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14 novembre 2015

Osmonde

Jean-Paul Martino, Osmonde, Montréal, ERTA, 1957, 58 pages (Frontispice de Léon Bellefleur)

Si je me fie à La Flore laurentienne, il y aurait trois variétés d’osmonde au Québec : l’osmonde royale, l’osmonde cannelle et la claytonie (chère à Miron). Pour le commun des mortels, l’osmonde est une grande fougère. Il ne faut surtout pas se fier au titre qui évoque une nature paisible (le sous-bois des fougères). Dans Osmonde, les fougères ont les allures fantasmagoriques du cauchemar et le poète est un homme en colère.

L’amour est un thème qui traverse le recueil : un amour tantôt douloureux, destructeur, scabreux; tantôt refuge, abri, « sublimatoire ». Même quand il pointe des « révolvers remplis d’amour » sur cette Inyassa qui l’a abandonné (« Inyassa mon amour ecchymosé de ton absence »), le poète continue à rechercher cet amour : « S’il advenait que je fisse mourir / Inyassa dans un de mes poèmes / Coupez-moi la tête et portez-la sur une croix à travers la ville ». L’amour est associé aux catastrophes humanitaires : « L’amour sort des fours crématoires » et : « Un flambeau nucléaire à l’intérieur d’une miche amoureuse ». Pourtant, l’amour constitue une voie de libération, d’exploration : « Chère Inyassa avec ses roses qui lui poussent sur le crâne / Et son œil orphelin en cristal pétassé / De sa cuisse s’émane un prisme de sentiments / Comme les yeux mélancoliques d’une vache / Étrangement cruels quand les branches fouettent le ruisseau / Vie embrasée rature ardente / Libération effervescente et translucide exploration / L’amour de la chair fiévreuse / Mer salée des bordels célestes ». On le sait, la représentation féminine (objet de contemplation, objet érotique, femme rêvée, femme démoniaque) des surréalistes a souvent été critiquée. Ne peut-on pas lire une déclaration d’amour dans l’extrait suivant? « Désir délire joie jouissance / Amour possédé amour donné / Jouir faire jouir / Amour amour amour / Femme homme femme homme enfant / Amour-joie amour-folie amour-générosité / Amouramouramour amour / Réciprocité des jours sans fin ».

Cette femme « Ruche-abbaye de l’amour sublimatoire » ne peut rien contre les cauchemars récurrents, le désordre psychique. « La vie et sa pestilence marbrée / Les plaies qui muent / Les murs désossés de leurs charpentes. » Martino décrit à maintes reprises un monde apocalyptique : « Au roulis délirant d’un tambour meurtri / Les cris rauques de caillots des agonisants / Les vociférations blasphématoires des désespérés / Les hurlements aigus des enfants piétinés ». On nage en pleine paranoïa : « La nuit je suis poursuivi par des M tentaculaires / Par des voix grises et rocailleuses / Et des mots qui projettent de multiples ombres / L’âme découpée dans un faisceau lunaire / Un vent d’ardoise traînant la mort à son flanc ». Il faut voir plus que le thème romantique du poète rejeté dans les vers suivants : « L’estomac du POÈTE vient d’éclater / La capsule / Un explosif à retardement / Éventré par le génie d’un sadique inventif / Traînant son sang et ses tripes sur la neige innocente ». 

Le poète cherche des coupables et s’attaque aux « domanistes » (« reptiles à attitude humaine »), aux religieux (« Tas de fumier sous la neige »), aux femmes (« Cent vierges à enfoncer qu’il me faut » ou « Périphérie douloureuse qui fige les articulations »). Les métaphores guerrières, les images de violences, de tortures, de supplices, de vengeance, les évocations de la folie abondent. : « Encore un arrachement de seins par un puma furieux / Ou un crabe géant qui vous étreint de ses serres sur son ventre glacé ». On dirait un être coincé qui ne sait plus sur qui frapper.

Martino est un épigone de Gauvreau. Tout comme son maître, il invente des mots, sans aller aussi loin : « supinataire, zoanthropique, empyème, nyctalopesurabiline, richopathos, escarlophages ». Ce n’est pas la filiation de Gauvreau mais celle d’Artaud qu’il revendique dans son recueil : « Quelle était cette voix à ma fenêtre la nuit de mes vingt ans / C’était toi ANTONIN / C’était toi ARTAUD / Dès cet instant mon esprit a fleuri à travers sa prison osseuse / Comme des taches de soleil sur la neige sombre ».

