13 avril 2021

Comme l’oiseau

Jovette-Alice Bernier, Comme l’oiseau, Québec, s.é., 1926, 110 pages.

J’ai déjà présenté, il y a plus de 10 ans, le  premier et le dernier recueil de Bernier : Roulades (1924) et Mon deuil en rouge (1945). Dans les prochaines publications, je vais bloguer ses trois autres recueils et son essai. 

Comme l’oiseau est son deuxième recueil. Ce ne sont pas des sous-titres mais plutôt des citations qui délimitent les parties.

« J’ai bu la brise bleue aux lèvres de l’éther. » (Emma Pellerin) — La nature (de préférence les paysages clairs-obscurs, brumeux ou nocturnes) est le thème de cette première partie. C’est la nature des poètes romantiques, la nature dans laquelle la poète reconnaît ses sentiments, ses désirs et même sa foi. « Le soir est pieux comme une vierge en prière, / Recueillie, à genoux dans l’amoureux mystère. / Les échos sont muets, un silence ingénu, / Endormeur et divin, du ciel nous est venu. » (L’âme du soir)  

« Viens vite! Un peu de poudre… un peu de rouge aux lèves, / Un peu de joie… un peu d’angoisse… un peu de fièvre, / Car je suis amoureuse… » (Rosemonde Gérard) — L’exergue est assez révélatrice. L’amour n’est pas le sentiment destructeur des Romantiques. Il fait vivre, donne un sens à la vie, même quand il ne se concrétise pas  : « Sans vous, je n'ai plus rien, tout me manque à la fois. / Je n'ai plus d’horizon, c’est la nuit ténébreuse / Où l’astre s’est éteint dans l’ombre vaporeuse; / Sans vous, tout est muet, l’écho n’a plus de voix. / Avec vous, c’est la joie éblouissante et belle. / C’est l’espoir frais éclos sur le rêve tremblant. » (Contraste)

« Mais je ne savais pas / Que tous les mots que l’on vous dit sont des mensonges. » (Rosemonde Gérard) — On entre dans la douleur de l’abandon. La réalité n’est jamais à la hauteur des rêves, surtout quand ceux-ci sont des idéaux hors d’atteinte. « J’ai mal compris la vie et j’accuse l'Amour / Qui dressa dans mon cœur le temple de sa gloire. / Trop jeune, j’ai surpris l'angoisse des fronts lourds, / La volupté des pleurs et le besoin de croire. » (J’ai mal compris la vie) Malgré tout, elle « préfère ces bas outrages / … / À la sérénité des sages ». (Préférence)

« Mais, je m’appelle Zaïra, / Va, mon cœur l’aimerait quand même : / Je suis de la tribu d’Azra : Chez nous, l’on meurt lorsque l’on aime. » (Villiers de l’Isle-Adam) — L’amour s’est éteint. Il reste des souvenirs radieux ou amers, des rancœurs, des regrets, encore du désir : « Je voudrais t’arracher de mon cœur indompté, / Fatal amour, vain mal, tyran insatiable! » (Quos ego)

« Qui donne son secret est plus tendre que folle. » (Desbores-Valmore) — Où trouver consolation? Comment dompter sa douleur?  Revoir les grands idéaux? Se résigner? Se retirer en soi? « Vivre sans amour et sans haine »? Peut-être lui suffit-il de « plong[er] dans la braise vorace et dense » des beaux vers dans lesquels elle avait voulu « saisir l’âme de [s]es chéris ». (Délivrance)

« Quand vous serez plus grands, c’est-à-dire moins sages. » (Hugo) — Les poèmes s’adressent à des enfants. Que leur dit la poète? Rien de plus simple : profitez de ce moment d’innocence qui ne saurait durer : « Jeunesse débordante, ô jeunesse jolie, / Cueillez, cueillez les fleurs, glanez sur nos chemins; / Auréolez vos fronts qui pâliront demain ! / Les purs plaisirs sont faits pour votre fraîche vie. » (Cueillez, glanez, chantez)

Avec ce deuxième recueil traitant de l’amour, Jovette-Alice Bernier impose sa voix. Elle apporte un thème nouveau dans la poésie des années 20, l’amour, et le traite de façon plus qu’intéressante. On sent l’expérience de vie derrière tout cela et, donc, l’authenticité. Ajoutons que l’écriture coule de source, même si elle n’évite pas tous les clichés du discours amoureux. 

Lire la critique de Louis Dantin


Quatre photos de l’autrice

OÙ TES PAS ONT ERRÉ

Où tes pas ont erré quand tu rêvais à moi, 
J’ai flâné, l'oeil atone et l'esprit en déroute, 
Le coeur mal assuré contre des flots d’émois,
Sans rien voir, j'ai rôdé lourdement sur la route.

 

Ma pauvre âme évoquait tes ingrats souvenirs 

Qu'elle suivait quand même, osant aimer encore

Ta pensée oublieuse et tes changeants désirs, 

Mouvants comme la vague au rivage sonore.

 

Et je songeais aux courts mais radieux hier, 

Où mon espoir coupable achetait à la vie

Ce douloureux savoir dont les destins sont fiers

Ces froides vérités que l’ignorance nie.




Jovette-Alice Bernier sur Laurentiana

Roulades

Mon deuil en rouge

La chair décevante

Aucun commentaire: