2 septembre 2010

La Fin du voyage

Albert Laberge, La Fin du voyage, Montréal, Chez l’auteur, 1942, 411 pages. (Tiré à 75 exemplaires; signé par l’auteur; deux portraits de l’auteur dont un par Iacurto)

Entre 1936 et 1953, Albert Laberge a écrit sept recueils de nouvelles qu’il a publiés en édition privée à faible tirage. Parue en 1942, La Fin du voyage totalise vingt-quatre nouvelles. Le recueil est dédié au docteur Jules Laberge, l’oncle de l’auteur. On a même droit à une courte biographie de ce « cher oncle […] qui a illuminé » sa jeunesse.

Les deux réflexions qui précèdent les nouvelles en donnent le ton : « … des vies précaires, misérables, sordides, calamiteuses, crapuleuses, sur lesquelles pèse la fatalité, que guide un destin contraire… » et : « La vie n’est ni juste ni injuste. Elle est simplement la vie. Elle ne fait pas faillite, car elle ne promet rien. Souvent, nous lui demandons des choses impossibles et si nous ne les obtenons pas nous l’accusons. »

La fin du voyage - Trefflé Dignalais, un être grossier et violent, peu attiré par la terre, connaît de multiples déboires financiers.

Les chauves souris - Un jeune homme épouse la fille de la maîtresse de son père décédé. Sa mère, ulcérée, sur son lit de mort, lui promet de grands malheurs.

La pension Rapin - Madame Rapin, pour pallier la pauvreté de sa famille, ouvre une pension à La Malbaie durant l’été. Elle réussit à engranger 400$ mais doit les donner à son fils, frivole et instable, pour qu’il évite la prison.

Le mouton noir - À cinq ans, Julien Chantereau fut donné à sa grand-mère. Celle-ci le prit en grippe. L’enfant commit un vol et fut mis à l’école de Réforme. Il en sortit cinq ans plus tard, complètement révolté, décidé à tout faire pour ternir l’image de sa « belle » famille.

Les trois sœurs - Trois sœurs, trois femmes malheureuses en ménage, trompées ou abandonnées…

Confidences - Un homme n’accepte pas que sa nouvelle épouse enlève le portrait de l’ancienne qui s'est suicidée après que son amant l’eût quittée.

La plus belle soirée de sa vie - Un vieux couple bourgeois assiste au spectacle d’une chanteuse. À la fin du spectacle, celle-ci lance quelques roses. Le mari fanfaronne devant sa femme parce que la chanteuse lui en a lancé une. Frustrée, sa femme lui révèle qu’elle le trompe depuis dix ans.

Propos de Diogène - Le narrateur revoit un avocat avec lequel il était lié, il y a longtemps. Celui-ci, écœuré des avocasseries et du monde moderne, vit la simplicité volontaire avec sa femme en Gaspésie.

La maison - Pour avoir épousé un lâche et un vaurien, juste bon à lui faire des enfants, Malvina Leroy mène une vie minable. Son rêve d’avoir sa propre maison se concrétise, quand son frère lui lègue la sienne par testament. Elle n’en profitera guère : elle meurt au bout de huit jours.

Le Whistling Kid - Le « Whistling Kid » donne des tuyaux aux parieurs qui suivent les courses de chevaux. Il en vit misérablement. Un jour, un propriétaire d’écurie lui propose de gérer sa ferme. Au bout de quatre mois, il abandonne travail et sécurité, préférant son ancienne vie.

Mame Pouliche - Mame Pouliche a passé sa vie à vider les crachoirs et à nettoyer les toilettes d’une compagnie d’assurances. Épuisée, elle meurt d’une syncope sur les lieux de son travail.

