de lune intellectuel ». Dans la cheminée, le bois flambe joyeusement et les flammes blondes illuminent cette vibrante physionomie d’artiste. Sa voix douce, musicale, si prenante, dit les vers harmonieux, mais ce ne sont pas seulement des mots cadencés, c’est son cœur, son âme, que le poète fait jaillir hors de lui. Il exprime toute l’émotion dont il est frémissant. Et c’est comme le chant d’un violon qui expire. […]

Pendant toute une saison, j’ai eu la joie précieuse de voir fréquemment Nelligan. A cette époque, 1900 ou 1901, je crois, Louvigny de Montigny et moi, camarades à la Presse, logions alors, rue Dorchester, dans une vieille maison en pierre qui avait été une noble demeure, mais qui n’était plus qu’un vulgaire immeuble de chambres à louer et qui a été démoli depuis pour agrandir le parc entourant l’église Saint Patrice. De Montigny occupait une chambre au rez de chaussée; la mienne, au premier étage, était le salon d’autrefois. Chacune des deux pièces possédait une cheminée. […] 

Nelligan venait souvent nous voir, apportant un cahier de vers et il nous lisait ses dernières pièces. Tantôt, il arrêtait chez de Montigny et tantôt il montait chez moi. Ordinairement, il avait dans ses poches un volume de Stuart Merrill, de Vielé Griffin ou de Georges Rodenbach. La Jeune Blanche et Les Vies encloses étaient l’objet de sa prédilection. C’étaient là deux de ses livres favoris. 

— Je vais écrire un roman, nous annonça-t-il un jour. J’ai terminé le premier chapitre hier.

Et sur le champ, il nous lut les pages que son inspiration lui avait dictées la veille. Le futur roman commençait par la fulgurante description d’un coucher de soleil. Ce n’était pas seulement l’écrivain, le poète, qui décrivait cette scène, c’était aussi un peintre. L’on aurait cru voir un artiste jetant sur sa toile les plus riches tons de sa palette, ses couleurs les plus éclatantes. C’était non pas une ébauche, mais un merveilleux tableau, une magistrale page de prose. Je crois bien que le roman n’est jamais allé plus loin que ce premier chapitre. Ah! si Nelligan avait vécu sa vie. […] 

Un samedi après-midi, Nelligan, comme il en avait l’habitude, vint me voir. En son honneur, je sortis un flacon de gin que je gardais pour mes visiteurs, et nous prîmes un verre. Comme mon métier de journaliste m’obligeait à sortir, je lui dis: Je vais être absent une demi-heure. Attendez-moi. 

— C’est cela, fit-il. Pendant ce temps j’écrirai quelque chose que je vous lirai tout à l’heure. 

Je sortis et, comme il avait dit, à mon retour, il brandit devant moi un feuillet manuscrit. Je vis le titre: « L’Homme aux cercueils ». 

— Je vous dédierai cette pièce lorsque je publierai mon livre, me promit-il après me l’avoir lue.

J’étais si heureux qu’il eut écrit ces strophes chez; moi que je sortis de nouveau mon flacon de gin et nous prîmes un autre verre. Malheureuse inspiration, car au bout de quelques minutes, mon jeune ami devenait énervé, très agité. Il n’était pas ivre, non, mais ces deux verres d’alcool avaient produit sur cet organisme nerveux et délicat une profonde perturbation, une vive surexitation. Il voulut partir. Ne voulant pas le laisser seul dans cet état, je sortis avec lui pour l’accompagner. Il m’échappa, mais je le ressaisis. Je l’entraînai rue Sherbrooke pour le reconduire chez; lui. Cependant, son énervement ne diminuait pas et j’avais de grandes difficultés à le tenir sous contrôle. Il voulait s’enfuir, je ne sais où. Heureusement, je rencontrai un ancien confrère de classe, Alphonse Crevier, directeur de l’atelier d’ébénisterie d’art fondé par son père. En quelques mots je le mis au courant de la situation et le priai de me venir en aide. Nous prîmes alors le poète chacun par un bras et nous nous rendîmes jusqu’à l’angle de l’avenue Laval. Comme Nelligan habitait à quelques portes plus haut, je remerciai mon ami Crevier. Arrivé devant la maison de Neligan, je sonnai. Lorsque la porte s’ouvrit, je le poussai à l’intérieur. J’entendis une voix en haut, puis les pas du poète qui montait les degrés de l’escalier. J’attendis un moment, puis lorsque je compris qu’il était chez, lui en sûreté, je m’éloignai.

Je ne l’ai jamais revu. 

Deux mois plus tard environ, j’apprenais que les ténèbres s’étaient faites sur cette noble intelligence. » (p. 225-228)




20 janvier 2023

L’ombre dans le miroir

Jean Charbonneau, L’ombre dans le miroir, Montréal, Beauchemin, 1924, 255 pages.

Le recueil se développe en six parties qui représentent chacune une étape de vie : Jouvence, Le départ du prodigue, Les éblouissements, Les désenchantements, Le retour du prodigue, L’ombre dans le miroir.