On trouve beaucoup d’images percutantes dans Osmonde. En voici quelques-unes : « orgies sulfuriques, envol cidrique, plantes cosmogoniques, couilles de l’arcadie, pestilence marbrée, latrines gloutonnes, pubis de satin chaud, corps ignifuge, l’égoïne de l’hallucination octuple, émotions combustibles, haleine équatoriale, souvenirs amiantes, l’ectoplasme amnésique, l’ozone croustillant ». Pour terminer sur une note plus légère, je cite ce court passage humoristique : « Une poule cannibale / Dans la végétation prolixe / Couvait imperturbable / Un singe lunatique ».

Frontispice de Léon Bellefleur

21 octobre 2015

Les automatistes

La culture canadienne-française a longtemps été en retard sur les mouvements européens. Il est d’autant plus étonnant qu’un mouvement à la fine pointe de l’avant-garde se développe au Québec en pleine « grande noirceur ». Bien entendu, on parle de l’automatisme, ce mouvement initié par Borduas qui nous a donné Refus global et quelques-uns de nos plus grands artistes. Je ne referai pas l’histoire du mouvement, déjà présente sur l’internet. Le retour de Pellan de Paris, ses divergences avec Borduas, le regroupement autour de Borduas, les expositions des Sagittaires, les réserves des automatistes face à Breton, Refus Global, le départ de Borduas, la continuité avec Gauvreau, tout cela on peut le trouver dans les documents suivants :

Paul-Émile Borduas. Sa vie, son œuvre de François-Marc Gagnon. Le livre peut être téléchargé sur le site de L’Institut de l’art canadien
Les automatistes et le livre de Michel Brisebois
Les automatistes de Jean-Mathieu Nichols
Chronique du mouvement automatiste québécois de François-Marc Gagnon 

Si vous préférez les livres, voici deux suggestions.


  
Le livre de Bourassa ratisse large, mais demeure une référence sur le sujet. Quant à la publication des Herbes rouges, en plus de la postface pertinente de François Charron, elle nous offre un ensemble de recueils devenus introuvables ou hors de prix.

On peut aussi découvrir d’autres livres dans la mouvance de l'automatisme dans certains de mes blogues.


Surréalisme et automatisme
Pour les artistes montréalais, les deux termes n’étaient pas synonymes, même si on admettait que le second était issu du premier. On insistait pour dire que l’automatisme était non figuratif, non anecdotique. Ainsi défini, l’automatisme se situe à la jonction du surréalisme européen et de l’expressionnisme abstrait américain. Au-delà de l’esthétique, l’automatisme québécois est un mouvement qui vise la libération de l’individu sur tous les plans, comme le dit avec force Refus global.

Dès vendredi et dans les semaines à venir, je vais bloguer les six recueils suivants.

Les Sables du rêve de Thérèse Renaud
Étal mixte de Claude Gauvreau
Brochuges de Claude Gauvreau
Osmonde de Jean-Paul Martino
La Duègne accroupie de Michèle Drouin
Les Poèmes de la sommeillante de Micheline Kline Ste-Marie

3 janvier 2018

Les éditions Erta

Roland Giguère
http://richardmaxtremblay.com
Dans les prochaines semaines, je vais présenter quelques œuvres de Roland Giguère et des éditions Erta. 

« Derrière l'écrit remuent des centaines de mains qui ont une longue habitude de l'encre, du papier, du plomb, de la colle et du cuir. J'ai toujours été intrigué par un écrivain qui ignore comment son livre a vu le jour, qui n'a jamais mis les pieds dans une imprimerie, qui n'a jamais tenu entre ses doigts un caractère de fonderie et senti l'odeur de l'encre autrement qu'en ouvrant son premier exemplaire livré par l'éditeur. » (Roland Giguère, « Une aventure en typographie : des Arts graphiques aux Éditions Erta », Études françaises)

Roland Giguère (1929-2003) fonde les éditions Erta en 1949, alors qu’il fréquente l’École des arts graphiques où il étudie la reliure et la typographie. Il s’entourera de plusieurs collaborateurs, autant des spécialistes de l’édition (Arthur Gladu, Jean Larivière, Jacques Saint-Cyr, Gilles Robert, Yvar Labrie) que des auteurs (Théodore Kœnig, Gilles Hénault, Claude Haeffely, Claude Gauvreau, Françoise Bujold, Jean-Paul Martino, Alain Horic) et des peintres-graveurs (Albert Dumouchel, Conrad et Gérard Tremblay, Anne Kahane, Jean-Paul Mousseau, Léon Bellefleur). La maison d’édition, qui produit artisanalement des livres à faible tirage (du moins au début), publiera surtout de la poésie, dont six recueils dans la collection « La tête armée ». Cette approche multidisciplinaire va donner naissance au livre-objet, au livre d’artiste.


