12 janvier 2018

Midi perdu

Exemplaire de la BAnQ
Roland Giguère, Midi perdu, Montréal, Erta, 1951, 12 p. (illustré de 10 dessins de Gérard Tremblay)

« Midi perdu », l’unique poème du recueil, est daté du 10 décembre 1950 et écrit à la main par l’auteur. Les dessins de Tremblay sont intercalés dans le texte. Le livre a été imprimé sur du papier d’architecte qui se déplie en accordéon. Il a été tiré à 20 exemplaires.

Commençons par le poème. Il est midi, et déjà règne « l’obscurité inquiétante du plein jour ». On dirait un décor d’apocalypse : « la fumée entrait par tous les pores / la cendre s’installait dans nos corps ». Tout est chaos, désolation et les gens ne « sav[ent] plus où donner de la tête ». Même la présence de son amoureuse n’arrive pas à rassurer le poète : « nous avions trop à faire / rire et pleurer à la fois. » Les gens réalisent que s’extirper de ce guêpier ne sera pas une mince tâche. À force de turpitude, la vie finit par s’en aller, sans qu’ils y aient vraiment pris part : « la vie s’en allait / la vie prenait le train du midi / et penchée à la portière elle nous faisait signe de la main ». Ne reste que la nuit : « La lune était déjà haute au-dessus de nos fronts / armes blanches à la main / la nuit attaquait de partout ». 

Les dessins de Conrad Tremblay ne sont pas là pour illustrer le texte, du moins au premier degré. Les images viendraient en quelque sorte alléger un texte assez lourd de sens : « Les nombreux dessins exécutés par Gérard Tremblay participent de très près à la construction du sens dans Midi perdu. Imbriqués très étroitement avec le texte, les dessins sont autant d'«illuminures», de petits éclats lumineux à l’extrême limite du figuratif. On pourrait y reconnaître différents symboles - astres, sablier, flèches, carcans -, mais la majorité des formes ne sont pas connotées. Elles fonctionnent plutôt en tant que lumières, objets sans nom, en dialogue avec la noirceur. » (Sébastien Dulude, Esthétique de la typographie, p. 175)

Merci à la BAnQ de rendre ce livre disponible.  Sur cette lancée, ne devrait-on pas mettre aussi en ligne les premiers livres de Giguère devenus introuvables : Faire naitre (1949), 3 pas (1950) et Les nuits abat-jour (1950). Et ceux de Théodore Koenig : Décanté (1950) et Clefs neuves (1950).  Et le fruit de leur collaboration : Le poème mobile (1950).

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