L'art de se la couler douce - Tancrède commença par planter des quilles. Puis, il devint prostitué pour hommes. Enfin il se trouva une femme. Bientôt, son ami Michael vint habiter avec eux et c’est lui qui partagea le lit de sa femme et qui fit vivre la maison. Quand cette dernière mourut, Tancrède épousa sa belle-sœur, veuve. Et c’est encore Michael qui partagea le lit de cette dernière.

Le Cheval blanc - Trefflé Daussois, dit le Cheval blanc, était fossoyeur. Sa richesse était proportionnelle au nombre de morts dans l’année.

Le valet de ferme - Un garçon de ferme, fiable et rangé, change du tout au tout quand son patron se départit de ses services. Il boit, joue aux cartes, fréquente une veuve à la réputation douteuse et vole.

II maria sa fille - Isidore Tamareau rêve d’une automobile. La mort de deux de ses filles l’en a empêché jusqu’ici. Et voici que sa dernière fille est aussi malade. Il décide de lui trouver un mari afin de lui refiler les frais du médecin et des obsèques.

Une faillite - La fille d’un homme rangé, amoureuse d’un joueur en bourse, dilapide la fortune de son père malade. Enceinte, elle se suicide.

Les deux frères - Deux frères mènent des vies opposées : l’un est sage et économe, l’autre frivole et dépensier. Pourtant, les deux vivent la même pénible vieillesse.

L'héritage - Louis Pruneau s’attend à hériter de son beau-frère qui gère de grosses affaires dans l’Ouest canadien. Il découvre, à sa mort, qu’il est ruiné. C’est lui qui paie pour le faire enterrer.

La rencontre - Le client d’une jeune prostituée découvre qu’elle est la fille de son ancienne amante.

La rouille - Francis Lauzon laisse la terre paternelle à son frère et va s’établir dans l’Ouest. À force de vaillance, il défriche quatre fermes, une pour chacun de ses gars. Ses deux plus vieux meurent, son troisième perd une jambe et le dernier n’est pas intéressé par la terre. Pire encore, à 45 ans, Lauzon meurt d’un cancer.

L'échéance - Un avocat prospère, qui mène un grand train de vie avec sa femme et ses deux filles, se lance dans le faux et la malversation quand ses affaires périclitent. Il finit en prison.

Un après-midi de congé
Une jeune fille, qui prend soin d’une vieille dame, décide de s’offrir un après-midi de congé en l’absence de ses patrons partis en vacances. Elle rencontre un jeune homme qui la viole. Elle se jette dans la rivière.

Lorsque revient le printemps
Dans un petit village fictif, Potasses, la destinée misérable de différents personnages.

La vocation manquée - Comme Gaspard Bergevin est plutôt faiblard, son père décide de le faire instruire et d’en faire un curé. À sa troisième année, il est renvoyé de son collège pour avoir, par bravade, dit au confessionnal qu’il avait lu des livres défendus. La même année, ses parents meurent. Il gagne péniblement sa vie, mange trop peu et trop mal, tombe malade et meurt seul dans une petite chambre miteuse.

Tous ces résumés donnent une idée assez juste du pessimisme de l’auteur. Aucun personnage ne réussit sa vie. Quand ce n’est pas la méchanceté des hommes, c’est la vie elle-même qui se charge de lui. Laberge affectionne les personnages laids, vicieux, méchants, les paysages sinistres, les revers de la vie, la maladie et la mort. L’argent joue un grand rôle dans la vie de ses personnages, mais il est toujours source de malheur, autant pour ceux qui en ont que pour ceux qui en rêvent. Paysans ou bourgeois, pas de différences! Tous de la racaille, des malchanceux ou des ratés!

On se moque parfois des romans à l’eau de rose; on pourrait en faire tout autant des récits de Laberge. Là, tout est toujours beau; ici, on baigne dans une crasse sans contours. Malgré quelques très bonnes nouvelles, il vient un temps où l’on n’y croit plus, surtout que le livre compte 415 pages!

Les meilleurs récits :
« L’art de se la couler douce »
« Il maria sa fille »
« La rencontre »
« La rouille »

28 août 2010

La Scouine et le terroir



Totalement anti-terroir Albert Laberge? Pas si sûr. Il y a quand même dans La Scouine quelques personnes qui s’en sortent. Ça semble entre autres le cas de la famille Leconte qui n’hésite pas à fournir du pain aux Deschamps : « La Scouine partait alors et s’en allait demander aux Lecomte de lui échanger l’une de ses galettes sures et amères, lourdes comme du sable, contre l’une de leurs miches blondes et légères. Bonnes gens, les Lecomte rendaient ce service et jetaient ensuite à leurs poules la nourriture immangeable. »

On sait comment est importante la fin d’un roman pour déterminer le sens d’une œuvre. Et dans La Scouine, la volte-face de Charlot à la toute fin semble contredire la thèse développée par Laberge tout au long de son roman. Charlot, qui s’ennuie au village, se met à rêver aux plaisirs de son ancienne vie. Sans trop y penser, ses pas le dirigent vers la terre paternelle. Le nouveau propriétaire est en train de réparer le toit de la grange et Charlot décide de l’aider. Juché sur le toit, il jette un regard presque attendri sur la campagne environnante : « De leur poste élevé, Bougie et Charlot dominent la campagne. Ils voient les fermiers au travail. Les uns charroient du fumier, d’autres labourent, celui-ci répare une clôture, celui-là plante des pommiers. En voici un qui se bâtit une remise, et un autre qui répare un pont sur un fossé. Partout, c’est le travail, l’activité, la vie. » Plus encore comme repas, « la fermière, vive, plaisante, aimable, a fait une omelette au lard et elle apporte sur la table un gros pain blond, chaud et odorant, qu’elle vient de sortir du four. » Et encore au repas du soir : « De nouveau, l’on se met à table. La femme sort le pain blanc, léger et savoureux qu’elle a cuit le matin. Charlot le mastique gravement, lourdement. » On est loin du pain « sur et amer marqué d’une croix » que consommaient les Deschamps.

Comment interpréter cette fin idyllique? Est-ce à dire que les nouveaux propriétaires ont réussi, là où les Deschamps avaient échoué? Peut-on penser que Laberge a voulu alléger le portrait qu’il vient de faire du monde rural? Je ne le crois pas. Je pense que le regard de Laberge, comme le démontrent ses innombrables nouvelles, se porte au-delà du monde rural et que c’est réduire son œuvre et son auteur que d’en faire le chevalier noir de l’anti-terroir. Laberge est d’abord et avant tout un pessimiste : il est anti-terroir, anti-ville, anti-modernité. Il ne croit pas au bonheur, à l’amour, à la compassion, à la bonté… Charlot était malheureux sur la terre paternelle et il l’est encore dans sa nouvelle vie; le rang ou le village n’y changent rien.


26 août 2010

La Scouine

Albert Laberge, La Scouine, Montréal, Édition privée, Imprimerie Modèle, 1918, 134 p. - 60 exemplaires signés.) (Deux portraits de l'auteur)

Laberge mit 20 ans à écrire La Scouine. Dès 1903, il en publie des fragments dans des revues. En 1909, la parution de l'épisode « Les foins », dans la revue La Semaine, lui attire les foudres de Mgr Bruchesi. (Lire tous les détails dans le Dictionnaire de la censure au Québec). En 1918, son roman terminé, il en édite 60 exemplaires à compte d’auteur qu’il distribue à ses amis. Le roman ne sera pas retenu par l’histoire (Camille Roy ne le cite même pas!). En 1962, Gérard Bessette publie sept chapitres de La Scouine et quelques nouvelles dans son Anthologie d’Albert Laberge. Ce n’est qu’en 1973 que le roman parait in extenso aux éditions de L’Actuelle.

Le récit est dédié à son « cher frère Alfred qui, près des grands peupliers verts, pointus comme des clochers d’église, laboure et ensemence de ses mains le champ paternel ».