Le recueil débute par des considérations plus générales (Jouvence).  « Pénètre-toi du Rythme ardent de la Nature, / Et mets ton espérance en une aube future, / Crois en la vie et sois satisfait d'en souffrir.  

Vient un temps où il faut rompre avec son milieu d’origine (Le départ du prodigue). La jeunesse est le lieu de toutes les promesses : « Jeunesse affranchie, ô Jeunesse amoureuse, / Qui resplendis de force et palpite d'orgueil, / Sur un chemin en fleur, tu t'avances, heureuse / Aujourd'hui, ta venue illumine mon seuil. »

Plutôt que le ciel, c’est la Nature qui lui procure Les éblouissements. Charbonneau développe une forme de panthéisme, assez rare à cette époque : « Tu n'as jamais changé : j'avais raison, Nature ! / Tu demeures le livre ouvert à tous les yeux. / Tu combles de tes dons l'humaine créature, / Et ta magnificence éclate en tous les lieux. »

La guerre est un des premiers motifs du désenchantement : « À regarder de près le siècle qui se lève, / Dont l'aube s'assombrit et s'empourpre de sang ; / À voir l'homme reprendre insolemment le glaive / Qu'il brandit sur un monde, hélas! agonisant ». L’avidité, le désir et la désillusion qui s’en suit sont autant de mirages alimentés par la Chimère : « Les hommes sont restés les infimes pantins / Dont l'Histoire remplit chacune de ses pages, / Et suivent à peu près d'identiques destins! »

Le retour du prodigue, c’est le retour à la nature « Nature, me voici. Sœur de la Vérité / […] / Seule, tu résistas à la perversité / […] / Je m’en reviens vers toi, maintenant convaincu / D’avoir, dans mon orgueil immense, en vain vécu / Et subi les tourments que je voulais connaître. » Mais la nature est, elle aussi, condamnée : « Tout ce tragique amas de débris monstrueux, / Tombant dans l'infini par bonds prodigieux, / Les océans, les monts et les forêts tordues, / Les nombreux univers lourdement dispersés, / Bientôt du souvenir se seront effacés, / Et l'Ombre envahira les mornes étendues ! »

La dernière partie du recueil nous offre le spectacle de la désolation. Si, pendant un temps, le refuge dans le passé et la nature, semble le consoler, au terme du voyage ne reste que le pénible sentiment d’un homme dont la vie ne fut que déconvenues (amours et ambitions) : « Plein du regret des temps enfuis, je m'en reviens, / Accablé sous le poids des souvenirs anciens, / Les yeux encor tournés vers la route suivie / Où j'aurai, par deux fois, vécu ma triste vie. » Il ne reste « qu’une ombre en un miroir ».

On comprend un peu pourquoi Charbonneau ne plaisait pas à l’abbé Camille Roy. Jamais l’auteur n’avance que les misères de la vie vont lui permettre de gagner son ciel. La résignation et la culpabilité ne sont pas son lot. Le temps va sans trop s’attarder aux humains, ceux-ci sont manipulés par des forces supérieures qu’ils n’ont pas la possibilité de contrer, autrement dit leur destin est écrit d’avance. Rares sont les « prédestinés », ceux à qui est conféré le bonheur, ne serait-ce que pour une période. Même si elle n’arrive pas à combler tous les vides, la nature et les souvenirs d’enfance semblent les seuls baumes qui adoucissent la misère humaine.

Charbonneau est difficile à lire : ses recueil sont trop longs, vraiment trop longs, plusieurs poèmes reprennent les mêmes idées et il fait beaucoup appel à la mythologie.  Cela dit, c’est un auteur qui mérite le détour, ne serait-ce en raison de son intelligence.

Jean Charbonneau sur Laurentiana
Les blessures
L’école littéraire de Montréal
Les prédestinés
L’ombre dans le miroir 

13 janvier 2023

Le dernier souper

Albert Laberge, Le dernier souper, Montréal, s.e., 1953, 163 pages.

Ce recueil est le dernier de Laberge (1871-1960). Il était âgé de plus de 80 ans au moment de sa publication. On ne peut pas dire qu’il soit devenu plus optimiste dans son grand âge. Toutes les nouvelles se terminent mal, souvent de façon cruelle. Les hommes sont faibles, brutaux ou retors et les femmes sont vénales, frivoles ou naïves. La bonté, l’empathie, la solidarité sont des vertus que la plupart ignorent; de toute façon, les gestes de bonté ne donnent rien.  À force de toujours raconter des histoires aussi négatives, Laberge y perd en crédibilité. On le lit en se demandant : quelle fin atroce va-t-il encore inventer… et on finit par en rire.

