24 avril 2015

À glaise fendre

Maurice Beaulieu, À glaise fendre, Montréal, s. e., 1957, 52 p.

Beaulieu dédie À glaise fendre à sa femme. Le livre compte quatre parties, la première qui a donné son titre au livre faisant la moitié du recueil : À glaise fendre, Deux chansons, Transhumance, Connaissance.

« Nuit dure dans mon sang / Vomissure noire du vent / Il gèle à glaise fendre ». Ainsi va le premier poème d’À glaise fendre et il est à l’image de ce qui va suivre. Les poèmes sont très courts (plusieurs n’ont que deux vers), le « je » est presque toujours présent, le climat est plutôt morose, le vocabulaire est restreint. Les principaux motifs sont déjà donnés : d’une part le sang et la glaise, d’autre part le vent et le froid, et au final, le mal-être. Ainsi va le troisième poème : « Je suis au bout du vent / Le cri du sang ». Plus loin, en toute logique, on retrouve la douleur, les veines, la toundra, la mort. Bien que l’on soit plus près du corps que de l’âme, le poète trouve une représentation de sa douleur dans l’imagerie religieuse : « Au noir flanc nu du Christ en moi / Amas d’informe et aux abois / Corps inédit sans rédemption ». Tout comme le sang, la glaise est aussi un symbole de son être, les deux étant menacés par le vent et le froid, comme dans ce poème d’un seul vers : «  Ma glaise nue à tous les vents » ou encore dans ces deux vers : «  Ma douleur est si près de moi / Que j’habite ma glaise ».  On n’aborde presque jamais le réel et ces deux vers font exception : «  Dans une rue de Montréal / J’allais pleurant contre le vent ».

Dans Deux chansons,  les  poèmes sont plus légers.  « C’est la saison de l’ancolie » et «  Les jeunes filles du village / Ont à jamais des robes neuves ».

Transhumance propose quatre poèmes sur le thème du passage. Le sujet se projette dans de nouvelles représentations métonymiques : les mains,  et, dans une moindre mesure, le corps. Comme le titre le suggère, le poète  recherche  les rites de passages dans ces mains qui façonnent la glaise : « Mes mains pétries de vent de pluie / Mes mains de fou creusent ma glaise ».

Dans Connaissance, apparaît l’autre, le « tu », objet d’amour. « Tu es froment de nudité / Silencieuse plénitude / Mon sang et chair solitude / À la tendresse dédiée ». Et même le « Nous », présence rédemptrice : « Nos mains unies parmi le vent / Sont lieu de grâce pour ma glaise ».

Plusieurs mots reviennent de façon obsessive, comme chez André du Bouchet, parfois même à l’intérieur du même poème. Même si le « je » est très présent, cette poésie n’est guère lyrique. Le sujet se projette sur le monde extérieur, sans effusion, avec une grande économie de mots. Et, pour une fois, c’est le corps qui survit à la dualité corps-âme, chère aux poètes des années 50. « J’odore le froment de ta nudité / O ma fusante de sel ». J’aime bien. 

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