2 octobre 2026

Anthologie de la poésie canadienne-française

Guy Sylvestre, Anthologie de la poésie canadienne-française, Montréal, Beauchemin, 1963, 376 pages.

Guy Sylvestre a publié son Anthologie de la poésie canadienne d’expression française une première fois en 1942 aux Éditions Bernard Valiquette (141 pages).

Trois nouvelles éditions et plusieurs tirages ont suivi, toujours chez Beauchemin :  2e édition : Anthologie de la poésie canadienne-française, Montréal, 1958 et 1961, 298 p.; 3e édition : 1963, 1966, 1969 et 1971, 376 p.; 4e édition : Anthologie de la poésie québécoise : 1974, 412 p. Comme on le constate, même le titre a évolué.

Les diverses versions de l’anthologie de Sylvestre ont trôné dans le paysage littéraire pendant 32 ans. Bien entendu d’autres anthologies se sont pointé le nez pendant cette période, dont quelques-unes publiées à l’étranger : celle de Jean Désy (Ici des poètes canadiens nous parlent du Canada, (s. l.), Americ éditeur, 1944, 191 p.); celle Laure Rièse (L'Âme de la poésie canadienne-française, Toronto, MacMillan, 1955, XXXI, 263 p.); celle d’Alain Bosquet (La Poésie canadienne, Montréal et Paris, Éditions Seghers et HMH, 1962, 222 p.; celle de Pierre Cabiac (Feuilles d'érable et fleurs de lys, Paris, Éditions de la Diaspora française, 1965, t.I, 249 p.; t II, 1966, 244 p.)

C’est donc la troisième édition que je vous présente.

En préface, Sylvestre retrace l’histoire de la poésie québécoise. Il départage avec beaucoup de justesse, il me semble, les poètes qui méritent d’être retenus de ceux qu’on doit oublier. Cependant, on sent un certain malaise lorsqu’il aborde la poésie des années 50-60.  « Il est peut-être naturel qu'on soit tenté de désintégrer les formes poétiques à l'époque où l'on a réussi la fission de l'atome, mais toute poésie, pour mériter pleinement ce nom, doit rester un chant, et c'est un fait que la plus grande partie de cette jeune poésie ne chante plus. » À partir de cette règle, il refuse d’insérer un poème en prose dans son anthologie.

Contrairement aux anthologies précédentes, celle de Sylvestre est à la fois thématique et historique. Donc, les poètes se retrouvent dans une période littéraire et-ou dans un courant.

 

Quant aux divisions choisies par Sylvestre, je questionnerais certains choix. Est-ce que Le May est vraiment un romantique? Desaulniers, un poète du terroir? La division IV est intitulée « Artistes et humoristes » : les autres poètes dans l’anthologie ne peuvent être rangés sous la rubrique « artistes »? Et qui sont les humoristes : Guy Delahaye? Émile Coderre? La catégorie suivante s’intitule « Traditions vivantes » : Desrochers côtoie Medjé Vézina et Robert Choquette. Je ne vois pas le lien. Dans « Voies nouvelles », il ajoute à tort Hertel et Piché à Grandbois, Garneau, Hébert, Lasnier et Hénault. Le tout se termine par « La jeune poésie » : Giguère, Lalonde, les deux Lapointe, Miron, Ouellette côtoient 24 autres poètes, dont la plupart déjà complètement oubliés. L’absence impardonnable : Claude Gauvreau. Une absence excusable : Gilbert Langevin (Symptômes date de 1963).

Soixante-seize poètes ont trouvé place dans cette anthologie. Sauf Roger Brien, Ronald Després, Edmond Labelle et Carmen Lavoie, on peut trouver des traces de leurs œuvres dans Laurentiana.

 

Malgré mes critiques, j’aime cette anthologie (un beau livre comme Fides en faisait pour la collection du Nénuphar). La présentation des auteurs est minimale, toute la place étant réservée aux poèmes, et c’est bien ainsi.


1ère édition






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