31 mars 2021

Des mots, des vers

Jules Tremblay, Des mots, des vers, Montréal, Beauchemin, 1911, 228 pages (Préface d’Alphonse Beauregard)

Beauregard insiste beaucoup dans sa préface sur le caractère parnassien de sa poésie, notant que le « je » du poète est presque absent. Il rappelle aussi que, pour Tremblay (1879-1927), nous « n’avons pas de littérature nationale parce qu’il nous manque une langue propre ».

Le recueil, dédié à son père (Rémi Tremblay) et à ses amis de L’École littéraire, est très aéré si bien qu’il pourrait tenir dans 100 pages.

Alphonse Beauregard a sans doute raison de dire que la poésie de Tremblay est parfois parnassienne, par exemple dans cette strophe que Paul Morin aurait pu faire sienne : « Graveur, prends ton échoppe et découpe en relief / Agate, sardonyx, camée ou féverole. / Couronne le guerrier de myrte ou d'azerole, / Orne, du morion ou du heaume, son chef ». (L’artiste) Pourtant le quatrain ci-dessus est loin d’être l’exemple parfait de la manière Tremblay. Il est vrai que, contrairement aux Romantiques, il traite la plupart des sujets avec beaucoup de retenue. Il évoque l’amour (Voir l’extrait) et la nature sans l’investir de son « moi » : « Debout sur la roche primaire, / Le mont orgueilleux agglomère / Schistes, granits, pierres, métaux. / Il dresse, en vastes piédestaux. / Ses contreforts inaccessibles. » (Le mont)

Il lui arrive quand même de se dévoiler un peu. Il y a un poète plus léger qui s’amuse avec ses enfants : « Un œuf de Pâque, obèse, aveuglant de couleurs, / S'épanouit gaîment au centre de la table. / Il pose, il fait valoir sa mine respectable / Sur le coussin mollet enjolivé de fleurs. » (Naïveté) Et un poète philosophe qui s’interroge sur la place de l’homme dans l’univers, ce qui le rapproche de Beauregard : « Le rythme sans repos des innombrables mondes / Traverse l'infini du profond firmament. / Planète, nébuleuse, étoile, aveuglément / Roulent dans l'inconnu des orbes et des ondes. » (Lumen)

Cependant, quand il parle des « miséreux de Noël », il s’en tient à des « généralités » et le ton ne donne pas dans le mélodrame : « Dans la lutte que rien n'abrège, / Il n'est plus de répit pour eux. / Jamais leur enfer ne s'allège : / C'est la horde des miséreux. » (La ballade des miséreux). Enfin, son patriotisme est plus critique qu’émotif : « La politique, alors, n'était pas un recul / Entraînant le pays au gouffre / Où la déloyauté féconde le calcul / Et brise toute âme qui souffre. » (Le passé)

Bref se tient devant nous un poète pudique, qui a une très grande maitrise de la langue française, et dont l’approche est plutôt intellectuelle, ce qui le différencie de tous les terroiristes et romantiques de l’époque.

En savoir plus sur Jules Tremblay

 
LA CHANSON DE MIA

Mia, le soir est calme, et la voix de la mer
Nous invite à chasser tout souvenir amer.
La vague, doucement, sur la rocheuse arête,
Ainsi qu'une caresse amoureuse, s'arrête.

Mia, l'azur s'étoile, et votre front rêveur
S'élève vers le ciel dans sa chaude ferveur.
Vos yeux brillent, Mia, d'une flamme secrète,
Comme au timide aveu d'une ivresse discrète.

Mia, la nuit est noire, et je vous aime bien.
Et l’amour est pour moi l'inestimable bien.
D'un regard de pitié faites luire dans l'ombre
Un peu de joie au cœur où la croyance sombre.

À vos lèvres, Mia, l'espoir est suspendu.
Dites un tendre mot, trop longtemps attendu ;
Et mon âme, oubliant le doute qui l'effare
Entonnera pour toi l'idéale fanfare

29 mars 2021

Les épis de blé

Joseph Harvey, Les épis de blé, Les fleurs de sillon, Imprimerie Le Soleil, Québec, 1923, 142 pages. (Avertissement et photo de l’auteur en frontispice)

Il est facile d’imaginer la vive inquiétude que suscitait la publication d’un recueil de poésie par un jeune ouvrier agricole à peine scolarisé au début des années 20. On comprend mieux pourquoi le paratexte qui précède les poèmes est aussi important. Harvey (1898-1973) joue à fond la carte de l’humilité, encore plus que ses contemporains s’il l’est possible. Après un « Avertissement », on lit une lettre à sa mentor (Georgina Lefaivre) et deux textes de celle-ci pour légitimer la publication de ses poèmes : parlant de lui à la troisième personne, « Il espère que l’intention honorable, qui a motivé ces essais, lui fera pardonner, aux yeux des lettrés, d’avoir, pour charmer ses heures de solitude, quelquefois troqué la charrue du colon pour le luth du poète. » En lisant son recueil, pourvu de nombreuses dédicaces et de quelques références, on devine que l’auteur a beaucoup plus de culture que ce qu’il le laisse entendre et, disons-le, son recueil n’a rien à envier à ceux de ses contemporains. Si Harvey vous intéresse, commencez par lire sa bio sur le site du Musée virtuel francophone de la Saskatchewan.

