23 décembre 2009

Au petit Jésus

DOUX PETIT JÉSUS, brillant sur la paille
Comme un astre d'or au fond du ciel gris,
En te contemplant, mon âme tressaille
Et de toi soudain mon cœur s'est épris.

O Charmeur divin, plus frais que la rose,
J'interroge ému la terre et les cieux,
Pour voir s'ils n'ont pas quelqu'un, quelque chose
De plus beau que toi, de plus gracieux.

Plus belle que Lui! Toi que j'ai nommée,
Toi que l'ange peint de riches couleurs,
Toi si gracieuse et si parfumée,
Serais-tu plus belle, ô reine des fleurs ?...

Plus beau que Jésus, est-ce un ciel sans voiles,
Un beau ciel de jour fait d'un seul saphir,
Un beau ciel de nuit parsemé d'étoiles
Qui brillent sans fin pour nous éblouir ?

Plus belle ? est-ce encor la lueur première,
L'aurore d'opale au firmament bleu,
Jetant à plein ciel ses fleurs de lumière
Sur les pas brillants du soleil de feu ?

Plus beau que Jésus, plus grand, plus splendide,
Est-ce toi, soleil aux vêtements d'or,
Toi qui fais baisser mon regard avide,
Lorsqu'il veut-là-haut suivre ton essor ?

Plus beau que Jésus, n'est-ce pas cet ange
Aux ailes d'argent, au front lumineux,
Dont le pied jamais n'a touché la fange
Et qui fait la joie et l'honneur des cieux ?

Fleur, aube, soleil, ange aux pieds de neige,
Azur qui bleuit le parvis du ciel,
Tout cela, c'est beau; ce n'est qu'un cortège
De pâles rayons à l'Emmanuel.

Tout cela, c'est beau ; mais c'est un peu sombre
Devant ton sourire, ô Charmeur divin.
Cela, c'est la nuit, c'est un reste d'ombre
Qui, devant le jour, disparaît soudain.

DOUX PETIT JÉSUS, brillant sur la paille
Comme un astre d'or au fond du ciel gris,
En te contemplant, mon âme tressaille
Et de ta beauté mon cœur est épris.

(Marie Saint-Éphrem, Immortel amour,
Sillery, Couvent de Jésus-Marie, 1929, p. 34-35)

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