8 juin 2018

Le combat contre Tristan

Pierre Trottier, Le combat contre Tristan, Éditions de Malte, Montréal, 1951, 82 pages. 

Les éditions de Malte, dirigées par André Roche, ont eu pignon sur rue de 1950 à 1955. Elles ont publié six recueils de poésie. J’ai déjà présenté deux de leurs titres : Objets trouvés (1951) de Sylvain Garneau et L’ange du matin (1952) de Fernand Dumont. Dans les semaines à venir, je vais en ajouter trois : Le combat contre Tristan (1951) de Pierre Trottier, Les trouble-fête (1952) de Sylvain Garneau, et Premiers secrets (1951) d’Éloi de Grandmont. Les éditions de Malte ont aussi publié Né en trompette (1950) de Serge Deyglun, recueil que je n’ai pas.

Le combat contre Tristan compte quatre parties, qui reprennent de façon assez lâche l’histoire de Tristan et Iseult : le vagabondage du héros, la rencontre avec Iseult la blonde, puis avec Iseult aux mains blanches, le poids du souvenir, l’impossible amour..

LA ROUTE LE CORTÈGE
L’auteur se décrit comme un « vagabond » et se demande ce qui pourrait l’ancrer au réel : il cherche sa voix et découvre que l'amour est le vecteur qui va porter tout le reste : « Une fleur qui se détache une fleur qui part / Au vent discret est-ce l’amour /…/ Dans cette fleur / Tout un monde se met en branle / Tout un peuple prend racine / Et toit parmi ceux qui n’ont plus de patrie » (Une fleur qui se détache) 

POÈMES D’ÉTÉ
Dans cette partie dédiée à une « première Iseult », le poète fait l’autopsie d’une relation amoureuse, une histoire assez banale somme toute. Il aime une fille qui ne répond pas à son sentiment : « Tout ce que tu voulais de joies à partager / Ne te fit jamais naître à moi que de moi-même (Ma lèvre a dormi sur ta lèvre); ou encore : « Toi que je porte en moi / Mais sans pouvoir te rencontrer ». (Même si nos rencontres) Ou : « Tu pars / Et me fait voir ta main qui défait / Les rayons de soleil que je t’avais tressés » (Tu pars).

POÈMES D’HIVER
Cette partie est dédiée à « l’autre Iseult ». On est toujours dans le va-et-vient amoureux. Encore une fois, au cœur de sa froide solitude, il poursuit une femme aimée sans réussir à créer un véritable lien avec elle : « Tous ces bijoux que je lui destinais / La nuit qui tombe les enlève / Et les accroche au front du ciel si loin / Si loin que je ne m’y reconnais plus » (Tous ces bijoux)

L’AMOUR LA TERRE
Cette partie se décline à l’aulne du souvenir, au souvenir de cette Iseult perdue, souvenir si fortement imprégné qu’il l'empêche de vivre : « Pardonne Poésie en recréant / Le souvenir où quatre mains se joignent / Puisqu’à l’horloge des marées / Les aiguilles de la conscience / Nous montrent l’heure du reflux / De l’espérance qui délivre les esclaves / Aux grèves de l’amour aux grèves de la terre ». (Poème pour une jeune protestante de mon pays)

INCARNATION
Cette conclusion apporte au moins un nouvel élément qui était en filigrane dans les parties précédentes : le combat de ce Tristan est aussi celui de la chair et du péché et la libération du sujet passe par le rejet des vieux schème religieux : « Jeunesse réjouie au temps d’avant le sexe / Jeunesse au corps de femme détaché de moi / À quel autel de Dieu monterais-je vers toi » (Adam) Ou encore : « Je gravis triste et seul cet escalier de chair / Et seul debout j’indique par mon ombre l’heure / Au soleil aujourd’hui que je n’ai plus en moi / Car mon cœur ne bat plus que dans le beffroi vide / D’une église interdite aux cloches envolées. » (Adam)

Voir aussi de Trottier : Poèmes de Russie

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