Erta - Liste des publications
  • GIGUÈRE, Roland, Faire naître, illustrations d'Albert Dumouchel, Montréal, 1949, 38 f. 
  • GIGUÈRE, Roland, 3 pas, 4 gravures de Conrad Tremblay, Montréal, 1950, 13 p. 
  • KOENIG, Théodor, Décanté, Montréal, 1950, 100 p.
  • GIGUÈRE, Roland et Theodor Koenig, Le poème mobile. Poème écrit par Theodor Koenig et Roland GIGUÈRE le 25 mai 1950 sur la distance de 362 milles entre Boston et Montréal, Montréal, 1950, 4 p.
  • GIGUÈRE, Roland, Les nuits abat-jour, images d'Albert Dumouchel, Montréal, 1950, 48 p. 
  • KOENIG, Théodor, Clefs neuves; poèmes ouverts, poèmes fermés, Montréal, 1950, 50 p.
  • TREMBLAY, Gérard, 20 lithographies, Montréal, 1951, 20 planches.
  • GIGUÈRE, Roland, Yeux fixes ou l’ébullition de I'intérieur, Montréal, 1951, 12 p. 
  • GIGUÈRE, Roland, Midi perdu, dessins de Gérard Tremblay, Montréal, 1951, 12 p. 
  • GIGUÈRE, Roland, Images apprivoisées, Montréal, 1953, 36 p.
  • HENAULT, Gilles, Totems, illustrations d'Albert Dumouchel, Montréal, «Collection de la Tête armée», no 1, 1953, 26 p.
  • GIGUÈRE, Roland, Les armes blanches, 6 dessins de l'auteur, Montréal, «Collection de la Tête armée», no 2,1954, 26 p.
  • HAEFFELY, Claude, La vie reculée, gravures d'Anne Kahane, Montréal, 1954, 22 p. 
  • BELLEFLEUR, Léon, 15 dessins, introduction par le Dr. R.H. Hubbard, Montréal, 1954, 15 planches.
  • KOENIG, Théodore, Le jardin zoologique écrit en mer, dessins de Conrad Tremblay, Montréal, «Collection de la Tête armée», no 3, 1954, 36 p.
  • ANONYME, Les Souhaits du monde; poème anonyme du XVIe siècle, Montréal, 1956, 12 p.
  • CHARPENTIER, Gabriel, Cantate pour une joie, Montréal, 1956, 8 p.
  • HAEFFELY, Claude, Le sommeil et la neige, sérigraphies originales de Gérard Tremblay, Montréal, coll. «Mandragore», 1956, 28 p.
  • GAUVREAU, Claude, Sur fil métamorphose, dessins de Jean-Paul Mousseau, Montréal, «Collection de la Tête armée», no 4, 1956, 55 p.
  • BUJOLD, Françoise, Au catalogue de solitudes, 3 gravures de l'auteure, Montréal, « Collection de la Tête armée», no 5, 1956, 44 p.
  • COLLECTIF, 10 sérigraphies originales en couleurs, Montréal, 1957, 10 planches.
  • MARTINO, Jean-Paul, Osmonde, frontispice de Léon Bellefleur, Montréal, 1957, 52 p. 
  • GIGUÈRE, Roland, Le défaut des ruines est d'avoir des habitants, Montréal, 1957, 107 p. Trois dessins de l'auteur.
  • MAJOR, Jean-René, Où nos pas nous attendent, Montréal, 1957, 98 p.
  • HORIC, Alan, L'aube assassinée, 2 sérigraphies originales de Jean-Pierre Beaudin, Montréal, «Collection de la Tête armée», no 6, 1957, 38 p.
  • MAJOR, Jean-René, Les archipels signalés, lithographies originales de Roland Giguère, Montréal, 1958, 51 p.
  • ROUSSIL, Robert, Dix bois gravés, Montréal, 1958, 10 planches.
  • GIGUÈRE, Roland, Adorable femme des neiges, illustré par I'auteur, Chateaunoir, Aix-en- Provence, 1959, 12 p.
  • HENAULT, Gilles, Voyage au pays de mémoire, 6 eaux-fortes originales de Marcelle Ferron, Montréal, 1960, 36 p.
  • TREMBLAY, Gérard, Les semaines, Montréal, 1968, 21 planches.
  • GIGUÈRE, Roland, Naturellement, sérigraphies de Roland Giguère, Montréal, 1968, 8 f. 
  • TREMBLAY, Gérard, Poème-affiche, texte de Gaston Miron, sérigraphie originale de Gérard Tremblay, Montréal, 1970, 1 f.
  • GIGUÈRE, Roland, Poème-affiche, texte et sérigraphie originale de Roland Giguère, Montréal, 1970, 1 f.
  • GIGUÈRE, Roland, Abécédaire, illustrations de Gérard Tremblay, Montréal, 1975, 1 emboitage.
  • GIGUÈRE, Roland, J'imagine, 10 lithographies de Gérard Tremblay, Montréal, 1976,13 f. 
  • MIRON, Gaston, La marche à l'amour, 5 eaux-fortes de Léon Bellefleur, Montréal, 1977, 17 p.
  • LAPOINTE, Paul-Marie, Arbres, 5 sérigraphies de Roland Giguère, Montréal, 1978, 23 p.
  • MARTEAU, Robert, Traité du blanc et des teintures, 7 gaufrures de Gérard Tremblay, Montréal, 1978, 65 p.
  • GIGUÈRE, Roland, Paroles visibles, 12 sérigraphies originales de Roland Giguère, Montréal, 1983,12 planches.