Joseph Harvey
Comme la page de couverture en fait état, le livre comprend en quelque sorte deux recueils : Les épis de blé et Les fleurs de sillon. Il y a même, entre les deux, un intermède de sept poèmes intitulé Humour. Les poèmes dans la première partie sont dits des « épis » et dans la dernière, des « fleurettes ».

La plupart des 62 « épis » du premier livre donnent davantage dans la poésie intimiste que dans le terroir malgré leur appellation. « Je suis un poète sauvage, / Ignorant, qui souventes fois / Rêve, la nuit sur le rivage / d’un lac, le jour, au fond des bois. » Si dans un poème il s’adresse à sa charrue (!), il y a bien d’autres personnes qui sont interpellés dont ses parents, des jeunes filles. Harvey, au moment de publier ce livre, vit à Ormaux (Saskatchewan), un petit bled perdu dans l’Ouest canadien. Quelques poèmes sont teintés de la nostalgie du pays perdu, du petit coin qui l’a vu naître (Causapscal), de la culture québécoise et plus largement de l’enfance. Finalement, un sentiment de tristesse se dégage de ce premier livre : « …quand la mélancolie errante nous emporte / au milieu des buissons jaunis » Ou encore : « Revivons ce soir notre enfance, / Ce temps de force et d’innocence ».

L’intermède « Humour » fait tout au plus sourire. Harvey nous parle de son rapport à l’écriture : humilité, dérision, passion sont les trois mots qui émergent : « … Je ne suis pas de ces rimeurs maudits, / Pédants et ténébreux qui semblent se complaire / À jongler des tours neufs, plats, inédits ».

Les fleurs de sillons regroupent 18 « fleurettes », des poèmes sentimentaux. Y alternent les déclarations d’amour et les déconvenues amoureuses. Je cite : « À seize ans je couchai dans le froid de la tombe / Mon premier amour aux yeux bleus! »; « Je l’aimais comme on prie une sainte ». Je cite cette fleurette dédiée à « mademoiselle Claire M. » : « Si Dieu créa le premier homme / D’un souffle de sa bouche, en somme, / Il me charme de supposer, / Qu’il fit la femme d’un baiser! »

Comme extrait, je propose un court « épi », rédigé à la suite du décès subit de sa mère :

26 mars 2021

Mélanges poétiques (Lavoie)

Edouard Lavoie, Mélanges poétiques, Québec, Impr. L’action sociale, 1922, 174 p. (Courte introduction de l’auteur et deux dessins d’Eugène Hamel)

Qui était Edouard Lavoie (1883-1954)? Toute une page et beaucoup de photos lui sont consacrées sur le site Généalogie du Québec. Il était ingénieur civil dans la région du Saguenay et il a 39 ans quand il publie ses Mélanges poétiques.

 « Si je me décide à présenter ce recueil de poésies au lecteur, je le fais sans aucune prétention. Mon seul désir est de verser dans l’âme de celui qui lira ces pages, un peu du délicieux parfum de poésie qui se dégage de la grande et belle nature qui nous entoure, et qui fait du Canada, par ses sites enchanteurs et son aspect pittoresque incomparable, un des plus attrayants pays du monde. » (introduction)

 Tout est prévisible, le recueil ne renie en rien les thèmes et les canons de l’époque. Le recueil est divisé en deux parties : dans la première les poèmes d’inspiration profane; dans la seconde, ceux d’inspiration chrétienne.

 La maison de son enfance, le manoir de Tilly, le paysage des Laurentides (il est né à Baie-Saint-Paul), la pêche, la nature (les saisons, les fleurs, le rossignol), les moments de réjouissance (Noël, le jour de l’An), la guerre (3 poèmes) et l’amour (2 romances) composent la première partie.

 La lampe du sanctuaire, le monument au Sacré-Cœur, la croix du chemin, le clocher du village, sa mère et un enfant décédés, sa sœur missionnaire en Chine sont les thèmes de la seconde partie.

 Il est toujours étonnant de constater qu’une personne, au milieu de sa vie, ait le désir de rendre publics des poèmes qui dorment dans ses tiroirs probablement depuis longtemps. Qu’est-ce qui pouvait motiver un homme d’affaires à publier ses poèmes? Que pouvait-il retirer d’une telle entreprise? 

L'adieu du soldat canadien à sa fiancée

Je pars, ma bien-aimée, oh! laisse-moi cueillir,
Dans un tendre baiser, cette larme qui brille
À ton regard humide, en me voyant partir.
Cette perle du cœur, ma chère, ma gentille,
Est plus précieuse que le plus pur saphir.
Donne-la-moi, je pars, et là-bas, dans les Flandres,
J'aurai bien du courage avec ce souvenir ;
Quand, face à l'Allemand, il me faudra détendre
Notre chère patrie, à l'ombre des drapeaux
Unis de l'Angleterre et de la belle France.
Là-bas, ma bien-aimée, je dirai aux oiseaux,
À la brise qui passe et franchit la distance,
D'emporter au-delà de l'immense océan
Des paroles d'amour qui sècheront tes larmes;
D'emporter mes pensées et le doux battement
De mon cœur éloigné et privé de tes charmes.



