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4 septembre 2026

Automne et anthologies


L’été, je prends un peu de distance avec les laurentianas et je me permets des lectures plus actuelles. Ces dernières années, je me suis même demandé si j’aurais encore le feu sacré, l’automne venu. Il semble que ce soit encore le cas pour cet automne. Et pour démarrer le tout, je compte présenter un certain nombre d’anthologies de poésie que je possède. Je viens de lire un article de François Dumont fort intéressant sur le sujet (Anthologies de poésie québécoise, Voix et Images 36, printemps 1987, p. 486-496).

 

« L'anthologie est donc un médiateur de première importance pour la poésie. C'est d'abord l'anthologie qui consacre les poètes; qui distingue les poètes importants des poètes secondaires : qui dégage les mouvements poétiques les plus significatifs, le véritable sens de l'histoire de la poésie et, au bout du compte, ce qu'est, comme ce que doit être la poésie. Tout cela n'étant souvent pas exprimé, en tant que discours subjectif, prend une force de persuasion d'autant plus considérable. Mais l'anthologie n'est pas pour autant uniquement un instrument de pouvoir. Elle est certes aussi un moyen privilégié pour sortir la poésie (et ici la poésie québécoise en particulier) de son “circuit restreint” ». (Dumont, F. (1987). Anthologies de poésie québécoise. Voix et Images, 12(3), 486-496. https://doi.org/10.7202/200661ar)

 

Plusieurs anthologies de poésie ont été publiées au fil du temps. Ce qui m’intéresse le plus, c’est de voir les auteurs qui ont une présence continue, ceux qui disparaissent, ceux qui réapparaissent...


ANTHOLOGIES

1868 – Nantel, Antonin, Les fleurs de la poésie canadienne, Montréal, Beauchemin, 1869, 134 p.; 2e édition : 1896, 225 p.;3e édition : 1904, 255 p.; 4e édition : 1912, 236 p.

1881 – Taché, Louis-H., La poésie française au Canada, Saint-Hyacinthe, Imprimerie du Courrier de Saint-Hyacinthe, 1881, 286 p.

1920 – Fournier, Jules, Anthologie des poètes canadiens, Montréal, s. é., 1920, 309 p.; 2e édition : Montréal, Granger Frères, 1933, 229 p.

1942 – Sylvestre, Guy, Anthologie de la poésie canadienne d’expression française, Montréal, Éditions Bernard Valiquette, 1942, 141 p.; 2e édition : Anthologie de la poésie canadienne-française, Montréal, Beauchemin, 1958 et 1961, 298 p.; 3e édition : 1963, 1966, 1969 et 1971, 376 p.; 4e édition : 1974, 412 p.

1944 – Désy, Jean, Ici des poètes canadiens nous parlent du Canada, s. l., Americ éditeur, 1944, 191 p.

1955 – Rièse, Laure, L’Âme de la poésie canadienne-française, Toronto, MacMillan, 1955, XXXI, 263 p.

1962 – Bosquet, Alain, La Poésie canadienne, Montréal et Paris, Éditions Seghers et HMH, 1962, 222 p.; Poésie du Québec, Paris et Montréal, Seghers-HMH, 1971, 271 p.

1965 – Cabiac, Pierre, Feuilles d’érable et fleurs de lys, Paris, Éditions de la Diaspora française, 1965, t. I, 249 p.; t. II, 1966, 244 p.

1968 – Cotman, Jacques, Poètes du Québec, Montréal, Fides, 1968, 222 p.

1981 – Mailhot, Laurent, et Nepveu, Pierre, La Poésie québécoise, Montréal, PUQ/L’Hexagone, 1981, 714 p.; 2e édition : 1992, 642 p.

 (Si j’ai des erreurs ou des omissions, n’hésitez pas. Disons que le recensement s’arrête en 1981. Après, on verra…)


À CONSIDÉRER

1945 - Anonyme, Voix des poètes, Montréal, Variétés, 1945, 247 p.