20 mars 2020

Objets de la nuit

Jean-Paul Martino, Objets de la nuit, Montréal, Quartz, 1959, n.p. [40 p.]

Le texte commence sur la page de couverture et se poursuit sur la quatrième de couverture. Les marques habituelles de l’édition apparaissent sur un petit carton au verso de la quatrième. 

On ne reprendra pas ici ce qui a déjà été dit sur Martino et ses influences dans le compte-rendu que j’ai fait d’Osmonde en 2015. Les deux recueils sont assez semblables. 

Les textes d’Objets de la nuit vont du très lisible au plus obscur surréalisme, oscillent entre le récit poétique et le poème. Le premier texte pourrait être considéré comme un poème liminaire. On y lit à peu près le parcours de Martino dans son recueil, du passage par «  la nuit humaine peuplée de débris informel » jusqu’à  « l’équilibre d’incohérences abstractions ». Le second poème est un pied-de-nez aux Dieux et peut-être aux religions trop occupées à débattre de  l’esprit du mal.

Suit une longue nouvelle divisée en neuf courts chapitres ou parties. Ceux-ci sont numérotés sauf le premier. Le troisième  reçoit un titre en plus du numéro. Le terme « nouvelle » n’est peut-être pas approprié, on pourrait parler de prose poétique, même si certains passages donnent dans le narratif le plus élémentaire. Au début on dirait un récit du terroir. Le narrateur évoque le retour à  la terre des années 1920 au nord du Québec, en Abitibi et au Témiscamingue. On croit comprendre que ce lieu s’appelle  « Kliklantin ». Et que raconte cette prose poétique? La vie d’un enfant qui se retrouve dans un pays de colonisation : il y a la grandeur de la nature, mais ce que  l’enfant retient surtout, ce sont des scènes d’horreur : des animaux qui s’entredévorent, l’attaque d’un ours contre leur maison, un incendie de forêt, la mort d’un vieil homme, la vie des colons qu’il compare à des « naufragés […] à l’intérieur des terres ». 

Dans les poèmes qui suivent, Martino va décrire un monde qui se décompose devant nous. « L’enfant sans univers » va  s’unir aux « adolescents manchots », en «  marchant sur la nuit de l’enchère luciférienne », avant de plonger dans les « émiettements de rêves dans le casse-noisettes ». À partir du milieu du recueil, plusieurs poèmes sont séparés par des signes qui ressemblent aux caractères chinois. Ou à des signes cabalistiques. Le récit se perd, le sens se déconstruit, on entre dans des textes de plus en plus surréalistes. L’écriture s’accorde au contenu, donc plonge dans l’indicible. « La jumelle sur l’échasse de ses cours / Greffe aux glaciers naviguant libres ». « Les châteaux d’angora chôment dans l’enclos aux apparitions ». Malgré tout, on repère ici et là des passages où l’on reconnaît des thèmes  (l’amitié, les relations amoureuses, la nature). Le recueil se termine par un poème intitulé « Ballade des Kliklantin » qui donne complètement dans le non-sens. « Le cœur aux joutes déguste ses maigres symboles ».

Le projet n’est pas banal mais le recueil est loin d’être parfait. L’écriture n’est pas toujours maîtrisée, certaines images surréalistes sont plus frappantes que signifiantes. La séparation chaotique des textes et l’hésitation entre les genres créent l’impression d’un travail à terminer.


1 avril 2015

La poésie québécoise des années 50


Quand on bouquine dans les livres anciens, comme je le fais depuis plusieurs années, on est étonné de découvrir le nombre incalculable de recueils de poésie qui ont été publiés. Autour des années 20, particulièrement, ça semble un puits sans fonds. Les années 50, aussi, me semblent une période faste, non seulement à cause du nombre de recueils et de maisons d’édition, mais aussi en raison de l’expérimentation aussi bien graphique que poétique qu’on y rencontre.