24 mars 2021

Coups d’ailes

Jean Bruchési, Coups d’ailes, Montréal, Bibliothèque de l’Action française, 1922, 162 p. (Illustrations de Jean-Baptiste Lagacé)

Jean Bruchesi (1901-1979) n’avait que 21 ans lorsqu’il a publié ce recueil dédié à ses parents.

Le poème liminaire, « Ballade des petits oiseaux » donne le ton : le recueil se présente sous le signe de la légèreté, d’où la métaphore de l’oiseau.

Dans la première partie, Envolée, sont rassemblés plusieurs petits événements qui appartiennent au passé de l’auteur, le plus souvent joyeux, mais parfois tristes : la mort de la mère, la lettre d’un ami cher, la mort d’un petit oiseau domestique, une retenue en classe, les premiers pas d’un enfant, la première neige, un conflit d’amoureux sans portée. 

Dans la seconde partie, « En plein ciel », on a l’impression de faire un saut dans le temps. L’oiseau s’est envolé, le jeune adulte s’affirme : sa philosophie pourrait se résumer en trois mots :   chanter, croire, aimer. Tout est prétexte pour célébrer les beautés de la vie bien qu’il soit conscient que la « lutte sera dure » : ses vingt ans, Noël, le printemps, les îles-de-la-Madeleine, la prière du soir sont sources de poèmes.

Dans la dernière partie, Retour, Bruchési est moins personnel. Sa poésie donne davantage dans le courant « vieilles choses, vieilles gens » : la France, l’école de rang, son manuel d’histoire du Canada, le clocher, la croix de chemin, le quêteux, les îles-de-la-Madeleine, Paspébiac, le paysan, le semeur.

Le recueil se termine par une adresse au lecteur : l’auteur réaffirme son parti-pris du bonheur, malgré les douleurs et les déconvenues : « Moi je n’ai fait que rire / Et chanter, voyez-vous. / Dans l’air que je respire / Tous les parfums sont doux. »

 

CHANTER, CROIRE, AIMER

Je veux chanter au clair soleil de mon bonheur, 

D’une voix toute pure ;

Il en est trop dont le chant est empoisonneur. 

Moins suave, le mien est certes sans souillure.

 

Chanter pour réveiller ceux qui sont endormis. 

Sans croire à l’espérance ;

Chanter avec amour, chanter pour mes amis : 

C’est être apôtre et c’est affirmer ma croyance.

 

Et je veux croire aussi : l’homme est bien à genoux.

Quoi que l’on puisse dire,

Croire qu’un Dieu, d’En-Haut, pose les yeux sur nous

Et que la Vierge met dans le ciel, son sourire ...

 

Enfin, je veux aimer tandis que j’ai vingt ans, 

Aimer avec franchise ;

Car on dit que le cœur se ferme avec le temps, 

Ainsi qu’un grand lys d’or sous une froide brise.




22 mars 2021

Crépuscules

Antonio Desjardins, Crépuscules, Hull, Progrès de Hull, 1924, 187 pages. 

Antonio Desjardins est né en 1894 dans une famille bourgeoise et cultivée de Hull. Il a même poursuivi des études à la Sorbonne. Étrangement, pour gagner sa vie, il a travaillé dans l’épicerie de son frère, ce qui lui permettait d’écrire. Notre poète-épicier n’a publié qu’un livre, Crépuscules… en 1924.

Le livre est dédié à celle « dont l’âme lui fut si chère ». Comme structure, il reprend la traditionnelle division des saisons : Heures d’été, Heures d’automne, Heure d’hiver et Heures de printemps. À la fin de chacune des parties, il ajoute un long poème.

Les Heures d’été sont teintées de mélancolie, de tristesse et de regrets. Les beautés de la nature font ressurgir d’anciennes blessures : « Une grive a pleuré sur sa branche puis s’est tu… / Mais sa douleur, / Mais sa douleur, / Inconsolée… » Dans les Heures d’automne, de courts poèmes impressionnistes, très musicaux, alternent avec des poèmes plus sombres qui reprennent la thématique de la première partie. « Ô ma vieille souffrance / Qui revient / Me sourire / En silence… » On retrouve la même souffrance dans les Heures d’hiver, mais le ton est plus dramatique : « Mon âme a mal jusqu’au martyr… / Est-ce sa vie qui va finir… / Mon sang se fige dans la souffrance / D’une éternelle désespérance ».  Les Heures du printemps ne réussissent pas à atténuer l’ancienne peine : « Tragique comme un cri d’automne agonisant, / Où mon cœur s’épuisa, mon cœur d’adolescent… / Elle est toute en mon sang, sanglotante infinie, / Cette mélancolie, cette mélancolie… »