1967 – Malouin Reine, La Poésie, il y a cent ans, 1860-1890 (essai et anthologie), Éditions Garneau, 1967, [pages ?].

1979 - Hare John, Anthologie de la poésie québécoise du XIXe siècle, Montréal, HMH, 1979, 410 p.

1990 - Lortie Jeanna D'Arc, Les textes poétiques du Canada français, Montréal, Fides, 1987..., 12 volumes

1991 - Brassard Nicole et Girouard, Lisette, Anthologie de la poésie des femmes au Québec, Montréal, Remue-Ménage, 1991, 379 p.

1995 - Royer Jean, La Poésie québécoise contemporaine, Montréal, L'Hexagone/La découverte, 1995, 250 p.


23 juin 2026

LA PRISE DE LA PAROLE

Michèle Lalonde

dédié aux 25000 qui marchèrent sur Québec le 31 octobre 1969[i]

nous sommes partis de loin
nous autres
qu'on s'en souvienne
nous étions
(comment dire?)

nous ne savions plus
dire

nous étions
désarticulés

les mots nous désertaient
et filaient à l'anglaise
avec le droit d'user du pronom possessif
le pouvoir même
de nous nommer
nous parlions mal
nous parlions oui

à peu près comme nous marchions
fatigués tantôt hors d'haleine
chacun courbant muettement l'échine
au-dessus du sillon
une langue à hue et à dia
un parler de chevaux de trait
rétifs et gauches
dans leurs attelages

c'était il n'y a pas longtemps
nous nous embourbions dans nos phrases
cherchant sans cesse le terme juste
pour dire
(comment dit-on?

comment dit-on?)
liberté

nous autres
partis de si loin et tête basse
au-dessus de l'inexprimable
nous arrivons d'un long portage
avec chacun sur ses épaules
son bagage de chanson d'aïeules
et l'humiliation de son père
nous nous sommes mis en marche
capables d'inventer un mot d'ordre

nous autres
hier encore
désidentifiés

honteux et pauvres de nous-mêmes
vautrés dans le silence
et l'impuissance du juron

nous avons fait du chemin
armés de quelques vérités nécessaires
nous voici dans la rue
coude à coude
une reconnaissable multitude
avec sa jeunesse érigée en porte-voix

pour prendre
enfin

la parole

(
Défense et illustration de la langue québécoise, Sehers/Laffont, 1980, p. 44-45)


[i] 50000 (et non 25000) Québécois marchèrent sur le parlement pour protester contre le bill 63 qui laissait aux parents le libre choix de la langue d'enseignement pour leurs enfants, si bien que la grande majorité des « nouveaux arrivants » choisissait l’anglais.




10 janvier 2026

Romantic death


Ruby Boardman, Romantic death. Mediterranian summer. Phantasmal chevalier, and a drawing, Québec, chez l'auteure, 1955.

Ruby Boardman est née le 23 juin 1897 à San Francisco. Elle est la fille unique de Wilbur F. Boardman, un riche homme d’affaires qui est né à New York et a vécu en Californie (San Francisco, puis Berkeley). 

En 1918, elle voyage en France pour satisfaire son admiration, sinon son amour, pour une artiste de Music hall française, Gaby Deslys (1881-1920). Cette dernière lui avait envoyé une photo et, quelques années plus tard, la jeune fille lui avait adressé un dessin et un poème. Les deux deviennent amies. Ruby l’accompagne même dans ses derniers moments et est désignée comme exécutrice testamentaire de ses œuvres de bienfaisance. Elle restera en France après le décès de son amie.

Le 3 avril 1937, à Flassans-sur-Issole, elle épouse Marcel Blanchon, un industriel né à Versailles le 19 mars 1903 et décédé dans la même ville, le 16 février 1972.

Ruby Boardman est peintre et poète. Elle a présenté des expositions, dont une aux Tuileries en 1930, et a écrit sept recueils de poésie dont Verses to mademoiselle Gaby Deslys (1920), Poems (1929), Saint Tropez (1932), Mimi of Mogador (1936). Elle a même publié un livre à compte d’auteur, à Québec, en 1955, intitulé Romantic death, avec en sous-titres Mediterranean summer. Phantasmal chevalier, and a drawing.