Les Éditions de l’Hexagone font figure de proue, ce qui n’empêche pas plusieurs petites maisons, souvent éphémères, de voir le jour. Les Éditions Atys (Gilbert Langevin), les Éditions Quartz (Diane Pelletier-Spiecker et Micheline Sainte-Marie), les Éditions de Malte (André Roche), les Éditions de Muy (Georges Cartier), les Éditions de l’Aube (Georges Dor), les Éditions de la Cascade (Jean-Louis Brouillé), les Éditions Nocturne (Claude Marceau et Raymond Savard), les Éditions Goglin (Françoise Bujold) et les Éditions de l’Arc (Gilles Vigneault) contribuent au bouillonnement poétique qui précède la Révolution tranquille. En 1959, huit maisons d’édition sont dédiées à la poésie (Jacques Michon et al., HÉLQ, 2004, p. 275-278) Et c’est sans compter ERTA, ORPHÉE, et quelques maisons généralistes comme Fides, Beauchemin, Chanteclerc, Fernand Pilon qui publient des recueils à l’occasion.

Loin de moi l’idée de dégager les lignes de force de la poésie québécoise des années 50. Je suis un lecteur explorateur, je vais à gauche et à droite et, ces temps-ci, je vagabonde dans la poésie des années 50. Ceci étant dit, il me semble que l’introspection (et non la recherche identitaire chère à l’Hexagone) est l’approche la plus usuelle. Ou, si vous préférez, on s’occupe encore davantage du destin personnel que du destin collectif.

J’ai déjà blogué quelques recueils qui sont devenus des classiques : Escale (1950) de Rina Lasnier, Le Tombeau des rois (1953) d’Anne Hébert, Totems (1953) de Gilles Hénault, Deux Sangs (1953) de Miron-Marchand. J’ai aussi présenté plusieurs poètes de l’Hexagone retenus dans la collection Les Matinaux : Des jours et des jours (1954) de Luc Perrier, Les cloîtres de l'été (1954) de Jean-Guy Pilon, Ces anges de sang (1955) de Fernand Ouellette, Du centre de l'eau (1955) de Jean-Paul Filion, Portes sur la mer (1956) de Louise Pouliot, Poèmes de Russie (1957) de Pierre Trottier, Poèmes de l'Amérique étrangère (1958) de Michel van Schendel. À ceux-ci, il faut ajouter Séquences de l’aile, de Fernand Ouellette (1958) publié à l’Hexagone, mais non dans Les Matinaux.

J’ai annoncé, il y a quelque temps, que j’allais présenter six recueils des années 50 dans les semaines à venir. Je viens de bloguer Sylvain Garneau, Fernand Dumont et Gatien Lapointe. Depuis, j’en ai ajouté quelques-uns à ma liste qui en compte maintenant 10. Pour moi, la plupart sont des découvertes.

Objets trouvés (1951) de Sylvain Garneau
L’Ange du matin (1952) de Fernand Dumont
Jour malaisé (1953) de Gatien Lapointe
Les Pas sur terre (1953) de Wilfrid Lemoine
Otages de la joie (1955) de Gatien Lapointe
Les Temples effondrés (1957) d’Yves Préfontaine
Matin sur l'Amérique (1958) d’André-Pierre Boucher
Les Pavés secs (1958) de Jacques Godbout
Geôles (1959) de Michelle Lalonde
Les Enfants continuels (1959) de Suzanne Paradis

Je vais probablement en ajouter encore quelques-uns parmi les suivants:
Larmes (1955) de Raymond Savard
À glaise fendre (1957) de Maurice Beaulieu
Les Poèmes de la sommeillante (1958) de Micheline Sainte-Marie
Cherche tes mots cherche tes pas (1958) de Roch Carrier
Songe de la fiancée détruite (1958) de Michèle Lalonde
La Duègne accroupie (1959) de Michèle Drouin

La tournée poétique des années 50 ne sera pas complète pour autant, et j’y reviendrai sans doute plus tard. Il y a toujours Brochuges de Gauvreau (1956) qui m’attend depuis longtemps sur les rayons. Et dans le sillage de Gauvreau, il y a ces Ertas hors de prix que je n’ai pas : Yeux fixes (1951) de Roland Giguère, Le Sommeil et la neige (1956) de Claude Haeffely, Au catalogue des solitudes (1956) de Françoise Bujold, Osmonde (1957) de Jean-Paul Martino. À ceux-ci j’ajouterais peut-être : Les Cris (1957) de Pierre Chatillon, Portes closes (1959) de Georges Dor, Objets de la nuit (1959) de Jean-Paul Martino et Présence de l’absence (1956) de Rina Lasnier.

La liste ci-dessous a été mise à jour à quelques reprises.  


LA POÉSIE DES ANNÉES 50 (liste sans doute incomplète et, probablement, non sans erreurs.)