Les quatre longs poèmes

Dans Au fleuve Saint-Laurent, Desjardins célèbre aussi bien l’origine du pays que celle de la vie. Dans La lettre, on croit comprendre que celle-ci annonce la mort d’un soldat. Les objets s’animent pour dire tour à tour la tristesse qui les accable. Sur un verger la lune luit est un chant choral où la nature partage avec les amants la tristesse de leur séparation. « Elle a beaucoup aimé, elle a beaucoup souffert… /…/ Car le dieu de son cœur un soir s’en est allé, / Loin d’elle dans la mort ». Médiation philosophique met en scène trois personnages : la voix, l’âme et la volonté. Ils discutent des tenants et aboutissants de l’expérience humaine (de la créativité) qui s’expriment dans le langage.  « Il se sait possesseur de ces fluides magiques, / Éternels ... les mots … / Il les tire de ses fibres les plus sacrées, les plus émues... / Les lancent tels de grands ciseaux rêveurs, / Au fond des gouffres de ces océans de vies, / Où les vagues de tous les mondes, / Éteints, vivants, à naître, / Roulent incessamment, sans s’arrêter, à jamais, / Leurs chants d’amour, d’adoration, leurs chants d’éternité … »

Crépuscules… est un livre assez complexe qui mériterait plus qu’une trentaine de lignes. Il est vrai que ce recueil ne ressemble à rien de ce qui s’est écrit dans les années 1920. Desjardins a plus d’une manière de composer des poèmes : très traditionnels, modernes, très longs,  courts, de quelques syllabes ou de 12 pieds, musicaux, impressionnistes, symbolistes, théâtraux. Son recueil a été ignoré à l’époque.

Sur Antonio Desjardins

CE MÊME ÉTANG PLUS TARD

En la nuit blanche
De l’eau qui meurt,
Une branche
Joue sa couleur…

Et s’épanche
Sa douceur,
En fine fleur
De bleu qui penche.

Au fil du soir,
Les camées pâles de ses jeux d'ombres,
Où l’on croit voir,

Une tête s’effacer et dont les yeux seraient
Les doux fantômes
D’un grand regret…

19 mars 2021

Papillons d’âme

Joseph-Adolphe Hurteau, Papillons d’âme, Montréal, s.e., 1923, 202 pages. (Préface de l’auteur)

Joseph-Adolphe Hurteau est né le 8 mars 1875 et décédé le 1er janvier 1949.  Il a été journaliste et avocat. Il a publié son unique recueil de poésie à l’âge 49 ans.

« Si je publie quelques centaines de vers qui dormaient depuis longtemps dans la poussière d’un vieux tiroir, je compte évidemment sur l’indulgence de mes lecteurs et de mes lectrices. Ce n’est jamais autrement qu’en tremblant qu’un homme, si confiant qu’il soit en lui-même, ose parler la langue des dieux. // Il y a dans le présent recueil, trois groupes distincts de poésies. Les trois titres : muse collégiale, muse universitaire, muse professionnelle, qu’ils portent, indiquent un peu leur genre et leur mérite. // C'est, en somme, une œuvre de jeunesse que je présente au public. » (Hurteau dans la préface)

Dans la partie MUSE COLLÉGIALE, Hurteau présente des poèmes du jeune homme qu’il était quand il a fait ses études collégiales : des poèmes historiques (Napoléon II et Charlotte Corday), philosophique (Saint-Thomas d’Aquin), chrétiens (dont une rencontre entre un enfant et Jésus) et amoureux : « Si, par hasard sur ton chemin / Tu vois la femme de ton rêve, / Pose ta bouche sur sa main, / Ouvre-lui ton âme sans trêve. »

Sa MUSE UNIVERSITAIRE lui inspire des poèmes qui vont dans tous les sens : la religion, l’amitié, l’amour, la sens de la vie, la mort, la patrie. Il a composé aussi quelques poèmes récités lors d’événements de sa promotion, dont un « appel à Thémis » : « Holà, belle Thémis, un moment de repos! / Conduire ses enfants le fouet sur le dos, / Sans leur laisser jamais un plaisir éphémère, / C’est avoir peu de souci de son titre de mère. »

Enfin, sa MUSE PROFESSIONNELLE convie aussi diverses sources d’inspiration : les grands questionnements, la nature, sa mère, la mort, la religion et la patrie. On trouve aussi quelques poèmes de circonstances : le jour de l’An, Noël, le cinquantenaire de Sœur Marie-Anasthasie, Marguerite Bourgeoys… Avant Gatien Lapointe, il a écrit une « Ode au Saint-Laurent ».

ODE AU ST-LAURENT

Roule sans fin tes flots de gloire !
O Saint-Laurent majestueux,
Sur tes rives brille l’histoire
De nos martyrs et de nos preux.

La bravoure au cœur, sur ton onde
Ils voguaient fiers comme des rois,
Montrant au ciel du Nouveau-Monde
La fleur de lys avec la croix.

Qu’ils étaient nobles, les visages,
De ces intrépides héros,
Se mirant entre tes rivages
Sous la splendeur de leurs drapeaux !

