9 mars 2018

L’aube assassinée


Alain Horic, L’aube assassinée, Montréal, Erta, 1957, s. p. [44 p.] (Coll. de la Tête armée no 6) (Deux sérigraphies de Jean-Pierre Beaudin)


Le recueil est divisé en trois parties : Évasion (10 poèmes), L’oiseau de pierre (5 poèmes), et Confrontation (6 poèmes).

Le poème liminaire, qui suggère une agression, annonce la tension qui innerve la plupart des poèmes. D’un côté,  on lit : « Poing », « mort », « mille couteaux aiguisés », « corbeaux », « cercueils », « égorgent »; de l’autre : « coq », l’aube », « réveil » et « matinal ». La violence, la mort sont omniprésentes. La figure du coq qu’on égorge sera reprise dans la troisième partie (et donnera même son titre à un recueil ultérieur : Les coqs égorgés, 1972).  

ÉVASION
« Évasion » me semble un titre bien choisi pour coiffer cette partie. Et que veut fuir le poète? Horic reprend la symbolique de l’oiseau en cage de Garneau, du poète dévoré de l’intérieur : « Chaque homme est une cage / un cercueil dedans / qui restera / et un oiseau / qui s’envolera » (La tourmente). Mais ce mal, qui condamne à la solitude, est ressenti partout autour de lui : « Je me regarde dans le visage / d’un autre / et me découvre / … / Je suis / dans toutes les jambes qui marchent » (L’humain). Le fin du dernier poème, « Dérive », décrit en quelque sorte un plan d’évasion : « Je suis l’appel des profondeurs / le vent / plein les voiles // Pour aborder l’autre rive / qui défie le temps ».    

L’OISEAU DE PIERRE
Il y a aussi un pressant désir de vivre qui cherche sa voie : « J’amène une femme enceinte / frapper tous les cœurs / pour trouver le chiffre / de la fraternité humaine » (Fraternité). Mais tout autour, c’est la désolation la plus noire (voir l’extrait). L’oiseau de pierre, c’est un oiseau qui ne peut plus s’envoler, aussi bien dire un oiseau mort.

CONFRONTATION
La dernière partie développe ce qui était déjà annoncé dans ce qui précède. Le sujet cherche une voie de sortie, sans la trouver vraiment. Tout au plus, espère-t-il « une nuit d’encre / pour couvrir / toutes les misères du monde » (Une nuit).

Lueur matinale

Tous les coqs sont égorgés
voiles crevées

Personne ne chante
personne ne remue

Les oiseaux envolés
visages effacés

Seuls les feuillages
improvisent ma couche

Je vois poindre
le soleil
et la mort

ma dernière chance

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