Quand arrive-t-elle au Canada ? On a trouvé des traces de sa présence à partir de 1949. Cette année-là, elle fait don d’un éventail nacré d’or — qui date de 1725 et provient de la cour de France — au Musée du Québec et c’est le premier ministre Maurice Duplessis lui-même qui l’en remercie. Dans les années 50, elle entretient une correspondance avec Gustave Lamarche et Rina Lasnier, deux littéraires de premier plan à cette époque au Québec.

Elle est décédée lors d’un voyage à Saint-Germain-en-Laye le 21 juin 1960 à l’âge de 62 ans. Son corps est rapatrié et elle est enterrée au cimetière de Courville à Québec. Toujours en 1960, les 22 et 23 novembre, la « succession Ruby Blanchon » organise à Québec une vente à l’encan de ses biens : on propose des meubles de style Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, Empire, Régence anglaise, Chippendale, Impérial français, Late Sharaton et Provincial français. Seront aussi vendus des peintures, de l’argenterie, des armes, de la vaisselle, tous des objets très anciens et de très grande valeur. Elle a légué à la bibliothèque de l’Université Laval 86 livres rares publiés avant 1700.

Extrait de : Lessard Jean-Louis et J-Y Dionne – Le manoir de Tilly, Saint-Antoine-de-Tilly, 2021, p. 95-96.

   

30 décembre 2025

Bilan 2025

Voici mon bilan de l’année 2025 : 195000 pages ont été vues. Plus de 500 pages par jour. Blogger offre toutes sortes de statistiques. En voici quelques-unes.






11 août 2025

VLB et PÉLOQUIN

Deux belles listes du libraire François Coté. Bon, je ne suis pas à la solde du libraire, mais disons-le, on sent la passion des livres derrière ces catalogues.


Liste 1 consacrée à VICTOR-LÉVY BEAULIEU (1945-2025) avec une vingtaine de titres dont plusieurs sont dédicacés.

Liste 2 consacrée à CLAUDE PÉLOQUIN (1942-2018) avec une vingtaine de titres dont une affiche pour le film "Pélo le magnifique" (1974) et un "poème-affiche" : Un grand amour (1971).

25 juillet 2025

Olivier Marchand (1928-2025)

Olivier Marchand, un poète qui a compté pour beaucoup dans l’histoire littéraire, est décédé. Bien entendu, quand on pense à lui, on pense à Deux sangs, le livre fondateur des Éditions de l’Hexagone.

J’ai eu le plaisir de rencontrer M. Marchand, très brièvement. Il avait aimé la critique que j’avais faite de « Crier que je vis » et on a eu quelques échanges, surtout à propos des éditions Atys. 

Comme il allait à Québec avec des membres de sa famille, il m’avait donné rendez-vous sur le bord de l’autoroute pour me donner quelques-uns de ses livres (voir ci-dessous) avec une belle dédicace dans la rétrospective de l’Hexagone. La rencontre fut courte mais très sympathique. J’en ai gardé l’impression d’un homme généreux qui mordait encore pleinement dans la vie. 

Tout aimer jusqu'au dernier souffle
afin que rien ne se perde de l'offrande
et du temps de vivre
et du rôle d'homme

 

 

 

24 juin 2025

Bonne Saint-Jean

Fête nationale (Octave Crémazie)

Il est sur le sol d'Amérique

Un doux pays chéri des cieux,

Où la nature magnifique

Prodigue ses dons merveilleux.

Ce sol fécondé par la France

Qui régna sur ses bords fleuris, 

C'est notre amour, notre espérance,

Canadiens, c'est notre pays.


Pour conserver cet héritage

Que nous ont légué nos aïeux,

Malgré les vents, malgré l'orage,

Soyons toujours unis comme eux.

Marchant sur leur brillante trace, 

De leurs vertus suivons la loi, 

Ne souffrons pas que rien efface

Et notre langue et notre foi.