Pour la première fois la France
Chantait dans l'écho de tes bords
Les chants d’amour et d’espérance
De ses braves et de ses forts.

Tombés au fort de la mêlée,
Ils dorment près de tes flots bleus,
Sous leur rustique mausolée
Et sous la tutelle des cieux.

Sur leurs tombeaux vêtus de mousse
Puisse ta vague, aux reflets d’or,
Chanter toujours sereine et douce :
Paix à la Majesté qui dort !

Par eux une France nouvelle
A poussé sur tes bords fleuris
Valeureuse, croyante et belle,
Comme la France de Saint-Louis.

L'antique pirogue sauvage
Ne glisse plus sur ton miroir
Avec l’Indien criant sa rage
Aux brises dolentes du soir.

Sur la forêt qui te couronne
Ne règne plus le Grand Esprit;
Et la voix de nos clochers sonne
Le triomphe de Jésus-Christ.

La verdure de ton rivage,
Teinte du sang de nos aïeux,
Nous dit : fils de Français, courage
Soyez toujours braves comme eux.

Aux bruits de ta berge sonore
Mêlant des Francs les airs sacrés,
Nous bercerons longtemps encore
Nos fils nombreux comme nos blés.

17 mars 2021

Au fond des bois

Blanche Lamontagne, Au fond des bois, Montréal, Chez l’autrice, 1931, 166 pages. (Dessins de l’autrice)

Le recueuil est constitué de nouvelles (dont une plus longue, Dans le silence des forêts) et de textes poétiques. 

 

Dans le silence des forêts : un jeune sauvageonne est courtisée par un jeune touriste américain.

L'Outarde : une outarde apprivoisée recouvre sa liberté.

Les Vieux : deux vieux profitent de la visite de leur nièce. 

La Grand'mère : un petit-fils déçoit sa grand-mère qui a tout misé sur lui.

Les deux Compagnes : « Et c'est ainsi que la vieille Flavie entra avec sa vache au Paradis. » (conte de Noël) 

Le Vieux Terrien : un vieux préfère mourir du cancer plutôt que de vendre sa terre.

La Belle Octavie : le grand amour d’une fille pour sa mère. 

Angèle : une servante dévouée est tuée par un taureau devant son jeune maître qu’elle idolâtre. 

Printemps : ce n’est pas un récit mais un poème en prose. 

Caquetage : deux vieilles échangent leurs idées sur l’amour. 

Vieille Demeure : description poétique d’une maison paysanne abandonnée

La Vieille Horloge : une horloge cesse de fonctionner au moment du décès de sa maîtresse.

Histoire de Chasseurs : un chasseur sauve la vie de son rival auprès de la belle Élise.

Charme du soir dans mon pays : tableau poétique de la fin du jour. 

 

On le sait depuis toujours, Blanche Lamontagne affectionne les récits du terroir. Il ne faut pas chercher des intrigues dans ce recueil. On dirait que ce qui l’intéresse avant tout, c’est de décrire la nature, l’intrigue n’étant que le fil obligé pour tenir le tout. D’ailleurs dans au moins trois textes, le récit est abandonné au profit de la description poétique. Quelques histoires se passent en Gaspésie. Même si l’esthétique est d’une autre époque, ces textes n’en demeurent pas moins fort bien écrits. 

 

Le livre est illustré : en plus des dessins de l’autrice, on trouve différents bandeaux très travaillés.

 

Lire Au fond des bois

 

Blanche Lamontagne sur Laurentiana :

Par nos champs et par nos rives
Récits et Légendes
Un cœur fidèle
Visions gaspésiennes
Légendes gaspésiennes
La vieille maison

La moisson nouvelle

Au fond des bois


Illustrations de l’autrice

 

15 mars 2021

La moisson nouvelle

Blanche Lamontagne, La moisson nouvelle, Montréal, L’Action française, 1926, 192 pages.

La poésie de Blanche Lamontagne n’évolue pas d’un recueil à l’autre. Dans La moisson nouvelle, on retrouve ses thèmes de prédilection. Une simple énumération des divisions du recueil nous donne déjà une bonne idée de ce qu’on va lire. 

Dans Poèmes rustiques, elle célèbre la beauté, la générosité de la nature canadienne, les « bois adorés », la quiétude d’un soir d’été, le passage des saisons… Ses Poèmes héroïques ont pour sujets Dollard des Ormeaux, Christophe Colomb, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois…  et quelques artistes (« ouvrier du divin »), tels Lozeau, Hugo, Grieg… Le chapitre Esquisses est consacré à des portraits, à des types : l’amoureuse, la jeune mère, la religieuse, l’aïeule et le vieux paysan. Marines nous rappelle que l’autrice est née aux Escoumins, là où le fleuve ressemble à la mer. Même si un poème est intitulé « Tadoussac » et un autre « Gaspésie », on a droit davantage à des évocations qu’à des descriptions réalistes. La paysage marin colore les amours, les amitiés. Enfin dans Maisons, elle décrit les diverses représentations qu’on peut attribuer à la maison : un abri contre les turpitudes de la vie, un mémorial de l’enfance, un repaire pour les amoureux, un lieu de ressourcement pour le paysan et le pêcheur, et bien entendu le dernier refuge (« La maison divine »).

