8 avril 2016

Étincelles

Moïsette Olier (Corrine Beauchemin), Étincelles, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 1936, 221 pages. (Cinq linogravures pleine page d’Henri Beaulac) Le roman est d’abord paru sous le titre Cendres dans le journal Le Bien public. Étincelles en est une version remaniée.

On est au XIXe siècle. Jules Thibaud, 14 ans, travaille aux Forges du Saint-Maurice. Devenu le protégé  des propriétaires, les Maxwell, il grimpe rapidement les échelons si bien qu’à 20 ans il est contremaître. Jeune homme brillant, il n’en a que pour son travail au grand désarroi des filles. Un jour, il engage un veuf qui vit seul avec sa petite fille Reine-Marie. Comme un peu tout le monde, Jules Thibaud tombe sous le charme de l’enfant. Quand son père meurt, Jules décide de l’adopter. Toujours célibataire, il accueille aussi chez lui le vieux couple qui l’a hébergé depuis qu’il travaille aux Forges, les Morin. Les années passent, la jeune fille poursuit ses études chez les Ursulines. À vingt ans, elle est devenue une jolie fille que tous les garçons courtisent. Aucun ne trouve gré à ses yeux. Il faut dire que l’« oncle » Jules surveille de près sa filleule. Sans qu’ils puissent se l’avouer, ils sont amoureux, ce qui ne sera dit que dans la dernière scène du roman.

Je ne reviendrai pas sur l’aspect historique, sur le réalisme des descriptions, sur la présence de certaines légendes (dont la célèbre « Fontaine du diable », Alain Saint-Onge l’ayant déjà fait dans son blogue Le carnet du flâneur. Ce sont les aspects les plus intéressants du roman.

Ce qui nous trouble quand même un peu, bien que rien de déplacé ne survienne, c’est la relation presque amoureuse entre Reine-Marie et Jules alors qu’elle est encore enfant. Tout se passe comme s’il devinait que cette petite serait un jour sa femme. Mais encore une fois, il ne pose aucun geste répréhensible, les deux vieux veillent sur leur vertu et la morale est sauve. Il n’empêche que c’est un joli cas pour les amateurs de psychanalyse. Sur le plan symbolique pointent l’inceste et le complexe d’Œdipe... « Au fond de ses pensées, il essayait de se faire une image de cette lointaine Angèle [la mère décédée de Reine-Marie], dont la tendresse amoureuse avait su allumer dans le cœur de son homme une flamme aussi durable. Il lui prêtait la physionomie de petite Reine, ses yeux de braise, sa tête bouclée... et se troublait de trouver l’image si attirante. » Disons que cela passe mal à notre époque.

L’autre aspect qui mérite d’être souligné, c’est l’état d’infériorité des Canadiens français. Certes les Maxwell, qui vivent dans l’opulence et l’oisiveté, sont présentés comme de « bons boss », mais il n’empêche qu’autour d’eux, certains abusent de leur pouvoir. C’est ce que découvrira Reine-Marie lorsqu’elle travaillera lors d’une fête dans la Grande Maison. Et que dire de cette pratique : « Au cours de l’après-midi, le jeune Anglais, en quête de distraction, parut au haut-fourneau. Un ouvrier s’empressa d'accomplir le rite cher aux artisans français et resté en honneur aux Vieilles Forges. Il s'avança pour frotter les chaussures de l’étranger... »

Voir aussi :
Étincelles dans Le carnet du flâneur

Moisette Olier sur Laurentiana

Pour aller plus loin :





1 commentaire:

Le Flâneur a dit...

J'ai aussi été un peu dérangé par ce récit de l'attirance d'un homme pour une enfant. Je crois que l'explication se trouve dans la conception philosophique que se faisait Moïsette Olier de l'amour véritable : un amour «pur», dénué d'attirance sexuelle. À lire comme un vieux roman jeunesse, naïf mais aussi charmant sous certains aspects.