1959
Arsenault Guy
L'Eau, la montagne et le loup. Petite cosmologie de mes haines. Essais poétiques, Montréal, Éd. Goglin, 104 p.
1958
Aubier Michel
Au grand soleil de l’avenir, Montréal, Beauchemin, 78 p.
1958
Baillargeon Anita
Langage du cœur, Québec, s. e., 80 p.
1957
Beaulieu Maurice
À glaise fendre, Montréal, s.e., 52 p.
1958
Beaulieu Maurice
Il fait clair de glaise, Montréal, Orphée, 95 p.
1954
Bessette Gérard
Poèmes intemporels, Monte-Carlo, Regain, 59 p.
1957
Boisseau Albertine G.
Chants d’automne, Beauceville, André Gauvin, 118 p.
1959
Boisvert Laurent
Crédo d'un athée, s.l., Montréal, Nocturne, 28 p.
1955
Boivert Réginald
Le Temps de vivre, Montréal, Cité libre, 44 p.
1956
Boucher André-Pierre
Fuites intérieures, Montréal, Orphée, 95 p.
1958
Boucher André-Pierre
Matin sur l’Amérique, Montréal, Orphée, 51 p.
1957
Brault Jacques
Trinôme, Montréal, Jean Molinet, 57 p.
1956
Brien Roger
Vols et plongées, Nicolet, Centre marial canadien, 129 p.
1957
Brochu André
Étranges domaines, Montréal, Éd. de la Cascade, 46 p.
1956
Bujold Françoise
Au catalogue des solitudes, Montréal, Erta, s.p., 20 f.
1958
Bujold Françoise
La Fille unique, Montréal, Éd. Goglin, s.p., 17 f..
1956
Carrier Roch
Les Jeux incompris, Montréal, Nocturne, 22 p.
1958
Carrier Roch
Cherche tes mots, cherche tes pas, Montréal, Nocturne, 22 p.
1954
Cartier Georges
Hymnes : Isabelle, Montréal, Éd. De Muy, 91 p.
1955
Cartier Georges
Mort à vivre, Alines, CELF, 44 p.
1955
Cartier Georges
Laves et neiges, Montréal, Éd. De Muy, 49 f.
1952
Charbonneau Jean
Sur la Borne pensive. L'Écrin de Pandore. Poème, Paris, Alphonse Lemerre, 246 p.
1951
Charpentier Gabriel
Amitiés errantes, Paris, Seghers, 35 p.
1958
Choquette Gilbert
Au loin l’espoir, Montréal, Chez l’auteur, 49 p.
1953
Choquette Robert
Suite marine, poème en douze chants, Montréal, Péladeau, 330 p.
1954
Constantineau Gilles
La Pêche très verte, Montréal, s.e., n.p.
1955
Côté Jean
Deux ombres, s.l., s.e., 58 p.
1952
Desjardins-Versailles Germaine
Je Suis Marie Ou Celle Qui Vient, Nicolet, Centre marial canadien, 166 p.
1959
Després Ronald
Silences à nourrir de sang, Montréal, Orphée, 140 p.
1950
Deyglun Serge
Né en trompette, Montréal, Éd. de Malte, 62 p.
1952
Dion-Lévesque Rosaire
Jouets. Poèmes d’inspiration enfantine, Montréal, Chantecler, 72 p.
1955
Dor Georges
Éternelles saisons, Trois-Rivières, s.e., 48 p.
1956
Dor Georges
La Mémoire innocente, Montréal, L’Aube, 48 p.
1959
Dor Georges
Portes closes, Montréal, L’Aube, 44 p.
1955
Doucet Louis-Joseph
Les Aubes mortes, Montréal, s.e., 200 p.
1957
Doucet Louis-Joseph
Arabesques et Fleurs, s.l., Chez l’auteur, 200 p.
1957
Doucet Louis-Joseph
Les Intermèdes, Montréal, s.e., 200 p.
1959
Drouin Michèle
La Duègne accroupie, Montréal, Ed. Quartz, 42 p.
1952
Dumont Fernand
L'Ange du matin, Montréal, Les Éd. de Malte, 79 p
1955
Dussault Jean-Claude
Proses. Suites lyriques, Montréal, Orphée, 119 p.
1956
Dussault Jean-Claude
Le Jeu des brises, Montréal, Orphée, 51 p.
1958
Dussault Jean-Claude
Sentences d’amour et d’ivresse, Montréal, Orphée, s.p.
1959
Ferland Réal
Carrousel, Montréal, Nocturne, 37 p.
1955
Filion Jean-Paul
Du centre de l’eau, Montréal, L’Hexagone, 28 p.
1955
Fournier Claude
Les Armes à faim, Montréal, s.e., 44 p.
1956
Fournier Claude
Le Ciel fermé, Montréal, L’Hexagone, 44 p.