 

TADOUSSAC

Les monts sont imposants et la forêt est neuve. 

Le vent est imprégné d’âcre parfum marin.

Il règne un charme étrange, infini, souverain,

À Tadoussac, au bord du fleuve.

 

Un chasseur passe avec son fusil et son sac.

L’eau s’argente soudain du vol des alouettes,

Et de nombreux vaisseaux flottent les silhouettes, 

Au bord du fleuve, à Tadoussac...

 

Du rocher de Québec et jusqu’à Terre-Neuve,

Pour le marin il n’est pas d’asile plus sûr.

La vague est toujours douce et l’air est toujours pur 

À Tadoussac, au bord du fleuve!

 

L’onde au quai doucement redit: flic-flac, flic-flac. 

Les sapins sont très verts, les rochers sont très roses, 

Et le genévrier prend la place des roses,

Au bord du fleuve, à Tadoussac...

 

Plage attirante, est-il une âme que n’émeuve 

Ton ciel pur où s’en vont les filles aux yeux clairs ? 

Et que les gâs ont donc de doux yeux pleins d’éclairs 

À Tadoussac, au bord du fleuve!

 

Gloire à vous, anse bleue, oui gloire à vous, ô lac, 

Grâce d’oiseau, blancheur de voile, roche brune! 

Gloire à vous, nuit d’été, magique clair de lune, 

Au bord du fleuve, à Tadoussac!...


 Blanche Lamontagne sur Laurentiana :

Par nos champs et par nos rives
Récits et Légendes
Un cœur fidèle
Visions gaspésiennes
Légendes gaspésiennes
La vieille maison
La moisson nouvelle

12 mars 2021

La vieille maison (Lamontagne)

Blanche Lamontagne, La vieille maison, Montréal, L’Action française, 1920, 219 pages.

Il y aurait une thèse à rédiger sur le motif de la « vieille maison » dans la littérature du terroir. Si la plupart des auteurs se contentent d’un ou deux poèmes ou d’un extrait de roman, Blanche Lamontagne lui consacre tout un recueil. Si vous me permettez le mauvais jeu de mots, c’est de fond en comble qu’elle épluche le sujet.

Le recueil compte neuf parties et un poème liminaire. Celui-ci est une « hymne à la vieille maison » de neuf sections réparties sur 13 pages! Lieu de mémoire, lieu de pèlerinage, refuge de la famille et de la religion, la vieille maison est le symbole de l’opiniâtreté des Canadiens français. Malheureux sont ceux que « la ville maudite enrôla ».

La première partie, comme il se devait, est intitulée LA PORTE, cette « bonne porte, sourire / de la maison ». On n’entre pas vraiment à l’intérieur, les poèmes portant sur le paysage environnant, bucolique à souhait. On peut « voir[r] monter sous le ciel les épis orgueilleux ».

Après « La porte », vient LA FENÊTRE. Pendant que l’homme travaille à l’extérieur, sa femme s’installe à la fenêtre pour tisser ou pour suivre de loin le travail des champs, en fait pour rompre l’ennui en « attenda[nt] l’époux ». « Rapidement elle dressait la table ; / Du lait, du lard, du pain brun délectable; / L’homme et les fils mangeaient à satiété. / Puis ils partaient. L’épouse, à la fenêtre, / Les regardait doucement disparaître / Dans le matin, plein de tranquillité… »

Le chapitre suivant, DANS LA FENÊTRE, prolonge le précédent : l’autrice change de paysage et met en scène une femme de pêcheur, dont la fenêtre ouvre sur un horizon sans fin.  Elle aussi guette le retour d’un mari qui, parfois, ne revient pas : « Sous le poids de son deuil amer, / La veuve regarde le large, / Dans la fenêtre claire et large. »

L’objet suivant, c’est Le POÊLE. Il est associé avant tout au réconfort, à la douceur des soirées à l’abri des intempéries. Il réchauffe mais en plus, sa chaleur bienfaisante suscite des rêveries. Quand il chante, n’est-ce pas les amours et la vie des anciens qu’on entend?

LE BER, on l’aura deviné, est le symbole, le fer de lance de la survivance des Canadiens Français : « Montez, montez, dans le ciel clair, / Chants du pays, chants du vieux ber! … »

LA LAMPE évoque la quiétude du soir, quand la famille se réunit après une dure journée de labeur. En plus, elle guide « notre marche parmi les ombres ici-bas ».

La présence de LA CROIX DU MUR signale l’importance de la religion, guide et consolatrice, confidente et inspiratrice. « Car il nous faut savoir lever les yeux au Ciel, / Et croire qu’il est Tout, qu’il est l’Essentiel. »

On pourrait penser que LES ABSENTS nous éloignent de la vieille maison. Détrompons-nous, les absents ne l’ont jamais vraiment quittée : « Les absents sont les plus vivants, / Dans la demeure et dans notre âme. »

Les deux dernières parties du recueil sont un peu à part et constituent un épilogue. Ainsi QUAND LA MAISON ÉTAIT JEUNE nous ramène quelques années en arrière. On a droit à « L’heure des vaches », à « L’heure des poules » et à la récolte des petits fruits, bref à la vie paysanne autour de la vieille maison.