Il est difficile de résumer ce roman qui n’a pas d’intrigue. La Scouine est composé d’une série de tableaux assemblés de façon chronologique. Le tout forme la chronique de la famille Deschamps sur une cinquantaine années. La Scouine en est le personnage principal, même si elle est absente de certains tableaux. D'ailleurs, quelques chapitres semblent rattachés arbitrairement à l’ensemble. C’est le cas du chapitre des élections, de celui qui met en scène le Taon, ou encore de ceux où Tofile maltraite ses deux frères idiots.

La Scouine débute à l’automne 1853. Urgèle et Maço Deschamps ont déjà trois garçons (Raclor, Tifa et Charlot) quand leur viennent des jumelles, Caroline et Paulima. C’est à l’école que Paulima acquiert son sobriquet : « Paulima pissait au lit. […] À l’école, à cause de l’odeur qu’elle répandait, ses camarades avaient donné à Paulima le surnom de Scouine, mot sans signification aucune, interjection vague qui nous ramène aux origines premières du langage. » Les bessonnes marchent au catéchisme, font leur première communion à 12 ans et sont confirmées le printemps suivant. Les choses se gâtent rapidement à l’école : la Scouine n’étudie pas ses leçons et elle est même à l’origine du renvoi d’une gentille institutrice. « À seize ans, la Scouine était une grande fille, ou plutôt un grand garçon. Elle avait en effet la carrure, la taille, la figure, l’expression, les gestes, les manières et la voix d’un homme. »

Les Éditions de l’Actuelle, 1972
À 20 ans, Caroline se marie. Aucun prétendant ne se présente pour la Scouine. Charlot et elle vont toujours demeurer avec les parents. En vieillissant, la Scouine devient malicieuse, cruelle : elle noie un jeune chien dans un puits et vole un pauvre quêteux. Le temps passe. Les parents décident de construire une maison à Charlot, le fils célibataire. Celui-ci, en allant « poser le bouquet sur le faîte de la bâtisse », tombe et reste infirme. On l’appellera dorénavant le « Cassé ». Lors des élections, Deschamps qui a osé s’attaquer aux Anglais, qui empêchaient les Canadiens français de voter, est malmené par ces derniers. C’est le temps des foins. Les Deschamps ont engagé un homme et une femme pour les aider. Charlot couche avec l’engagée. La Scouine, en vieillissant, poursuit de ses avances tout ce qui porte soutane. Elle se fait une spécialité de dénoncer au curé tous ceux qui perturbent l’ordre établi. Pour se venger d’elle qui médit sur leur compte, Raclor et Tifa détruisent le verger de la famille Deschamps. Un vieil oncle leur arrive de la Californie et se pend 13 jours plus tard. Le temps passe. Le père Urgèle, revenu à l’enfance, meurt. La mère, Charlot et la Scouine décident d’aller vivre au village. La Scouine peut ainsi suivre au pas les curés qui ont le malheur de quitter leur presbytère. La mère, elle, attend patiemment la mort.

La fin du roman peut quand même surprendre : Charlot, qui n’a connu que des déboires sur la terre, trouve sa vie au village encore plus pénible et semble s’ennuyer de son ancienne existence : « C’est qu’il en sera ainsi toujours et toujours. Il a renoncé à la terre pour aller goûter le repos, la vie facile, et il n’a trouvé que l’ennui, un ennui mortel, dévorant. Il ne vit pas ; il attend la mort. Et pendant que le fermier Bougie et sa famille dévorent les piles de pain blanc, Charlot, dans le soir qui tombe sur la campagne, dans ce soir de sa triste vie, évoque avec regret les jours où, après le dur travail, avant d’aller se coucher dans le vieux sofa jaune, il soupait de pain sûr et amer marqué d’une croix. »

