Damase Potvin, Restons chez nous, Montréal, Granger, 1945, 221 pages. (1re édition : 1908)Jacques Pelletier a hérité de la terre paternelle dans la « belle paroisse » de La Malbaie. Il a eu trois fils, mais les deux plus âgés sont décédés. Un incendie vient détruire tout l’avoir de Pelletier. Plutôt que de reconstruire, satisfaisant un vieux rêve de pionnier, il décide de mettre en vente ce qu'il reste de la terre paternelle et de remonter le Saguenay jusqu’à Bagotville, où l’on peut obtenir une concession de terre non défrichée.
Nous voilà à Bagotville, quelques années ayant passé. Son unique fils, Paul, rêve de partir. Pourtant, la terre de Bagotville est de plus en plus belle et la belle Jeanne, sa voisine, son amie d’enfance et son amoureuse, lui a ouvert les bras. Rien n’y fait, l’appel du large est trop fort.
Il part pour New York, avec promesse de retour dans deux ou trois ans. À New York, les pires malheurs s’abattent sur lui. Il travaille comme débardeur, gagne juste ce qu’il faut pour vivre. Il frôle la débauche et l’alcoolisme, mais les prières de sa mère et de Jeanne – relayées depuis le Saguenay - réussissent à lui éviter le pire. Finalement, il s’engage sur un bateau qui l’amène en Europe. Là-bas, sa situation s’aggrave encore. Quelques mois plus tard, il finit par trouver un autre bateau qui doit le ramener d'abord à New York, puis chez lui. Lors du voyage, il attrape une fièvre typhoïde et, quelques jours après son retour, il meurt à New York, très religieusement, avec tous les repentirs et regrets d’usage.
Quelques années passent. Ses vieux parents ont vendu la terre et Jeanne s’est faite religieuse. Morale : Restons chez nous!
Voilà un « vrai » roman à thèse, en fait un roman de propagande. Potvin interrompt sans cesse son récit pour défendre l’idéologie de conservation. Il nous sert et re-sert tous les poncifs du roman régionaliste.
C’est tantôt l’éloge de l’agriculture : « Rien n’est meilleur que l’agriculture, rien n’est plus beau, rien n’est plus digne d’un homme libre. Elle suffit amplement aux besoins de notre vie. Toutes les autres professions, mes enfants, ne sont que secondaires » (p.19)
C’est tantôt l’éloge de la maison paternelle : « Pauvres vieilles habitations, elles s’enrichissent pourtant à mesure des souvenirs de famille qui y ont passé ! Elles vivent, vieillissent avec leurs habitants. […] c’est la maison de famille, le toit paternel, la « vieille maison » ou plutôt, la « maison de nos gens », comme on l’appelle chez nous… » (p. 29)
S’ensuit un salut bien complimenté à la « sainte » famille : « Si le bonheur existe quelque part sur la terre, il est dans la vie de famille… » (p. 49)
Enfin, n'est pas oublié le panégyrique de monsieur le curé : « Ah ! nous devons gros à notre clergé canadien ; à tous ces prêtres et religieux, obscurs héros de la foi et de la civilisation… » (p. 57)
Et, comme s’il était besoin d’en rajouter, Potvin complète son portrait par un discours dénigrant, d’abord, contre le progrès : « Tu en parles à ton aise du progrès ! Prends-y garde !... » (p. 61)
Ensuite, il attaque le mal des maux, soit l’émigration. L’auteur interrompt le récit de la page 97 à 126 pour être sûr de bien entrer le clou. Citons seulement le début de sa tirade : « Permettons-nous, ici, une assez longue parenthèse… »
Enfin, il fallait s’y attendre, il vilipende les villes, ces lieux de « contagions malsaines, des dépravations précoces des étiolés des villes » (p. 165), ces « antres du vice et de la débauche » (p. 166).
Malgré tout ce que je viens de dire, je ne crois pas qu’on puisse connaître la littérature du terroir sans avoir lu ce roman, « amusant » à force de nous débiter à gros traits tous les clichés terroiristes. ****
Lire le roman
Damase Potvin sur Laurentiana
Contes et croquis
L’Appel de la terre
La Baie
La Rivière-à-Mars
La Robe noire
Le Français
Le Roman d’un roman
Restons chez nous
Sur la Grand’route
2 commentaires:
Il y a beaucoup de vérité dans le message de Damase Potvin. Ainsi l'agriculture le seul métier nécessaire, les autres étant accessoires, est la seule évidence qui mérite d'etre enseignée car souvent oubliée car peut-on s,en passer même au pays de l'aluminium et du bleuet.
les idées de Potvin sont celles qui prévalaient avant la révolution industrielle et je crois qu'elles ont encore cette vertu de procurer à l'hommeun certain bonheur par la conquête du sens de la vie et de sa destinée éternelle.
Damase Potvin possède réellement le sens de la narration et en plus il parvient aussi à nous faire ressentir pleinement les sentiments de ses personnages.
Le rappel historique de l'origine l'émmigration américaine qui a débuté vers 1840 est fort intéressant et juste à la fois et procure au lecteur une vision historique assez unique dans un roman et cette longue parenthèse des chapitres X1V et XV transforme totalement le sens du roman qui de roman individuel petite histoire d'un habitant de Bagotville devient grande fresque nationale et donc l'auteur transcende son statut d'écrivain régional pour devenir écrivain national au même titre que Philippe Aubert de Gaspé dans son oeuvre "Les anciens Canadiens".
Damase Potvin a accompli une oeuvre vraimnet nationale dans ce récit et ceux qui le qualifie d'auteur régionaliste sont des réductionnistes attardés et des esclaves idéologiques qui ne peuvent lire au-delà des mots et qu'avec une loupe.
Oui le livre promeut abondamment les vertus et les charmes du terroir et on peut dire que le message de la conservation du terroir est complet et bien rendu et il faut entendre par cette insistance que la seule valeur qui est vraiment nécessaire à l'homme est la pratique de l'agriculture, les autres n'étant que des valeurs accessoires.
Et celà s'applique partout sur la planète et au Saguenay aussi car même avec la disparition de l'industrie de l'aluminium et des industries qui en profitent par le biais de contrats ,la région pourrait facilement survivre par l'agriculture et autres industries reliés à l'alimentation car ce sont des activités humaines de toute nécessité et celà tombe sous le sens d'autant plus que la région du Saguenay et lac St-Jean et le Canada tout entier ne produisent pas un seul gramme de toute la bauxite nécessaire à la fabrication de l'aluminium.
Ainsi,le dit roman "Restons Chez Nous" est et demeure une grande fresque nationale aux vérités très profondes et révélatrices de la vie d'un peuple qui malheureusement a perdu sa culture propre et qui doit en importer de l'étranger sous différentes formes tel les festivals de toutes sortes comme les rythme du monde sur la rue Racine à Chicoutimi, festivals western à toutes les sauces, et autres festivals et emprunts de toutes sortes et d'ailleurs James Murray Gouverneur miltaire de la Nouvelle-France ne disait-til pas au Roi dans son rapport: "Peuple sans culture et sans gloire toujours prets à courber l'échine et à emprunter les usages des autres peuples au dépends de ses us et coutumes propres"
Notre peuple est devenu un peuple de gens vulgaires, approximatifs, un peuple de gens corrompus sans âmes et surtout sans grande gloire et toujours prêts à prendre le parti des plus forts et à épouser toutes sortes d'idées du moment et sans grande valeur.
Jean Ubota
ps
uboatsag@hotmail.com
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