Tout le recueil est marqué par le passage du temps. Lamontagne regrette la disparition d’un monde, comme si son époque était en rupture avec celle de ses aïeux.  La dernière partie, DEUX OMBRES, évoque ce jour où tout doit finir, où des vies de labeur et d’amour ne sont plus que souvenirs douloureux. Cependant, consolation ultime, il reste l’autre vie : « Pourquoi river tes yeux aux choses d’ici-bas ? / N’est-il pas un ciel qui s’entr’ouvre là-bas? … »

Blanche Lamontagne sur Laurentiana :
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Légendes gaspésiennes
La vieille maison

10 mars 2021

La vieille maison (Champoux)

Modeste Champoux, La vieille maison, s.l., s.e., s.d. [1915], 32 pages.

En 1914, Adjutor Rivard publie un texte qui va avoir beaucoup d’impact, si on en juge par le nombre d’imitateurs. Dans Chez nous, il décrivait une maison ancestrale abandonnée après avoir abrité quelques générations. Un an plus tard, Modeste Champoux (1881-1918) un prêtre eudiste, publie une petite plaquette ayant aussi ce thème comme sujet. Cependant, il semble que le texte de ce dernier soit antérieur à sa publication : Paul-Émile, le préfacier, précise que « La Vieille Maison a circulé dans la famille » avant d’être livré au public. A-t-il subi l’influence de Rivard?

Le texte principal est constitué d’un long poème dans lequel l’auteur présente deux visions (très chrétiennes) de la vieille maison : Corps du foyer et Âme du foyer. On l’aura compris, une partie plus réaliste et l’autre, symbolique.

Dans Corps du foyer, Champoux insiste beaucoup sur la modestie de la maison, retrace son histoire (témoin du passé), décrit le paysage qui l’environne (la campagne) et l’embellit.

Poutres, bois et bardeaux, rassemblés, mais sans art,
Toit, châssis et lucarnes, placés au hasard;
Humbles proportions, contenance sévère,
Rides nombreux et forts, noble front, mais austère,
Oui, ton corps tout entier, doux berceau des aïeux,
Rappelle une autre époque et fut béni des cieux.

Dans Âme du foyer, c’est plutôt la filiation qui est soulignée. Qui dit maison, dit famille, enfants. La transmission du bien paternel constitue une consolation pour les mourants. La vieille maison abandonnée se prolongera dans l’au-delà, « seul foyer paternel », où toutes les générations seront réunies.

Le plus beau jour de l’homme, au sein de la douleur,
Se lève quand l’amour, noble agent du bonheur,
A placé sur son front la couronne de Père.
À ce mot immortel, il renaît, il espère;
Car l’enfant, qui sourit, lui prédit qu’aux tombeaux,
Succédera sans fin la suite des berceaux.

Champoux a ajouté une seconde partie intitulée « Petite barcarolle » dans laquelle sont regroupés quatre courts poèmes sur le thème marin.

Une partie du texte a été mis en musique. On trouve la partition sur la BAnQ.

8 mars 2021

Paillettes

Jean Gillet, Paillettes, Montréal, Éditions Typo-press, 1933, 134 pages.

Jean Gillet (né en 1915 à Verdun) n’a que 18 ans lorsqu’il publie Paillettes. Le recueil est d’une seule venue. Nelligan a sans doute été une source d’inspiration pour lui, mais n’est pas Nelligan qui veut, hélas. Dans Paillettes, on lit les interrogations d’un jeune qui se cherche, les soubresauts de son humeur, ses espoirs et ses désillusions, sa joie et sa tristesse. Tout est amplifié, dramatique. « De tout ce qui fut mon espoir / Il ne reste lugubre et noir, / Que ce débris triste et funeste. » Même ses amours, un thème récurrent, vacillent au gré de son humeur.  Il se sent incompris et la poésie semble l’aider à y voir plus clair. 

Inutile d’en rajouter, le poème suivant décrit assez bien le projet du jeune poète :


SONNET

De chaque événement, dont mon cœur a vibré,

J’ai fait, sans en rien dire, une phrase, une rime,

Et je relis ces mots qu’un souvenir anime,

Lorsque j’ai trop souffert ou que j’ai trop aimé.

 

J’y chante les oiseaux, les grands arbres, l’été,

Le secret merveilleux de mes rêves intimes,

J’y chante les beaux jours où tous les deux nous rîmes,

Et j’y chante les soirs où tout seul j’ai pleuré.

 

Ces lignes que mon cœur écrivit sur sa route,

Sont l’admirable cri de l’angoisse et du doute 

Que toujours lance l’homme au destin triomphant.

 

C’est une âme qui pleure en un divin poème, 

Le poème éternel du génie impuissant,
Du génie oublié, qui se pleure lui-même.