La Scouine nous offre une peinture très noire du monde rural. Aucun des personnages n’est digne d’admiration. On se retrouve devant une galerie de faibles sinon de « dégénérés », ce que la Scouine représente de façon exemplaire : elle est laide, repoussante, malicieuse, ignare, obtuse, colporte des médisances et, en plus, c’est une rongeuse de balustres. Ses frères sont des ivrognes. Et les autres personnages sont à l’avenant. Les éclopés, les simples d’esprit abondent, à commencer par Charlot et la Scouine. On rencontre quelques bourgeois malhonnêtes, un curé qui prend un coup, quelques brutes et plusieurs victimes, orphelins ou idiots, des animaux maltraités. La bêtise, la souffrance et la mort sont le lot quotidien de tous ces pauvres gens.

Portrait de Laberge dans La Scouine.
Laberge ne décrit pour ainsi dire pas le travail des champs. On pourrait croire que ses fermiers s’en sortent bien, vu que le père Deschamps réussit à acheter une terre à chacun de ses fils et même à bâtir une très belle maison à son plus jeune. Pourtant, une phrase revient comme un leitmotiv, qui en dit long sur cette richesse : « il soupait de pain sûr et amer marqué d’une croix. » La religion n'est d'aucun secours et la nature ne semble guère « collaborer » avec le paysan, comme on le voit dans le roman du terroir. Pluie, maladie, insectes font en sorte de ravager les récoltes. C’est lorsque les personnages quittent le nid familial que le regard de Laberge sur le monde terrien est le plus sordide. La campagne qu’il décrit n’a vraiment rien d’une carte postale : « L’on traversait une mauvaise année. Le charbon avait effroyablement décimé les troupeaux et le blé était venu de si mauvaise qualité que, dans trente paroisses, les habitants mangeaient un pain lourd, fade, impossible à cuire, et qui filait comme une toile d’araignée lorsqu’on le rompait. Pour comble de malchance, la récolte avait été très mauvaise, et les fermiers allaient soucieux, jongleurs, la tête basse, voyant avec effroi arriver la date des paiements. »

La religion, la famille, la glorification du passé, l’apologie de la vie paysanne, la vénération des ancêtres, la transmission du bien familial : on ne trouve pas cette recette qui assura la notoriété aux romans du terroir. Par contre, Laberge offre quelques scènes intéressantes du point de vue ethnologique : les élections, le battage du grain, la foire agricole, le châtrage des bœufs, la lecture des journaux.

Voir aussi : Le Scouine et le terroir et La Scouine à l'index

Extrait
C’était la Complainte de la Faulx, une chanson qui disait le rude travail de tous les jours, les continuelles privations, les soucis pour conserver la terre ingrate, l’avenir incertain, la vieillesse lamentable, une vie de bête de somme ; puis la fin, la mort, pauvre et nu comme en naissant, et le même lot de misères laissé en héritage aux enfants sortis de son sang, qui perpétueront la race des éternels exploités de la glèbe.
La pierre crissa plus douloureusement, et ce fut dans le soir, comme le cri d’une longue agonie.
L’homme se remit à la besogne, se déhanchant davantage.
Des sauterelles aux longues pattes dansaient sur la route, comme pour se moquer des efforts du paysan.
Plus loin, une pièce de sarrasin récolté mettait sur le sol comme une grande nappe rouge, sanglante.
Les deux voitures passèrent à côté de quelques sillons de pommes de terre où des enfants grêlés par la picote recueillaient le repas du soir.
Après, s’étendait une région inculte, couverte d’herbes sauvages et de jeunes bouleaux. Par intervalles, de larges tranchées avaient été creusées jusqu’à la terre arable et la tourbe, taillée en blocs cubiques, mise en piles, pour sécher. L’un de ces blocs attaché au bout d’une longue perche dominait le paysage comme un sceptre, et servait d’enseigne.
La tourbe, combustible économique, était assez en vogue chez les pauvres gens.
Les feux que les fermiers allumaient régulièrement chaque printemps avant les semailles, et chaque automne après les travaux, avaient laissé çà et là de grandes taches grises semblables à des plaies, et la terre paraissait comme rongée par un cancer, la lèpre, ou quelque maladie honteuse et implacable.
À de certains endroits, les clôtures avaient été consumées et des pieux calcinés dressaient leur ombre noire dans la plaine, comme une longue procession de moines.

