28 octobre 2008

Menaud maître-draveur (suite)

Dans ma présentation de Menaud maître-draveur, j’ai mentionné que le roman avait reçu plusieurs versions. J’ai jeté un coup d’œil sur l’édition de 1944. Effectivement le style s’est dépouillé, pour ne pas dire asséché. Voici la nouvelle version de l'extrait que j'ai présenté :

Une clameur s'éleva !
Tous les hommes et toutes les gaffes se figèrent, immobiles.
Joson n'avait pu sauter à temps; il était emporté sur la queue de l'embâcle !
Menaud se leva. Devant lui hurla soudain la rivière en bête qui veut tuer.
L'enfant s'agriffait, plongeait, remontait dans le culbutis des bil­les.
Puis, il disparut dans les gueules de l'eau.
Menaud fit quelques pas en arrière; et, comme un bœuf qu'on assomme, s'écroula, le visage dans le noir des mousses.
Alexis, lui, s'était précipité dans le remous.
Il se mit à tâtonner à travers les longues écorces, à battre de ses bras fraternels vers des formes étranges qui semblaient des signes de Joson.
Et quand l'eau lui gelait le cœur, il remontait respirer, puis, replongeait encore dans la fosse parmi les linceuls de l'ombre.
Non ! personne autre que lui n'aurait fait cela; car, c'était terrible ! terrible !
Mais, d'épuisement, il dut bientôt saisir la gaffe qu'on lui tendait. Les yeux fous, les lèvres blanches, les bras vides, il courut vers les tentes et se roula dans son chagrin
Alors, arriva Menaud, pareil à un homme ivre. Les bras tendus, il s'appuyait aux arbres, il levait haut les pieds comme ceux qui tombent de la clarté dans les ténèbres.
Il regarda les mailles du courant, prit une gaffe, fit ancrer sa barque au bord du remous, et se mit à sonder, manœuvrant le crochet de fer avec tendresse. (Edition de 1944)

J’ai aussi lu le même extrait dans l’édition de 1964. Il ressemble étrangement à celui de 1937.

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