1958
Fournier Guy
Terres prochaines, Montréal, Orphée, 79 p.
1951
Garneau Sylvain
Objets trouvés, Montréal, Éd. de Malte, 93 p.
1952
Garneau Sylvain
Les Trouble-fête, Montréal, Éd. de Malte, 77 p.
1956
Gauvreau Claude
Sur fil métamorphose, Montréal, Erta, 55 p.
1956
Gauvreau Claude
Brochuges, Montréal, Éd. de Feu-Antonin, 63 p.
1957
Gervais Guy
Le Froid et le fer, Montréal Éd. de la Cascade, 30 p.
1950
Giguère Roland
Trois pas, Montréal, Erta, s.p.
1950
Giguère Roland
Les Nuits abat-jour, Montréal, Erta, s.p.
1951
Giguère Roland
Midi perdu, Montréal, Erta, s.p.
1951
Giguère Roland
Yeux fixes, Montréal, Erta, 20 p.
1953
Giguère Roland
Images apprivoisées, Montréal, Erta, s.p.
1954
Giguère Roland
Les Armes blanches, Montréal, Erta, s.p.
1957
Giguère Roland
Le Défaut des ruines est d’avoir des habitants, Montréal, Erta, 107 p.
1959
Giguère Roland
Adorable femme des neiges, Aix-en-Provence, Erta, s.p.
1950
Giguère Roland & Koenig Théodore
Le Poème mobile, Montréal, Erta, 6 p.
1958
Gingras Joseph
Fidélité, Montréal, s.e., 94 p.
1956
Godbout Jacques
Carton-pâte, Paris, Seghers, 38 p.
1958
Godbout Jacques
Les Pavés secs, Beauchemin, Montréal, 93 p.
1957
Grandbois Alain
L'Étoile pourpre, Montréal, L’Hexagone, 79 p.
1951
Grandmont Éloi de
Premiers secrets, Montréal, les Éd. de Malte, 91 p.
1953
Grandmont Éloi de
Plaisirs. Poèmes. Avec une chanson de Maurice Blackburn, Montréal, Chantecler, 30 p.
1954
Grandmont Éloi de
Dimanches naïfs, Paris, Librairie des lettres, s.p.
1957
Groulx Gilles
Poèmes, Montréal, Orphée, 43 p.
1954
Haeffely Claude
La Vie reculée, Montréal, Erta, s.p.
1956
Haeffely Claude
Le Sommeil et la neige, Montréal, Erta, s.p.
1958
Hamel Louis-Paul
Poèmes. Premier recueil 1948-52, Chez l'auteur, 47 p.
1958
Harvey Jean-Charles
La Fille du silence, Montréal, Orphée, 127 p.
1953
Hébert Anne
Le Tombeau des rois, Québec, s.e., 76 p.
1953
Hénault Gilles
Totems, Montréal, Erta, s.p.
1951
Hertel François
Mes Naufrages, Paris, Éd. de l'Ermite, 20 p.
1951
Hertel François
Jeux de mer et de soleil, Paris, Éd. de l'Ermite, 29 p.
1957
Horic Alain
L'Aube assassinée, Montréal, Erta, 38 p.
1950
Koenig Théodore
Clefs neuves, Montréal, Erta, 46 p.
1950
Koenig Théodore
Décanté, Montréal, Erta, 50 f.
1954
Koenig Théodore
Le Jardin zoologique écrit en mer, Montréal, Erta, 31 p.
1951
L’Archevêque-Duguay Jeanne
Dans mon jardin, Montréal, Fides, 254 p.
1958
Lafond Guy
J’ai choisi la mort, Montréal, Éd. du Centre d’essai, 69 p.
1958
Lalonde Michèle
Songe de la fiancée détruite, Montréal, Orphée, 46 p.
1959
Lalonde Michèle
Geôles, Montréal, Orphée, 41 p.
1959
Langevin Gilbert
À la gueule du jour, Montréal, Atys, 26 p.
1953
Lapointe Gatien
Jour malaisé, Montréal, s.e., 93 p.
1955
Lapointe Gatien
Otages de la joie. Poèmes, Montréal, Éd. de Muy, 44 p.
1951
Larouche Georges
Élans d'Amour, S. l., Collection Boréale, 99 p.
1950
Lasnier Rina
Escales, Trois-Rivières, Le Bien Public, 149 p.
1956
Lasnier Rina
Présence de l'absence, Montréal, L’Hexagone, 67 p.
1954
Lavoie Carmen
Saisons de Bohème, Québec, Éd.  Caritas,122 p.
1957
Leclerc Gilles
La Chair abolie, Montréal, Éd. de l'Aube, 63 p.
1951
Legris Isabelle
Les Ascensions captives, Montréal, Éd. du Mausolée, 77 p.
1953
Lemoine Wilfrid
Les Pas sur terre, Montréal, Chantecler, 125 p.
1955
Lemoine Wilfrid