Lire le roman sur WIKI (édition originale)

21 juillet 2010

Bonne fin d'été!

En plus de Stevens, Lemay et Leclerc, d’autres auteurs ont écrit des fables. Sur la BEQ, Jean-Yves Dupuis en présente un certain nombre dans son Anthologie de la fable au Québec.

Quant à moi, je vais changer de personnage dès aujoud'hui : la fourmi va se faire cigale pour quelques semaines.

Bonne fin d’été!

20 juillet 2010

Fables (Lemay)

Pamphile Lemay, Fables, Montréal, Granger frères, 1925, 151 pages. (C’est la quatrième édition, une édition posthume remaniée par l’éditeur). (1re édition : Fables canadiennes, Québec, Typographie de C. Darveau, 1882, 351 p.)

Cette édition contient 82 fables. Il me semble que Lemay est inférieur à Stevens. La versification n’est pas régulière et plusieurs fables y auraient gagné à être plus développées. Le départ est souvent bon, mais le récit tourne court, nous laisse en appétit, un peu comme c’était le cas pour les Contes vrais. Ceci étant dit, je pense qu’on aurait avantage, du moins dans le milieu scolaire, à emprunter des fables à ces deux auteurs, ne serait-ce pour les mettre en parallèle avec celles de La Fontaine.

