21 septembre 2018

La fiancée du matin


Jean-Guy Pilon, La fiancée du matin, Montréal, Éditions Amicitia, 1953, 60 p.

On indique sur la page titre que cette édition serait la deuxième, mais je crois qu’il s’agit d’une erreur : je n’ai trouvé aucune référence à une édition antérieure. Peut-être s’agit-il d’un deuxième tirage…

En 1953, Pilon n’a que 23 ans et est étudiant de deuxième année en droit. C’est son premier recueil et il semble l’avoir désavoué puisqu’il ne l’a pas intégré à Comme eau retenue, la compilation de ses œuvres publiée à L’Hexagone en 1970.

Le recueil compte trois parties. Chacune est placée sous la tutelle d’un poète connu et précédée de quelques vers en exergue de ce dernier.

La fiancée du matin, la première partie qui a donné son nom au recueil, est dédiée à Rina Lasnier. Dans une entrevue, Pilon a révélé que cette dernière l’avait accompagné dans son travail poétique pendant deux ans. La fiancée du matin est un long poème sentimental, d’une quinzaine de pages,  divisé en huit sections, comme autant d’étapes d’un premier amour qui se termine mal : ainsi se succèdent l’amour rêvé, la rencontre, l’amour fou, la rupture, la peine d’amour, le deuil amoureux, les tentatives de comprendre, la guérison. Le jeune Pilon utilise un style fleuri qui n’a rien d’une « eau retenue ». On a droit à beaucoup d’effusions, de lyrisme, d’épanchements romantiques, d’exclamations…

Dans Poèmes du midi, sous l’égide de Paul Éluard, le style est beaucoup plus contenu. L’amour est encore le sujet des 15 poèmes de cette partie, sans  les débordements de La fiancée du matin. Dans plusieurs poèmes, le poète s’efforce de dire la grandeur de son amour : « De tes yeux penchés sur ma vie / À ton épaule infaillible de courage, / De tes lèvres créées pour l’amour / À l’instant du jour attendu, / Tu es toute ma joie. » Il essaie aussi de projeter son couple dans le futur : « Quand le don total / Illuminera nos souffles, /…/ Nos mains s’uniront / Par un clair matin d’été. / Voile de dentelle, / Robe blanche, / Anneau discret ». L’amour lui permet d’envisager son futur en toute quiétude : « Mais tu es là pour toujours et rien n’arrivera / Car tu rajeunis le monde à chaque instant du don ».

Pilon choisit le parrainage d’Alain Grandbois dans Poèmes du soir. Ce n’est peut-être pas un thème qui unit les 16 poèmes qui composent cette partie, mais plutôt un état d’esprit, un mélange d’inquiétude et de nostalgie. On pourrait même y voir un bilan, si le terme peut s’appliquer à un jeune homme au début de la vingtaine. Plusieurs poèmes sont tournés vers l’enfance, « Souvenir du temps des jeux / Des heures perdues / Où tout était lumineux. » Le poète essaie de retrouver l’enfant qu’il était : « J’ai perdu une part de moi-même / Dont je me souviens à chaque pas ». Il sait qu’il faut en finir avec le passé : « Les portes sont closes / Sur les souvenirs en allés / Les jeux sont finis / Dans l’herbe verte et tendre ». Pilon termine son recueil en évoquant un passé plus récent et c’est ici que perce l’inquiétude devant le monde qui s’offre à lui : « N’espérant que l’instant du don / Et la chance du désir / Le fruit mûr regarde l’espace / De ses yeux étonnés de silence. »

La fiancée du matin lançait la carrière littéraire de Pilon. De toute évidence, l’auteur cherche son style, mais quelques vers ici et là nous annoncent l’important poète qu’il deviendra.

Jean-Guy Pilon sur Laurentiana
La fiancée du matin
Les cloîtres de l'été
Les matinaux 
Les débuts de l'Hexagone
L'homme et le jour (à venir)

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