3 décembre 2006

La Fille du brigand

Eugène L’Écuyer, La Fille du brigand, Montréal, Imprimerie Bilodeau, 1914, 136 p. (Première publication en volume séparé. La première édition de ce roman : 1844 dans Le Ménestrel; publié aussi en 1848, dans Le Répertoire national) (Préface de Casimir Hébert)

Québec, 1830.
Qui aurait pu penser que Québec fut une ville mal famée et Cap-Rouge, un repaire à brigands? « Québec vivait alors dans une époque de sang : époque à jamais mémorable dans les annales du crime… » C’est pourtant ce qu’Eugène L’Écuyer a imaginé dans La Fille du brigand, l’un des premiers romans québécois (1844). Un soir, réfugié dans la sombre auberge de Mme La Troupe à cause d’un orage, Stéphane aperçoit une magnifique jeune fille, Helmina, dont il tombe éperdument amoureux et pour cause : « Son visage faiblement ovale, et d’une blancheur éblouissante mêlée à l’incarnat de la rose, était encadré dans des boucles de cheveux d’un noir d’ébène qui retombaient et flottaient sur un cou d’albâtre. » Ouf ! Ils échangent à peine un regard et quelques mots, mais cela suffit !!! La jeune fille est accompagnée d’un homme distingué d’une quarantaine d’années, qui répond au nom de maître Jacques et qui semble être son père.

Ce tendre Stéphane a une famille qui ne tergiverse pas avec la respectabilité familiale. Qui est cette jeune fille? Vient-elle d’une famille respectable? Voilà ce qu’il doit découvrir, avec l’aide de ses amis et serviteurs. Ils retrouvent la jeune fille à Sainte-Foy. Elle semble pensionnée dans une famille de gens humbles, Maurice et Madelon. Bien mystérieux, tout ça, n’est-ce pas?

Entre-temps, on découvre que maître Jacques et Mme La Troupe sont en fait des complices. Maître Jacques dirige une petite bande de voleurs et l’auberge de Mme La troupe leur sert de lieu de recel. C’est une bonne dame qui a été ruinée par l’incurie d’un mari, mort subitement, et qui a dû se résoudre à vivre d’expédients pour assurer sa survie. Elle et sa petite fille sont tout à fait misérables et inspirent la plus grande pitié ! Quant à maître Jacques, sous ses dehors de gentilhomme, c'est une crapule. Non seulement, c’est un voleur, mais c’est aussi un homme malhonnête. En effet, on découvre qu’Helmina n’est pas vraiment sa fille, mais sa pupille, ce qu’elle-même ignore, bien entendu. Plus encore, ce vil individu est tombé amoureux de cette jeune fille innocente et naïve, qu’il garde jalousement à l’écart du monde, et il a décidé qu’elle allait l’épouser, bon gré mal gré.

Coup de théâtre, qui nous permet de respirer un peu, mais qui est de mauvaises augures pour le malfrat : le père de la gentille Helmina, que le vilain maître Jacques croyait mort, annonce son retour de France. Pire encore, maître Jacques apprend que sa pupille s'est entichée du beau Stéphane. Il doit réagir ! De concert avec Maurice, il organise un coup monté : ses amis brigands, faisant semblant de dérober Maurice, vont enlever la jeune fille et la cacher à Cap-Rouge. « Le Cap-Rouge […] était un lieu maudit et redouté de tout Québec. » C’est là que les brigands préparent leurs mauvais coups. Ils ont trouvé une grotte, tout à fait gothique, qui leur sert de repaire.

Quand maître Jacques lui dévoile son identité et lui avoue ses intentions, la pure Helmina, prisonnière dans la grotte des malfrats, est scandalisée. Les menaces, le chantage, rien n'y fait! Et puis, les événements se bousculent. Maurice, pris de remords, va se mettre à table et Stéphane et le père d’Helmina -- Louis des Lauriers, un gentilhomme que le père de Stéphane connaît et estime beaucoup, comme par hasard ! -- vont réussir à la délivrer. On pardonne à Maurice, on aide cette bonne madame La Troupe et sa pauvre petite fille si malheureuses à sortir de la dèche. Helmina et Stéphane doivent se marier aussi vite que … le lendemain (sic). « Le dénouement était facile à prévoir », ajoute le narrateur. « Certainement ! Mais, c’est quand même un peu précipité, non? »

Récit d’aventures, esthétique gothique. Si vous êtes capable de passer outre les invraisemblances, si vous pouvez supporter tous les clichés de l’amour romantique, si le mélo vous fait rire plutôt que pleurer, vous trouverez, dans ce petit livre, deux heures de belle lecture. ****

Eugène L’Écuyer (1822-1898) est né à Québec. Il devint un «véritable notaire voyageur», comme l'exprime Casimir Hébert dans sa préface. Il a pratiqué à Montréal, à Saint-Romuald (Lévis), à Trois-Rivières... Il est décédé à Saint-Philémon où il semblait s'être établi à la fin de sa vie. Il a écrit une cinquantaine de textes, dont trois romans, 22 nouvelles, deux poèmes et divers écrits en prose. Aucun de ses écrits ne fut publié en volume, si bien qu'il est tombé rapidement dans l'oubli. Selon Casimir Hébert, il s'est inspiré de Cambray et sa bande qui opérèrent dans les années 1834-1835 pour écrire La Fille du brigand (1844). On peut trouver ce livre dans la Bibliothèque électronique.

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