26 octobre 2007

Le Trésor de l’Île aux Noix

Eugène Achard, Le Trésor de l’Île aux Noix, Montréal, Beauchemin, 1925, 188 p.

Pendant la Rébellion des patriotes, un Canadien français, qui servait dans l’armée anglaise en garnison à l’Île-au-Noix, vole la caisse de sa compagnie. Son dessein, c’est de remettre le fruit de son vol aux patriotes, mais il échoue et il meurt. On ne retrouve pas l’argent. Où l’a-t-il caché? Personne ne le sait.

Un autre déserteur, John Dumping (Français par sa mère), a eu vent de l’affaire. Il sait que l’argent n’a pas quitté l’Île-aux-Noix. Le temps passe, le fort est en partie abandonné. John Dumping se met en quête du trésor. Tous les jours, il accompagne certains touristes et excursionnistes à l’Île-aux-Noix, dans le but de le chercher. Peine perdue, il ne le trouve pas.

Toujours en quête d’une fortune vite faite, Dumping devient chercheur d'or, s’associe à un Américain nommé Harbert et part en Californie. Au bout d’un an, il revient au Québec, bredouille. Harbert continue l’exploration et découvre un trésor sur leur « claim ». Bon prince, il revient vers Dumping, l’amène avec lui sur l’île pour lui remettre une partie de ses richesses. Mais Dumping l’assassine et se saisit du tout.

Dix années passent. Dumping vit maintenant à Montréal, sous un nom d’emprunt, James Stormy. Il est riche. Ce qu’il ignore, c’est que les deux fils de Harbert ont décidé de retrouver le meurtrier de leur père, ayant eu vent de son assassinat. En exhumant le cadavre, ils se rendent compte que le crâne a été fracassé. Leur enquête les amène rapidement à Dumping. Le plus vieux, Henry, se fait engager comme valet de chambre. Il demeure deux ans à son emploi, gagne sa confiance et finit par découvrir la preuve qu’il lui manquait. Au moment choisi, il prépare un traquenard en vue de l’attirer à l’Île-aux-Noix. Les frères ont trouvé le souterrain où se trouvait le trésor. Ils y ont enterré leur père. Ils veulent y enfermer Storming, le condamnant ainsi à une mort certaine. Ils réussissent mais, dans leur fuite, le plus jeune tombe de son cheval et se tue. Une semaine plus tard, Henry, désireux de s’assurer que Dumping est bel et bien mort, revient au souterrain : il est attaqué par son cadavre, ce qui lui fait perdre la raison. On l’enferme dans un asile à Saint-Jean, où il termine sa vie. Avant de mourir, il confie son secret au narrateur du récit, qui se garde bien de déterrer le trésor, de crainte que le mauvais sort s’acharne sur lui.

C’est un roman d’aventures, quelque peu roman policier, quelque peu récit fantastique. L’intrigue est vive, bien qu’elle soit tirée par les cheveux. Achard emprunte sa technique aux auteurs du XIXe siècle. On pense à Maupassant : le récit est un long retour en arrière qui nous parvient d’un narrateur externe. Il y a quand même quelques événements historiques qui servent de toile de fond, mais aucun personnage historique. Le livre contient aussi une nouvelle d’une cinquantaine de pages intitulée « Noces tragiques ».***

Extrait
Et soudain, je crus voir la forme imprécise qui s'allongeait lentement vers moi. Était-ce le cadavre? N'était-ce pas plutôt un lambeau d'ombre arraché au flanc de la nuit ? […] Alors, me croyant le jouet d'une hallucination, je braquai, à tout hasard, le canon de mon revolver du côté où j'avais cru voir bouger l'ombre et je fis feu. Mille échos répétèrent la détonation comme une avalanche de tonnerre... et un gémissement y répondit.
La veilleuse triomphante s'était rallumée. Alors se passa sous mes regards une scène épouvantable : le cadavre avait changé de position; son visage livide s’était tourné vers moi. Un instant, ses yeux s'ouvrirent, vitreux et rouges comme deux soupiraux d'enfer. Un mot sortit de ses lèvres, un râle plutôt, car je ne compris rien. Sur sa poitrine, une tache sanglante allait s'élargissant, teintant de rouge le gilet. Un frémissement secoua le corps tout entier. Une écume sanglante apparut aux commissures des lèvres, et la tête, un instant dressée, retomba pour jamais sur sa poitrine.
Mais dans le mouvement qu'il avait fait pour mourir, il me heurta les jambes; je tombai sur lui.
Je sentis sous moi la mollesse des chairs et l'écume de ses lèvres qui se collait à ma joue.
Par suite du mouvement que j'avais fait pour éviter le corps en tombant, mon coude avait heurté sa poitrine, chassant le dernier souffle d'air que la mort y avait laissé et comme mon oreille était près de sa bouche, un soupir, une plainte vint vers moi.
Qui redira mon épouvante. Je poussai un cri effroyable et, laissant là le sac qui contenait toute ma fortune — plus de cinquante mille livres sterling, en or, en valeurs ou en bijoux — je me précipitai dehors, refermai le souterrain et m'enfuis en hurlant.
Arrivé près de la porte extérieure, je crus que mon front allait éclater et j'appelai au secours éperdument. Je sentais encore sur ma joue la froideur des lèvres humides et dans mon oreille résonnait la dernière plainte du mort. Je me mis à courir sans but. A la fin, je tombai évanoui.
Quand je revins à moi, la nuit était tombée tout à fait, nuit obscure et froide sous le scintillement des étoiles. Je levai les yeux...et je vis un grand fantôme blanc dominant le fort : c'était John Dumping, vêtu d'un long suaire et qui comptait les pièces d'or de sa fortune retrouvée... (p. 145-148)

3 commentaires:

Anonyme a dit...

Your blog keeps getting better and better! Your older articles are not as good as newer ones you have a lot more creativity and originality now keep it up!

Jean-Louis Lessard a dit...

Merci!
C'est difficile d'être créatif. J'ai souvent l'impression d'utiliser les mêmes structures, les mêmes expressions...

farrar helen a dit...

nous sommes les amis du fort lennox, n'avons pas trouvé le trésor ...mais nous aimerions republier le livre. Nous cherchons un descendant de M. achard pour avoir une permission de faire . merci