I. Le Laurier-rose et la Pensée – Les grands doivent respect aux petits.
II. Le Vanneur et le Blé – La souffrance est purificatrice.
III. A propos d'une Ondée – Inutile de faire tout un plat d’un simple désagrément.
IV. Le Chêne et le Noisetier – Les orgueilleux sont souvent amers.
V. Le Songe des trois Frères – Devant un obstacle, commençons par réfléchir.
VI. Le Cerf vaniteux – Il faut préférer l’utile à l’agréable.
VII. Le Cenellier – « A cultiver des cœurs méchants, la vertu perd ses soins touchants. »
VIII. La Cigale et la Fourmi – Faire le bien à celui qui vous hait, voilà le défi.
IX. Le Rat et le Pâté – Quand le bonheur nous appelle, restons prudents.
X. Le Carcajou qui veut s'illustrer – N’entreprends pas ce que tu ne peux pas réussir.
XI. La Plume et le Pin – Ceux qui croient tout régenter ne sont souvent que des pions.
XII. Le Renard et le Loup – Les plus forts finissent toujours par tirer profit d’une situation.
XIII. Le Lièvre qui cherche un refuge – Devant le danger, il vaut mieux réfléchir avant d’agir.
XIV. La Mouche et l'Araignée – Le vice nait souvent de l’indigence.
XV. Le Cerf altéré – Devant le danger, il vaut mieux réfléchir avant d’agir.
XVI. Le Glouton et l'Écureuil – « La noix est bonne, mais il faut savoir la manger. »
XVII. Le Singe sur des échasses – Bien des gens aiment se grandir.
XVIII. Le Cheval mourant – Il vaut mieux des amis généreux que nombreux.
XIX. Le Taureau et la Fourmi – « Gardez votre courage pour un digne motif. »
XX. Le Saule et le Pin - On se fortifie dans l’adversité.
XXI. L'Oiseau-mouche et le Chêne – Les petits s’attribuent des pouvoirs qu’ils n’ont pas.
XXII. Le Daim imprudent – Évitons de nous jeter dans les griffes des usuriers.
XXIII. La Couleuvre et l'Aiglon – On peut se détruire à vouloir se venger.
XXIV. Le Castor et le Loup-cervier – « La naïveté n’empêche pas la ruse. »
XXV. Le Paysan et les Moineaux – Le bien est récompensé.
XXVI. Le Loup devenu Mouton – Ventre plein perd ses dents.
XXVII. L’Aigle et le Serpent – L’ambition peut causer votre perte.
XXVIII. Le Ruisseau ambitieux – La richesse peut gâter l’honnête homme.
XXIX. Le Lièvre et le Rat – Faites le bien et on ambitionnera sur vous.
XXX. Les deux Voisines et la Mort – « On aime toujours mieux voir mourir ses voisins que soi-même. »
XXXI. Fleuve et Ruisseau – Parfois « nos souhaits sont mal fondés ».
XXXII. Lionne et Laie - La qualité vaut mieux que la quantité.
XXXIII. Un « fin » politique – S’abstenir, c’est consentir.
XXXIV. La Corneille et la Grive - Certains utilisent le talent des autres à leur profit.
XXXV. Les deux Épis - « Vertueux ou savant n’aime pas être vu. »
XXXVI. Le Loup et les deux Bassets - Il vaut mieux ne pas diviser ses forces.
XXXVII. Les deux Écoliers – À y mettre trop d’empressement, on détruit l’objet de sa convoitise.
XXXVIII. La Belette et le hibou – « Ce qui fait notre orgueil peut devenir… source de peines. »
XXXIX. Le Brochet empressé – Veiller aux intérêts des autres sans négliger les siens.
XL. Le jeune Chat et la Souris – A trop risquer, on finit par tout perdre.
XLI. La Fauvette et l'Épi – À faire la charité, on est parfois récompensé.
XLII. Les deux Sources – « Ce qu’on donne revient. C'est Dieu qui le renvoie. »
XLIII. Le Coq et le Putois – Quand les promesses sont trop belles, il vaut mieux se retirer.
XLIV. L'Oiseau et le Feuillage – « La peur du lendemain est donc une sottise. »
XLV. Le Loup et le Chien – Évitons ceux qui « vous offrent de tout et vous font un emprunt ».
XLVI. Le Renard prudent – Par prudence, il vaut mieux vérifier si les faits concordent avec les paroles.
XLVII. Le Lion et le Lézard – La vanité
XLVIII. Le nouveau Régime – Sous le couvert de la démocratie, les puissants imposent leur pouvoir.
XLIX. La Mouche et le taureau – La vanité
L. Le Cheval et le Charriot – Les gouvernants ne doivent pas céder les rênes du pouvoir à leurs commettants.
LI. La harpe et la Girouette – Les mêmes vents « irritent les méchants et font chanter les bons ».
LII. Le Froment et l'Ivraie – Prudence avant de consentir certaines amitiés.
LIII. Le Nuage et le Soleil – Notre âme a besoin de pluie et de soleil.
LIV. Les Feux Saint-Elme et le Phare – L’attrait de la nouveauté et la force de la permanence.
LV. La Luciole et la Rose – A chacun son tour de briller!
LVI. Le Chat et le jeune Oiseau – Il vaut mieux rester près du nid maternel quand on est petit.
LVII. Le Singe en voyage – « Plein d’orgueil ou de vin, tu ne peux te connaître. »
LVIII. L'Ours et le Mouton – Est pris qui croyait prendre.
LIX. La Cigale orgueilleuse – « Mieux vaut santé que bonne mine. »
LX. Le Roseau – La vantardise
LXI. Le Laboureur et l'Athée – Un croyant confond un athée.
LXII. La Colombe – Il faut mesurer son élan pour atteindre son but.
LXIII. Le Renard et l'ombre des Pigeons – Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.
LXIV. La ligue des Rats – Loin du danger, il est facile de faire le brave.
LXV. L'Abeille et l’Enfant – « Contre l’effronté qui vole défendez bien votre foyer. »
LXVI. Le Renard et le Lièvre – Un poltron qui se vante.
LXVII. La Lampe et le Réverbère – « Tout pouvoir emprunté bien aisément s’effondre. »
LXVIII. La Goutte d'eau et la Pierre - À force de persévérance, on atteint son but.
LXIX. La Mer et le Rocher – Un bon serviteur fait fi des menaces.
LXX. Le Chat qui rêve – Confondre rêve et réalité peut nous en coûter beaucoup.
LXXI. La Neige et le Marécage – On ne peut blanchir la fange.
LXXII. Le Cygne - La beauté est souvent honnie.
LXXIII. Les deux Chiens – Les hommes s’aiment aussi longtemps que leurs intérêts concordent.
LXXIV. L’Agneau et le Glouton – Le fort trouve toujours une raison pour dévorer le faible.
LXXV. Les deux Ruisseaux et le Rocher – « Celui-là devient grand qui surmonte l’épreuve. »
LXXVI. Le Renard et l'Ours – Devant plus fort que soi, il vaut mieux ruser.
LXXVII. La lutte pour la présidence – « Prenez garde à l’homme qui rampe et monte sans se faire voir. »
LXXVIII. Les chameaux – Tout le monde trouve à redire sur tout le monde.
LXXIX. Le Renard et le Loup-cervier – Méfiez-vous des flatteurs.
LXXX. Le Paysan et la Mine d'or – Vaut mieux cultiver la terre que d’y chercher de l’or.
LXXXI. L’Orme prodigue – Prenons soin de nos richesses.
LXXXII. La Sauterelle et la Chenille – Le pouvoir étant volatile, il vaut mieux s'en servir à bon escient.

