Marcel Dugas, Versions, Montréal, Maison Francq, 1917, 88 pages.
Marcel Dugas sur Laurentiana
Paroles en liberté
Psyché au cinéma
Littérature canadienne
Salve alma parens
Approches
Pots de fer
À la manière de …
Apologies
Versions
Plus de 1000 livres québécois! Patrimoine littéraire, bibliophilie, carnet de lecture. 196 000 pages vues en 2025. « Laurentiana » se dit des livres ou brochures relatifs au Québec, au Bas-Canada et à la Nouvelle-France.
Marcel Dugas, Versions, Montréal, Maison Francq, 1917, 88 pages.
Marcel Dugas, Apologies, Montréal, Paradis-Vincent, 1919, 10 pages.
Dugas, dans son style plus lyrique qu’analytique, nous présente une critique littéraire de cinq « figures qui [lui] furent chères » : Albert Lozeau, Paul Morin, Guy Delahaye, Robert de Roquebrune et René Chopin.
Albert
Lozeau
Paul
Morin
Guy
Delahaye
Robert
de Roquebrune
René
Chopin
En mémoire de Gaston Miron décédé le 14 décembre 1996.
« Ayant été remis plusieurs fois sur le métier, entre 1956 et 1961, toujours après qu’il eut subi l’épreuve de la récitation en privé ou en public, comme ce fut à l’époque le cas pour la plupart de mes compositions, ce poème a connu de nombreuses versions. L’une d’elles a paru dans La Presse, en 1956, je crois. Le deuxième vers du texte était ainsi énoncé: « Canada ma terre amère ma terre amande ». Pourtant, la même année fut publié « Un homme », qui devint par la suite « L’Octobre » où le mot Québec était attesté. Une indécision a donc persisté quant à la nomination de ce pays que je tentais de circonscrire et qu’en ces années les vocables Canada et Canada français recouvraient encore. Dans mon cheminement, l’idée d’indépendance me tourmentait depuis 1957, et la lecture de Portrait du colonisé d’Albert Memmi y fut pour quelque chose. Je devins indépendantiste avoué, en 1959, en accord avec le groupe de La Revue socialiste (pour l’indépendance absolue du Québec). J’appris à Paris, en 1960, à ma grande joie, la fondation du RIN. À mon retour, en 1961, la substitution du mot Québec au mot Canada devenait logique, pour ne pas dire toute naturelle. « Compagnon des Amériques » fut publié, tel qu’on le lit aujourd’hui, dans le cycle de La Vie agonique (Liberté, mai-juin 1963). » (Gaston Miron, L’homme rapaillé, L’Hexagone, 1994)
Compagnon des Amériques
Québec ma terre amère ma terre amande
ma patrie d’haleine dans la touffe des vents
j’ai de toi la difficile et poignante présence
avec une large blessure d’espace au front
dans une vivante agonie de roseaux au visage
je parle avec les mots noueux de nos endurances
nous avons soif de toutes les eaux du monde
nous avons faim de toutes les terres du monde
dans la liberté criée de débris d’embâcle
nos feux de position s’allument vers le large
l’aïeule prière à nos doigts défaillante
la pauvreté luisant comme des fers à nos chevilles
mais cargue-moi en toi pays, cargue-moi
et marche au rompt le cœur de tes écorces tendres
marche à l’arête de tes dures plaies d’érosion
marche à tes pas réveillés des sommeils d’ornières
et marche à ta force épissure des bras à ton sol
mais chante plus haut l’amour en moi, chante
je me ferai passion de ta face
je me ferai porteur de ton espérance
veilleur, guetteur, coureur, haleur de ton
avènement
un homme de ton réquisitoire
un homme de ta patience raboteuse et varlopeuse
un homme de ta commisération infinie
l’homme artériel de tes gigues
dans le poitrail effervescent de tes poudreries
dans la grande artillerie de tes couleurs d’automne
dans tes hanches de montagne
dans l’accord comète de tes plaines
dans l’artésienne vigueur de tes villes
dans toutes les litanies
de chats-huants qui huent dans la
lune
devant toutes les compromissions en peaux de vison
devant les héros de la bonne conscience
les émancipés malingres
les insectes des belles manières
devant tous les commandeurs de ton exploitation
de ta chair à pavé
de ta sueur à gages
mais donne la main à toutes les rencontres, pays
toi qui apparais
par tous les chemins défoncés de
ton histoire
aux hommes debout dans l’horizon de la justice
qui te saluent
salut à toi territoire de ma poésie
salut les hommes et les femmes
des pères et mères de l’aventure
VERSION DE 1956
Gaston Miron sur Laurentiana
Gaston Miron - biographie
Deux sangs
L’Homme rapaillé (étude)
À bout portant
Les débuts de l’Hexagone (Pilon)
L'Hexagone 25 : rétrospective 1953-1978
Les Matinaux (René Char)
Pour saluer Miron (2015 : Courtepointes)
Le damned Canuck (étude)
Pour saluer Miron (2018)
Avec toi (2019)
Compagnon des Amériques (2020)
Hommage à Miron (2021)
Sur la place publique (étude)
Balado sur Miron
Marcel Dugas, Approches, Québec, Éditions du Chien d’Or, 1942, 113 pages.
