19 octobre 2008

En égrenant le chapelet des jours

Rosaire Dion, En égrenant le chapelet des jours, Les éditions du Mercure, Montréal-New York, 1928, 163 pages. (Préface d’Henri D’Arles)

Rosaire Dion (né à Nashua au New Hampshire le 26 novembre 1900) a requis d'Henri D’Arles, un Franco-américain tout comme lui, une préface. On pourrait se demander s’il a eu raison, car ce dernier ne le ménage pas. Il emploie les expressions « musique primitive » et « enfance de l’art » pour caractériser la poésie du jeune auteur qui réclame son parrainage. Disons-le d’emblée, le « chapelet » de Dion n’a rien de transcendant et n’est guère joyeux. Dion explore des thèmes universels (la religion, la douleur, l’amour, la tristesse...), se rapproche des Romantiques et occasionnellement des Parnassiens. Le recueil compte six parties.

Hommages
Après avoir salué les État-Unis, le Canada et la France, ses trois patries, l’auteur rend hommage à quelques défenseurs des droits des Franco-américains, à des figures légendaires comme Dollard, à des artistes comme Lozeau et Nelligan. Le tout est lourdement enveloppé de patriotisme et aspergé de foi chrétienne.

Les grains d’or
Le poète veut saluer la beauté, celles de la nature, de l’art et de l’amour. On trouve aussi certains poèmes plus personnels. La lutte entre la chair et l’esprit est décrite dans plusieurs poèmes : « Pourquoi me dédaigner, insensé, mortel fou! / Je suis la Volupté! Viens goûter mes caresses. / Je te prodiguerai le Nirvana d’ivresses / Dans les entrelacements de mes bras à ton cou. » Le poème suivant, pourtant, s’intitule « L’Esprit » et commence ainsi : « Paix! Satanique voix de la chair en délire! »

Les grains d’argile
Cette partie est beaucoup plus sombre. L’Impuissance, la fuite du temps, la beauté fugace sont les principaux motifs. Le tout est marqué d’une certaine douleur, que le poète combat, auquel il oppose un fuyant espoir, le souvenir et le rêve, comme s’il n’avait pas le droit de vivre son désespoir. « Taisez-vous les Douleurs, et calmez-vous les Peines ! / Endormez-vous Soucis, ne pleurez plus mon cœur ! / Car si le jour fut long, les ombres sont sereines, / Et déjà les espoirs vont surgissant en chœur. / C'est l'heure des repos dont la nuit bleue est pleine. »

Les grains d’agate
On trouve de tout. Certains poèmes explorent des sentiments (la peur, la satiété), d’autres philosophent et beaucoup ne sont que de petits tableaux un peu tristes, parfois verlainiens, de la nature. « Mon âme, écoute, / Tomber du ciel, / Ce flot de gouttes, / Torrentiel, / Que vent essuie, / La triste pluie! »

Les grains de colophane
Dion commence par deux courtes histoires versifiées. À titre d’exemple, dans la première, il raconte le jour de l’An de deux Vieux qui espèrent le retour de leur fils parti à l’aventure. Un fantôme vient frapper à leur porte et ils sont sûrs que c’est celui de leur enfant, mort. Pour ce qui est du reste, l’essentiel baigne dans la religion.

La multiple croix
La douleur est le thème central de cette partie; elle est envisagée sous différents angles, religieux, social, personnel. On pourrait résumer ainsi : le bonheur n’est pas de ce monde; ou encore : toute vie est un chemin parsemé de douleurs, le ciel est l’unique espoir (voir l’extrait).

Il semblerait que ses recueils suivants, dont Les Oasis (1930), soient de beaucoup supérieurs. Rosaire Dion-Lévesque était l’époux de la poète Alice Lemieux-Lévesque. **

LA VOIE TORTUEUSE
La route qui serpente et qui va cahoteuse,
Labyrinthant toujours sa course sinueuse,
Qui s'engouffre soudain dans le roc escarpé
Puis reparaît riante en un val de clarté,
Qui là-bas va longer cet âpre précipice
Puis préfère au vertige un chemin plus propice,
Et court dans la savane en ruban onduleux
Atténuant son cours dans un sol rocailleux,
Vagabonde gaiement dans l'immense clairière
Qu'inondent les frais flots ruisselants de lumière,
Puis fleure le bosquet, se mire dans les eaux
Sereines, de cristal, d'un limpide ruisseau,
Qui s'assombrit encore en l'épaisse ramée
Pour surgir plus loin dans la distance embrumée,
Ce chemin meurt là-bas au loin mystérieux,
Tel hécatombe triste ou zénith glorieux.
Cette incertaine voie, est de nos jours l'image.

L'on part l'œil fasciné par un lointain mirage.
Puis le pied se heurtant au roc de la Douleur,
La Foi tôt s'atténue en son joug de malheur.
Alors que chancelant sur le gouffre du doute
Dont le dédale noir jette l'âme en déroute,
L'Amour nous apparaît à un détour soudain,
Nous leurrant aussitôt en nous tendant la main.
Puis nous foulons un temps une route moelleuse
Et le cœur qui renaît rend l'âme moins frileuse.
Ainsi nous allons tous, doutant et espérant,
Allègres pèlerins ou bien sombres errants,
Jusqu'au jour où pour nous le Grand Sommeil s'annonce
Quand nous irons quérir la troublante réponse
A la vie éphémère et ses combats spécieux,
A la terre lançant l'irrévocable adieu. (P. 158-159)

1 commentaire:

Luigi a dit...

très, très impressionné par la quantité d'informations sur votre site...bravo! je ne m'y connais que très peu en littérature québécoise mais je me promets de revenir régulièrement sur votre blog pour approfondir mes connaissances!
merci!