O de l'union fraternelle, 

Jour triomphant et radieux,

Ah! puisse ta flamme immortelle

Remplir notre cœur de ses feux :

Oui, puisse cette union sainte, 

Qui fit nos ancêtres si grands, 

Garder toujours de toute atteinte

L'avenir de leurs descendants.


Les vieux chênes de la montagne

Où combattirent nos aïeux ;

Le sol de la verte campagne

Où coula leur sang généreux ;

Le flot qui chante à la prairie

La splendeur de leurs noms bénis,

La grande voix de la patrie, 

Tout nous redit, soyez unis.


Québec, 24 juin 1863

Dans La Littérature canadienne (1850-1860)





 Illustrations  téléchargées de la BAnQ (oui, en anglais!)

2 janvier 2025

Domaine public 2025

Marie-Anne Perreault, Gemma Tremblay 
Rex Desmarchais, Rosaire D. Lévesque

QUI Y GAGNE QUOI?

Voici les livres qui auraient accédé au domaine public en 2025 si la loi était restée la même. Je réitère mes critiques des dernières années. En quoi le fait d’avoir prolongé de 20 ans (50 à 70) la période de protection d’une œuvre sert-il ces auteur.trice.s? On aurait dû exiger des ayants-droit, qui voulaient absolument prolonger la période de protection, qu’ils enregistrent lesdites œuvres. Qui l’aurait fait cette année? Selon moi, personne. Les œuvres ci-dessous n’ont pas de valeur pécuniaire, même celles qui sont encore sur le marché. Elles seraient devenues libres de droit en 2025, elles auraient été offertes gratuitement sur internet et, peut-être, auraient-elles pu gagner de nouveaux.lles lecteur.trice.s.

 

Marie-Anne Perreault (pseudo : Mme Elphège Croff), Rivière-Ouelle (1896-1974)

1927 - Les heures brèves, L’Action sociale.

1928 - L’enjôleuse, Garand.

1929 - La petite maîtresse d’école, Garand.

1930 - Celle qui revient, Garand


Léo-Albert Lévesque, (pseudo : Rosaire Dion-Lévesque), New Hampshire (1900-1974)

1928 - En égrenant le chapelet des jours, Louis Carrier.

1930 - Les oasis, Desclée.

1930 - Petite suite marine, Caravelle.

1933 - Walt Whitman, Les Elzévirs.

1939 - Vita, Valiquette.

1949 - Solitudes, Chanteclerc.

1952 - Jouets, Chanteclerc.

1963 - Quête, Garneau.


Olivier Carignan, Montréal (1901-1974) (journaliste et scripteur pour la radio,

Il anima, de 1946 à 1947, l'émission Reflets de la vie, diffusée à CKAC (Montréal).

1927 - Les sacrifiés, Mercure


Rex Desmarchais, Montréal (1908-1974)

1931 - Attitudes, Librairie d’Action.

1932 - L’initiatrice, Albert Lévesque.

1933 - Le feu intérieur, Albert Lévesque.

1941 - France immortelle, Éditions libres.

1942 - La Chesnaie, L’Arbre.

1942 - Bête de proie, Éditions d’art.


Gemma Tremblay, Saint-Moïse (1924-1974)

(Je vais présenter en 2025 quelques livres de Gemma Tremblay sur Laurentiana)

1960 - Rhapsodie auburn, Beauchemin.

1961 - L’Aube d’ocre, Beauchemin.

1964 - Séquence du poème, Paris, Grasset.

1965 - Cuivres et violons marins, Hexagone.

1965 - Poèmes d’identité, Paris, Grassin.

1966 - Cratères sous la neige, Déom.

1968 - Les feux intermittents, Paris, Grassin.

1969 - Les seins gorgés, Éditions du Songe.

1972 - Souffles du midi, Paris, Grassin.

1989 - Poèmes 1960-1972, Hexagone

(Référence : Yvan Mornard, Inventaire des écrivains du Québec par année de naissance, 1999)