14 octobre 2007

Sous les pins

Adolphe Poisson, Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902, 338 pages. (Illustrations d’Henri Julien)

Le livre est long, long, très long, trop long. On ne peut pas vraiment parler d’un recueil, du moins dans la conception moderne du terme. Comment les poèmes ont-ils été assemblés? Y a-t-il un mystérieux fil qui les unit? Je n’en ai pas trouvé. Il me semble plutôt qu‘on se retrouve devant un « patchwork ».

Poisson n’est pas un grand poète et il ne cesse de s’en plaindre, arguant que sa paresse en est la cause. Pour lui, il n’y a pas de basse et de haute inspiration. Tout sujet peut faire l’objet d’un poème. Ainsi trouve-t-on plusieurs poèmes de circonstances, tantôt référant à des événements publics (« l’érection de la ville de Sorel en cité » ou le cinquantenaire du village de Saint-Christophe) tantôt à des événements plus personnels (les noces d’argent d’un couple de ses amis ou la cinquantaine d’un ancien copain de classe). Il nous sert même le poème qu’il a envoyé à « l’honorable secrétaire de la province », J.-E. Robidoux, pour qu’il lui achète quelques exemplaires de son recueil précédent, Heures perdues. Bref, beaucoup de poèmes de circonstances qui, pour nous, n’ont plus grand intérêt.

Parmi ses thèmes, il en est un qui hante littéralement son œuvre, celui de la mort. Voici quelques titres de poème à ce propos : « Le grand repos », « Le mourant », « L’abîme », « Les morts », « Le cimetière », « Mausolée », « Lacrymae », « L’adieu », « Derniers vœux ». Deux motifs viennent alimenter ce thème. D’abord, le passage du temps : plusieurs poèmes évoquent avec beaucoup de nostalgie, sinon de chagrin, l’enfance et la jeunesse en allés, les premières amourettes (plutôt mièvres). D’ailleurs, certains poèmes s’adressent aux enfants, sur qui le poète verse beaucoup de tendresse, pour leur dire le destin dérisoire de l’être humain. Le second motif, lié au thème de la mort, c’est l’oubli. Poisson se soucie beaucoup, non pas de l’éternité de son âme, mais de la trace bien terrestre que l’être humain laisse derrière lui. Par exemple, dans le poème « Les morts », il écrit : « O morts de tous les temps, que vos lèvres muettes / Ne demandent jamais aux vivants d’aujourd’hui / Combien de mois de deuil a suspendu leurs fêtes, / Combien d’heures, de jours a duré leur ennui! »

Un autre thème qui fait l’objet de beaucoup de poèmes, c’est le bonheur domestique. Le bonheur se trouve dans cette vie simple, sans aventure, avec femme et enfants, dans la demeure ancestrale, sous les « Trois pins » que son père planta. « Je ne veux rien de plus, s’il est vrai que sur terre / Le calme est le nid du bonheur, / Et que la paix fleurit sous le toit solitaire / Et se loge dans l’humble cœur. » On pourrait dire que le thème patriotique s’impose aussi ici et là, surtout dans les « poèmes hommage » qu’il dédie aux héros de la nation : Mgr de Laval, Champlain et Cartier, dont voici un extrait : « O grand navigateur, le long du fleuve immense / Dont tu fus le premier à remonter les flots / Tu vis, éclosion d’une antique semence, / Se dresser les grand spins et les pâles bouleaux. » Bien entendu, en 330 pages, beaucoup d’autres sujets sont abordés, comme la nature, la plupart du temps idyllique; sa mission de poète, qu’il tient en haute estime; la religion, dont certains épisodes bibliques sont racontés; le progrès, qui ne remplacera jamais la tradition; la France, dont son pays n’est que le continuum; la guerre, qui tue les innocents... Voir la BeQ.

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