26 avril 2016

Les éditions Édouard Garand


Logo qui apparaît sur la page de titre
S’inspirant de certains éditeurs français (Flammarion, Fayard, Calmann-Levy), qui connaissent beaucoup de succès en publiant des romans de gare, Édouard Garand crée au Québec la première maison d’édition vouée presque entièrement à la littérature populaire. Ne se contentant pas de choisir des manuscrits et d’imprimer des livres, il va en assurer la diffusion, notamment au moyen d’abonnement, mais aussi en librairie, en kiosque et en  s’assurant que ses livres fassent partie des récompenses de fin d’année dans les écoles. Garand va développer trois collections littéraires : « Le roman canadien», « Le théâtre canadien » et « Le récit canadien », cette dernière étant beaucoup plus modeste. Il va publier d’autres livres, entre autres la deuxième édition d’Émile Nelligan et son œuvre, en 1925. Il va également œuvrer dans les domaines musicaux et cinématographiques. L’éditeur ferme ses portes en 1948.


La collection « Le roman canadien »
La collection « Le roman canadien » demeure la plus grande réussite de Garand. L’iris bleu de Jules Larivière sera le premier titre de la collection qui en comptera 78.  Les romans, vendus 25¢, sont imprimés sur deux colonnes, sur du papier de piètre qualité, dans des fascicules aux couvertures aguichantes, presque toutes signées Albert Fournier. À partir de 1925, on trouve à la fin des fascicules le supplément « La vie canadienne », contenant critiques littéraires, poèmes, contes, extraits de romans à venir, etc., et publicités. Garand paie ses auteurs 50$ par  manuscrit. L’éditeur-homme d’affaires va jusqu’à publier 12 nouveaux fascicules en 1926. Le tirage, plus modeste au début, va grimper jusqu’à 13000 exemplaires. L’éditeur cesse sa production en 1931 : il essaiera vainement de la relancer dans les années 40 en ajoutant quatre fascicules à la collection.

Exemple de publicité
Garand affiche ses couleurs patriotiques en utilisant comme logo une image des patriotes dont la légende « Pour la race » est empruntée à l’abbé Groulx. Pour promouvoir ses romans, il n’hésite pas à faire vibrer la corde nationaliste de ses lecteurs et lectrices : n’est-on pas dans l’obligation morale d’encourager la littérature nationale ? Autre argument commercial qui milite en faveur de ses livres : un comité de lecture, comprenant au moins un curé, s’assure du caractère moral de l’entreprise, sans compter que quelques romans sont écrits par des religieux.

Les auteurs, dont certains vont devenir les vedettes de la maison Garand (Jean Féron, Ubald Paquin, Adèle Bourgeois), publient souvent leurs premières œuvres dans cette collection. Les sujets ne sont pas aussi simplistes qu’on pourrait le penser. Il y a les traditionnels romans sentimentaux et  d’aventures mais il y a aussi des romans historiques assez exigeants tout compte fait, ne serait-ce en raison des développements historiques qui passent par la description plutôt que par le récit. On peut aussi lire un roman sur le développement économique comme Gaston Chambrun,  un roman presque scientifique comme Le grand sépulcre blanc, un roman utopique comme L’impératrice de l’Ungava, un roman policier comme Le trésor de Bigot. 

Pour en savoir plus
Stéphanie Danaux, L’iconographie d’une littérature
Jacques Michon, L’édition littéraire au Québec
Marie-Claude Gagnon, « Les éditions Édouard Garand et la culture populaire »

Voir la liste des 78 titres sur Wikisource.



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