Tout comme à Paul Stevens, il arrive à Lemay d’emprunter situation et personnages à La Fontaine, tout en optant pour une autre morale. Dans « La Cigale et la Fourmi », là où La Fontaine condamnait les négligents, Lemay reprend une parole évangélique : « Aimez vos ennemis, … , faites du bien à ceux qui vous haïssent… » Lire aussi la version de Jean Anouilh.
LA CIGALE ET LA FOURMI
La cigale est railleuse
Et se plaît à chanter;
La fourmi, travailleuse,
N'aime pas plaisanter
Elle est peu charitable
Et d'humeur intraitable,
Le fait ne peut être nié,
Si La Fontaine, enfin, n'a pas calomnié.

Un hiver, la fourmi que l'on dit tant avide
Avait pourtant laissé son grenier presque vide,
Et ce fut à son tour alors de mendier
Chez la cigale, sa voisine,
Où l'on faisait bonne cuisine,
Elle s'en vint psalmodier,
Avec beaucoup de modestie,
Pour s'attirer la sympathie,
L'histoire de sa pauvreté.
A l'entendre son sort n'était pas mérité.

La cigale, prenant une façon badine,
Lui dit: « Venez manger; cet hiver, moi je dîne...
Il n'en a pas ainsi toujours été.
— Comment reconnaîtrai-je enfin tant de bonté ?
Réplique la fourmi. — Comment ? Sur la prairie
Toute fleurie
Si la cigale chante encor
Pour vous prédire un ciel longtemps d'azur et d'or,
Et que, venu l'hiver, elle quête une graine
Qu'elle aura, la pauvrette, oublié d'amasser,
Ah! ne vous montrez plus vilaine
Et ne l'envoyez pas danser. »

Souvent un imbécile
Fait le mal pour le mal et s'en vante, on le sait;
Mais une autre vengeance autrement difficile,
C'est de faire du bien à celui qui nous hait.
Lire le recueil.

Pamphile Lemay sur Laurentiana
Picounoc le maudit
Le Pèlerin de Sainte-Anne
Les Vengeances
Les Gouttelettes
Fables
Contes vrais

Édition originale (voir le commentaire)