Le dernier souper
« Siméon Rabeau était né de parents pauvres. » Il quitte rapidement sa famille, exerce de petits boulots qui ne lui permettent pas de manger tout son saoul, aboutit à Montréal, commet de petits larcins, se retrouve en prison, en ressort et finit par tuer une vieille acariâtre qui ne voulait pas lui payer son dû. « Dans toute sa vie, avait-il éprouvé une heure de joie, de contentement ? Non, jamais, et probablement qu’il en serait toujours ainsi. Il ne saurait jamais ce que c’est que le bonheur. » Il sera pendu. Comme dernier souper, le condamné peut voir tous ses désirs satisfaits. La demande de Rabeau sera assez particulière.

Le grand Sans-Cœur
« Le fermier Évariste Lefroi était soucieux par moments. » En fait, plus que soucieux, il était colérique, violent. Un jour, il achète un nouveau cheval qu’il baptise « Sans-Cœur ». « Sans-Coeur avait été élevé et nourri avec de la paille. Jamais ni foin ni avoine. La nature l’avait bâti pour être fort, lui avait donné une solide charpente, avait voulu en faire une bête vigoureuse, mais son maître, avare, mesquin et rapace, ne l’avait nourri qu’avec de la paille. Alors, ses forces n’avaient pu se développer et maintenant, on lui demandait d’accomplir des tâches au-dessus de ses moyens. » À force d’être battu, le cheval y laisse sa peau.

La tentation mauvaise
M. Léopold Ledoux, notaire, avait une femme qui, après avoir donné naissance à leur fille Ernestine, tombe malade. Après 17 ans de souffrance, elle meurt. Ernestine a toujours fait le bonheur du notaire, mais un jour, elle se marie et va vivre en ville. Le notaire, seul et malheureux, engage une veuve comme ménagère. Celle-ci, le sentant vulnérable, fait en sorte qu’il l’épouse en l’aguichant, ce que le notaire regrette rapidement. « Ah, les vieux, les pauvres vieux dont le cerveau enfiévré est constamment hanté, obsédé par l’image d’un sexe, image morbide produite non par l’instinct de la bête humaine, mais fruit d’une imagination malade, quelle tristesse ! » Sa fille, scandalisée, cesse de le visiter. Quand il apprend que cette dernière est décédée, après avoir donné naissance à un enfant, il se suicide.

Le secret d’une nuit
Aline quitte Toronto où elle vit pour voir sa sœur mourante. L’agonie se prolonge et elle se retrouve désargentée. Elle rencontre une ancienne connaissance qui lui offre de l’argent gagnée… en se prostituant.

Le violon chante et pleure
Aline, une célibataire âgée, a un frère qui joue le peu qu’il gagne aux courses. Et Aline, même en sachant que tout l’argent qu’elle lui donnera finira dans des paris, continue de l’aider.

Voyage dans la nuit
Lors d’un voyage en traîneau, dans une nuit noire et profonde, Aline Lierre se met à voir des fantômes partout.

Le pommier de la vieille Gareau
Un pommier, qui est à la limite d’une terre, est cause de discorde, parce que les jeunes voisins y cueillent les pommes sans permission. Le fermier, pour régler le problème, le coupe.

Contrat de mariage
« Trefflé Dupras , jeune habitant de Sainte-Scholastique, fréquente Délima Trudeau depuis huit mois. » Sa demande en mariage est acceptée. Devant le notaire, Trefflé et le père de Délima s’entendent sur toutes les clauses sauf une. Voyant cela, Trefflé renonce au mariage.
 
Le vieil orme
« Le vieil orme était grand, puissant, noble, majestueux. Il imposait le respect et l’admiration. Bien certain qu’il devait avoir plus de deux cents ans. Bâti solide comme il l’était, il semblait bon pour au moins cent autres années. » Un jour, on construit une centrale hydroélectrique dans le coin…

Deux rencontres
M. Damien Landry, 59 ans, rencontre Clara Pierson dans un train. Il est si charmé par le discours que tient cette femme, veuve sans attrait de Syracuse, qu’il lui demande la permission de correspondre avec elle. Comme Mme Pierson vient chaque année passer ses vacances dans la campagne québécoise, ils se revoient. Quand son épouse décède, 13 ans plus tard, il décide de se rendre chez Mme Pierson et de la demander en mariage. La rencontre d’une autre femme va changer sa décision.

Le billet de loterie
« Gédéon Muras était employé depuis trente-sept ans à la fonderie de poêles située aux confins du village de Lafaye. Il était maintenant âgé de cinquante-six ans. C’était un homme sobre, fruste, économe, régi par des habitudes régulières. Toujours, il avait vécu très simplement. » Un jour, enfirouapé par un vendeur, Muras achète un billet de loterie qui lui rapporte 40,000$. Ses trois fils voudraient bien en obtenir une part, mais le vieux résiste. Quand sa femme décède, son plus jeune fils lui propose de s’installer chez lui avec sa future épouse, une serveuse de restaurant, plutôt libertine. Le mariage n’aura pas lieu puisque le fils décède dans un accident. La « future épouse » lorgne la bonne affaire et séduit Muras, comptant se faire épouser. Un des fils ne l’entend pas ainsi et allume un incendie qui sera fatal au père et à la serveuse.