5 mars 2021

Allie

Joseph Lallier, Allie, Montréal, L’Action paroissiale, 1936, 272 pages. 

Olivier Reillal a quitté Port-Joli, il y a vingt ans. Il s’est engagé avec les Anglais contre les Hollandais dans ce qu’on appelle la guerre des Boers (1899-1902). Lui-même n’arrive pas à comprendre ce qui l’a poussé à contacter un tel engagement, d’autant plus qu’il est un nationaliste pure et dur. Disons qu’il va regretter son geste, idéologiquement parlant. Malgré tout, cette aventure qui aurait pu mal tourner s’est avérée on ne peut plus bénéfique, financièrement parlant. Ayant été fait prisonnier, puis libéré, il a sauvé un Zoulou d’une mort certaine, lequel, en contrepartie, lui a révélé un endroit secret où se trouve une mine de diamants. La guerre finie, il a su bien jouer ses cartes pour s’approprier cette fortune. Il est devenu millionnaire et même député de sa patrie d’adoption. Les choses se sont moins bien passées du point de vue sentimental. Il a épousé une protestante qui s’est tournée contre lui dès que l’éducation de leur enfant unique a été en cause. Ils ont divorcé et, depuis, son ex-femme est très malade physiquement et mentalement, si bien qu’il a herité de la garde de sa fille Cécile.

 

Donc vingt ans plus tard, le voici de retour dans son bled natal, Port-Joli. Un voyage nostalgique et… sentimental. Par hasard, il revoit Allie Dupontier, l’ancienne amoureuse qu’il n’a jamais oubliée. Elle est veuve depuis dix ans et a trois enfants. Il la voit régulièrement, lui avoue son amour, mais sait bien qu’il ne pourrait être question de mariage entre eux, puisqu’il est divorcé. Comme Allie est aussi amoureuse de lui, ils s’entendent pour vivre l’un près de l’autre une relation platonique. Il fait venir sa fille maintenant âgée d’une quinzaine d’années. Après avoir réglé ses affaires sud-africaines, il décide de s’établir avec Allie et sa famille dans l’ancien manoir des de Gaspé, manoir qu’il a fait reconstruire puisqu’il a brûlé en 1909. Chacune des familles occupe une aile du manoir. Le temps passe et le plus vieux des fils d’Allie épouse Cécile, la fille d’Olivier. Et, quand il apprend que sa femme sud-africaine est décédée, Olivier épouse Allie. 

 

Il y a beaucoup de finesse dans ce roman, pour ne pas dire une certaine élégance, tant au plan de l’écriture que des sentiments qui sont exposés. Bien entendu, l’histoire très romantique des héros n’est pas neuve et on décèle certains raccourcis dans l’évolution des personnages. Et le roman est un peu bavard.

 

Joseph Lallier, par le biais de son personnage principal, fait preuve d’un sentiment nationaliste très fort. Un nationalisme d’une autre époque où souvent langue, religion et agriculture font bon ménage. « L’âme canadienne-française était restée vivante, parce qu’elle s’était attachée à la terre. » De retour après vingt ans, il voit tout d’un œil neuf. Avec raison, il est scandalisé de constater le progrès de l’anglais, dès qu’il met les pieds en ville. Il constate l’avancée industrielle du Québec et déplore que les Canadiens français n’aient pas pris leur place. 

 

Et c’est ici que ça se gâte pour quelques pages détestables, et c’est peu dire! Bien entendu, le profiteur tout designé, celui qui s’immisce sournoisement dans les officines du pouvoir et du commerce, c’est le Juif. On est en 1936, juste avant l’explosion de haine que les Juifs vont subir. En extrait, je cite donc le moins bon passage, un de ceux qui discréditent le roman : 

 

« Vingt ans avaient suffi à métamorphoser la deuxième ville française du monde ! L’Hébreu à la face hirsute avait traversé, non pas la mer Rouge, mais la mer bleue et avait envahi Montréal, où il avait trouvé la « Terre Promise » et où il se conduisait déjà en maître.

 

Pourquoi Israël se serait-il senti à la gêne au milieu d’une race à l’âme si généreuse et si naïve qu’elle ne soupçonne même pas le danger d’une invasion étrangère ? Pourtant, la mainmise des Hébreux sur certaines branches du commerce aurait dû donner l’éveil ! Trop pris par la partisanerie politique, le peuple canadien-français s’était laissé chasser de chez lui. Jusqu’au portail du Monument National qui portait les traces de l’envahissement d’Israël ! Il n’y avait que le musée Éden, musée des horreurs, qui semblait avoir échappé au naufrage. Évidemment, le meurtre de Sam Parslow et la pendaison de Cordélia Viau n’avaient pas encore attiré l’attention des Juifs !

 

Je ne blâme pas les descendants d’Abraham de leur conquête pacifique, payée à même les sueurs des Canadiens ! Je me demande plutôt pourquoi nos dirigeants d’alors ont invité cette tourbe envahissante au pays ? » (p. 198)

 

Lire le roman

 

Joseph Lallier sur Laurentiana

Angeline Guillou

Le spectre menaçant