Le recueil contient six textes. Léo-Pol Morin, Alain Grandbois et Simone Routier sont des amis que l’auteur a rencontrés en Europe. On ne peut pas dire que Dugas fait de grandes analyses. On est plus dans les impressions, les sentiments.
Léo-Pol Morin
Dugas était en France au début du XXe siècle. C’est là qu’il a rencontré Léo-Pol Morin. Il nous présente son ami, mais surtout il nous fait revivre cette période (qu’on dit souvent extraordinaire) qui va jusqu’à la Première Guerre mondiale. Les deux fréquentent les salons, côtoient Cocteau et Ravel. Et les deux assistent à certains événements culturels qui ont marqué le début du siècle, par exemple les représentations houleuses du Sacre du printemps. Morin revient au Québec en 1914, participe à la fondation du Nigog. Il va entreprendre une véritable croisade pour convertir quelques Canadiens français à l’art moderne.
Alain Grandbois
« Je connus l’auteur de ce livre à Paris. Je le vis tous les jours, durant treize ans, au café des Deux Magots. » Grandbois avait publié les Poèmes d’Hankeou (dont Dugas avait un exemplaire), Louis Jolliet et Marco Polo. Dans un texte qui mélange autobiographie et critique littéraire, il vante les qualités littéraires de son ami et, surtout, s’en prend aux critiques qui ont osé dénigrer Marco Polo.
L’univers de François Hertel
« Les mondes chimériques , c’est le bréviaire de l’ironie. Elle couvre tous les sujets : art, littérature, histoire avec ses hypothèses,opinions des hommes, vérités plus larges et qui exigent du discernement et la volonté de les découvrir. »
St-Denys Garneau
Il paraphrase, en y ajoutant du sien, beaucoup de poèmes de Garneau, encore vivant à l’époque. Dugas emploie à quelques reprises le mot « chef d’œuvre » à propos de certains poèmes de Regards et jeux dans l’espace.
Simone Routier
Après avoir perdu son fiancé, Simone Routier est revenue au Canada et est rentrée chez les religieuses. Dugas évoque avec tendresse son parcours.
Notre nouvelle épopée
Dugas essaie de définir l’enjeu de la participation canadienne à la guerre. De son discours émergent le culte de l’Europe, de la France en particulier, une certaine conception de la civilisation, où culture et religion voisinent.
Pourquoi le titre « Pots de fer »? Parce ce que « ce titre en vaut un autre » et que « l’on plante dans les pots de fer des cactus, du lierre, du réséda, d’humbles fleurs ».
Extrait
Toulouse semblait une ville assiégée par des soldats. Elle en débordait. Mêlés aux civils, on eût dit un flot humain qui s’écoulait sur les boulevards, montant et descendant les rues. Il y en avait partout, à la gare, dans les jardins, aux abords des hôtels. On se demandait pourquoi il y en avait autant; on se demandait pourquoi ils étaient là. Couverts de poussière, décharnés, brûlés par le soleil, ils semblaient désemparés, allant à la recherche de quelque chose qui leur échappait. Plus précisément, ils donnaient l’impression d’être livrés à eux-mêmes, aux hasards de la rue, privés de chefs: troupes hagardes, atterrées, dont les maîtres avaient perdu le contrôle. À la nuit tombée, on les apercevait étendus par terre, sur la terrasse des cafés et des hôtels, dormant à côté de femmes et d’enfants qui n’avaient pu trouver de gîte pour la nuit.
La ville présentait l’aspect du désordre, du chaos. Sur tout cela, planait un demi-silence troublé à peine par des réflexions timides, des appréciations, des critiques qui gardaient une sorte de pudeur à se traduire. […]
On ne pouvait manquer de se montrer surpris du silence qui pesait sur elle. Des ombres et des ombres se croisaient. À peine saisissait-on un mot se détachant de ces groupes d’hommes qui glissaient dans la nuit. Ce silence était parent de celui qui s’établit dans une chambre mortuaire, ce silence oppressait le cerveau et le cœur. On eut désiré un cri poussé, un sanglot décelant une présence plus humaine. Mais toujours cet indescriptible silence. Ces Français vaincus s’enfermaient dans un mutisme qui ne se démentait pas un seul instant. C’était quelque chose de très particulier et de très impressionnant. (p. 21-23)