Réhabiliter l’homme dans l’amour de son mystère, Montréal, L’Autorité, 127 p.
1957
Lévesque Claire
Le Pouls de ma vie, Montréal, Albert Lévesque, 44 p.
1957
Major Charbonneau Rolande
Dans mes souliers rouges : poèmes (1950-1957), Montréal, Éd. Clair-flo, 43 p.
1958
Major Jean-René
Les Archipels signalés, Montréal, Erta, s.p.
1950
Malouin Reine
Inviolata, poème allégorique, Québec, Le Soleil, 153 p.
1958
Marceau Alain
À la pointe des yeux, Montréal, L’Hexagone, 30 p.
1958
Marchand Olivier
Crier que je vis, Montréal, L’Hexagone, 32 p.
1953
Marchand Olivier & Miron Gaston
Deux sangs, Montréal, L’Hexagone, 67 p.
1957
Martino Jean-Paul
Osmonde, Montréal, Erta, 51 p.
1959
Martino Jean-Paul
Objets de la nuit, Montréal, Quartz, 40 p.
1959
Massicotte Françoise
Sérénité, Montréal, s.e., 116 p.
1957
Mercier-Gouin Olivier
Poèmes et chansons, Montréal, Beauchemin, 1957, 62 p.
1957
Mercure Paul
Les Cris, Montréal, Éd. de l'Aube, 62 p. (Pierre Chatillon)
1958
Michon Guy
Perds-moi encore, Montréal, Nocturne, 53 p.
1956
Murray Simone G.
Clairs obscurs, Monte-Carlo, Regain, 94 p.
1956
Nadeau Monique
Sanglots de rue, Montréal, Nocturne, 74 p.
1955
Ouellette Fernand
Ces anges de sang, Montréal, L’Hexagone, 30 p.
1958
Ouellette Fernand
Séquences de l’aile, Montréal, L’Hexagone, 33 p.
1959
Paradis Suzanne
Les Enfants continuels, Chalesbourg, Ateliers Michaud, 68 p.
1957
Pelletier Georgette
Plaisir d'amour, Montréal, Nocturne, 60 p.
1958
Pelletier-Spiecker Diane
Les Affres du zeste, Montréal, Quartz, 16 f.
1954
Perrier Luc
Des jours et des jours, Montréal, L’Hexagone, 30 p.
1950
Piché Alphonse
Voie d'eau, Montréal, Éd. Fernand Pilon, 56 p.
1953
Pilon Jean-Guy
La Fiancée du matin, Montréal, Amicitia, 60 p.
1954
Pilon Jean-Guy
Les Cloîtres de l'été, Montréal, L’Hexagone, 30 p.
1957
Pilon Jean-Guy
L'Homme et le Jour, Montréal, L’Hexagone,, 53 p.
1957
Pouliot André
Modo pouliotico, Montréal, Cahier de la file indienne, 43 p.
1956
Pouliot Louise
Portes sur la mer, Montréal, L’Hexagone, s.p.
1957
Préfontaine Yves
Boréal, Montréal, Orphée, 52 p.
1957
Préfontaine Yves
Les Temples effondrés, Montréal, Orphée, 83 p.
1959
Robert Guy
Broussailles givrées, s. l., Éd. Goglin, 71 p.
1958
Sainte-Marie Kline Micheline
Les Poèmes de la sommeillante, Montréal, Éd. Quartz, 48 p.
1957
Saint-Jacques-Guimont Marie
À la limite des choses, Montréal, Beauchemin, 89 p.
1952
Savard Raymond
Rayons d’espoir, Montréal, Nocturne, 22 p.
1953
Savard Raymond
La Nuit des songes, Montréal, Nocturne, 76 p.
1955
Savard Raymond
Larmes, Montréal, Nocturne, 117 p.
1957
Savard Raymond
Reflets, Montréal, Nocturne, 72 p.
1958
Taillefer Marie-Estelle
La Fille aux yeux d'oiseau, Montréal, Orphée, 55 p.
1951
Trottier Pierre
Le Combat contre Tristan, Montréal, Éd. de Malte, 82 p.
1957
Trottier Pierre
Poèmes de Russie, Montréal, L’Hexagone, 48 p.
1953
Trudeau Claude Bernard
Dans les jardins de la vie et de l'amour, Montréal, Beauchemin, 85 p.
1950
Vaillancourt Emma
De l'aube au couchant, Québec, s.e., 154 p.
1958
Van Schendel Michel
Poèmes de l'Amérique étrangère, Montréal, L’Hexagone, 46 p.
1952
Venne Rosario
La chaîne aux anneaux d'or, Montréal, Chanteclerc, 84 p.
1956
Vernal François De
Pour toi, Montréal, Éd. du Soir, 46 p.
1957
Viau Roger
Unis à l’inconnu, Montréal, Nocturne, 68 p.
1959
Vigneault Gilles
Étraves, Québec, Éd. de l’Arc, 167 p.