23 mars 2018

André Goulet et les éditions d’Orphée

André Goulet (1933-2001) avait brièvement été peintre et fréquenté les automatistes avant de devenir éditeur-typographe. Il a étudié à l’École des arts graphiques et à l’École Estienne à Paris. Il avait déjà édité un livre de Jacques Ferron en 1952 : La barbe de François Hertel suivi du Licou avant de fonder les éditions d’Orphée en 1955, de concert avec sa compagne Andrée Lagacé. Homme de gauche, Goulet et tout un groupe (Depocas, Fournier, Lalonde, Molinari, Préfontaine, Saint-Martin) lanceront Situations (1959-1962) une revue qui prône l’indépendance et le socialisme. Goulet  (ou Goulot ou Goulo, comme l’a surnommé Ferron) éditera au début des années 70 des auteurs étrangers, réfugiés politiques débarqués au Québec. On pourrait penser que Goulet est un double de Roland Giguère, mais non. Goulet fait de beaux livres, avec du papier de qualité (byronic, zéphyr), de facture assez classique, des éditions centrées sur le texte, mais non des livres d’artiste. De plus, il n’y a pas chez Orphée de ligne éditoriale comme chez Erta ou L’Hexagone. Ceci étant dit, Goulet a publié quelques-uns des classiques de la littérature québécoise : Contes du pays incertain et Cotnoir de Ferron, Étal mixte de Gauvreau, Le centre blanc de Nicole Brossard. On pourrait nommer aussi beaucoup d’œuvres qui, sans être des classiques, sont de grande qualité, entre autres celles de Michèle Lalonde.

Toutes les informations ci-dessus proviennent de : François Côté et al. L'antimoine, les éditions d'Orphée : 50 ans de plomb dans la tête / andré goulet 1933-2001 – mémorandum, Montréal, Confrérie de la librairie ancienne du Québec, François Côté et les auteurs, 2002, 58 p. (illustré d'une vignette) « Ce mémorandum est publié à l'occasion de l'exposition hommage à André Goulet, typographe et éditeur, «L'Antimoine, Les éditions d'Orphée : 50 ans de plomb dans la tête» présentée à la Bibliothèque nationale du Québec du 21 avril au 25 mai 2002. Des textes de François Côté, Marc Desjardins, Gaëtan Dostie, Serge Wagner et François Tétreau. Maquette et mise en page de Marc Desjardins. »

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Le Devoir 24 mai 1958

« Reconnu, depuis près de quarante-cinq années, pour la qualité de ses impressions artisanales typographiées au plomb, le typosaure-animateur des Éditions d'Orphée, André Goulet, édite et imprime tout ce qui se veut, se croit ou s'est cru de l'intelligentsia québécoise. 

Le sang, les sueurs, les sécrétions ainsi que les rêves, les talents et vanités de plusieurs générations qui se sont diversifiées, sur la scène de l'écriture, en autant de tendances que le post-automatisme, l'avant-gardisme, le gauchisme, le kagébéisme-réformiste, le vers-librisme, le lyrisme-hard, le modernisme-rock et le classicisme-straight, voient leur pérennité assurée par la double vertu de l'éthyle et de l'antimoine dont seul l'héritier de l'École Estienne possède l'alchimique dosage. » (Yvon Boucher) 

De 1955 à 1959, André Goulet publie seize recueils de poèmes aux éditions d’Orphée. Les auteurs devaient participer aux frais, ce qui en fait des demi-compte d’auteur. J’ai déjà blogué certains recueils et, dans le cadre de mes lectures de la poésie des années 50,  je vais en ajouter quelques-uns dans les semaines qui viennent.
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1.       Jean-Claude Dussault, Proses. Suites lyriques (1955)
2.       André-Pierre Boucher,  Fuites intérieures (1956)
3.       Jean-Claude Dussault, Le jeu des brises (1956)
4.       Gilles Groulx, Poèmes (1957)
5.       Yves Préfontaine, Boréal (1957)
7.       Henri Prat, Les Sphinx (1957)
8.       Maurice Beaulieu, Il fait clair de glaise (1958)
9.       Jean-Charles Harvey,  La Fille du silence (1958)
11.   Jean-Claude Dussault,  Sentences d’amour et d’ivresse (1958)
12.   Ronald Després, Silences à nourrir de sang (1958)
13.   Guy Fournier, Terres prochaines (1958)
15.   Irving Layton, A Laughter in the Mind (1958)

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