15 juin 2018

Premiers secrets


Éloi de Grandmont, Premiers secrets, Montréal, Éditions de Malte, 1951, 90 pages.

En plus des poèmes de Premiers secrets, ce recueil contient le Tombeau de Saint-Denys Garneau (3 pages) et deux recueils déjà publiés, soit  Le voyage d’Arlequin (Les Cahiers de la file indienne, 1946) et La jeune fille constellée (Nantes, Le cheval d’écume, 1948). La poésie de de Grandmont est on ne peut plus simple. Inutile d’y chercher quelques prouesses  stylistiques, de grands thèmes fédérateurs. C’est une poésie dont l’harmonie (notion, bien vague, je le concède) est la principale qualité.

Premiers secrets
On a l’impression que le poète raconte des souvenirs et exprime des états d’âme, comme on peut le faire dans un journal intime.  Quelques poèmes abordent son enfance difficile. On le sait, au décès de la mère, cinq des dix enfants, dont Éloi, ont été adoptés par des parents : « Ô la pauvre maison / Des familles démembrées / Nous étions très jeunes / Et je me souviens de tout ». (La maison) Tout laisse croire que la famille était problématique et que l’enfance fut difficile : « Ô famille torturée / Et vous, chers petits enfants / Innocents et craintifs ! » (Le péché entre dans la famille).  L’autre thème récurrent, c’est l’amour : « C’est l’été sans relâche / Et l’été de l’amour. / Le désir se réveille… » (Le cri étouffé) Ou encore : « Le vent de ma rue emporte / Vers celle que j’aimais tant / La première feuille morte » (Villanelle pour l’équinoxe de septembre). L'enfance et l'amour engendrent le plus souvent un état de morosité : « Ô mur de solitude, / Qui dort / Dans le secret / Des bras / Chargés de rêves? » (Amoureux).

Tombeau de Saint-Denis-Garneau
Cette partie contient trois courts poèmes qui évoquent surtout le destin tragique de Garneau : « Tu battais les buissons / Sans armes et sans chiens, / Tu battais la forêt, / Tu battais la montagne / Sans espoir ».

Le Voyage d’Arlequin

La jeune fille constellée
Les 12 poèmes disent la forte imprégnation d’un amour de jeunesse et le souvenir attendri qu’il en reste.

LES BONNES INTENTIONS
Il y a un lac où le calme
N’a pas une seule distraction ;
Il y a ce fruit jeune et grave
Qui éclaterait sous la dent.

Encore vive au sortir de l’eau,
Elle marche sans bruit sur la plage.
Elle a une chevelure de fumée
Qui se détache de son corps
Pour s’enlacer aux oiseaux.

On voudrait que des fleurs s’accrochent
À ses pieds, on voudrait que des roses,
Épaisses de parfum, escaladent ses jambes
Et s’écrasent contre ce corps
Couleur de l’aube.

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