25 novembre 2010

Papineau

Louis Fréchette, Papineau, Montréal, Lemeac, 1974, 153 pages. (Collection « Théâtre canadien ») (Avant-propos de Rémi Tourangeau) (Créée le 7 juin 1880, à l’Académie de musique, Montréal) (1re édition : Montréal, Chapleau-Lavigne, 1880, 100 p.)

Acte 1
Octobre 1837, quelques jours avant l’insurrection des Patriotes. James Hastings, élevé par un oncle vivant au Québec, revient d’Europe (Angleterre-France) après cinq ans d’absence. Aussitôt il accourt chez son ancien copain de collège, George Laurier. Il est vaguement au courant des troubles qui se préparent au Bas-Canada. Il revoit la sœur de George (Rose, dite « la sainte », à cause de son implication auprès des démunis) dont il est amoureux. À quelques jours de là, à Saint-Charles, on assiste à un discours de Papineau et à l’effervescence que suscite sa personne.

Acte 2
Novembre 1837. Saint-Denis. Une réunion de patriotes a lieu chez le docteur Nelson. Papineau, Pacaud et quelques autres doivent y assister. Un traître, Camel, est chargé par un mystérieux inconnu de scier le pont sur lequel doit passer Papineau. Rose, mise au courant par Michel l’Indien, réussit à l’avertir. Papineau arrive à la réunion sain et sauf. Lors de celle-ci, tout monde en vient à l’idée qu’il faut prendre les armes. Papineau est réticent, mais finit par consentir. On apprend que deux cavaliers ont péri en traversant le pont : on pense que l'un d'eux est Hastings qui était reparti vers Montréal. Rose est dévastée.

Acte 3
23 novembre 1837, bataille de Saint-Denis. L’action débute avant la bataille. Michel l'Indien raconte que Hastings dirige un bataillon anglais. Rose et George se sentent trahis. Papineau se présente sur le front, mais on le convainc de fuir aux États-Unis. Les Patriotes, auxquels est venue se joindre Rose, attendent les Anglais. On n’assiste qu’au début de la bataille. Le soir, on fête un peu, mais on apprend que Wetherhall marche sur Saint-Charles avec 3000 soldats et on n’a plus de munition. Trois jours plus tard, en pleine forêt, on retrouve quelques fugitifs, dont Papineau, Laurier, Pacaud et Dulac. La scène finale se joue à la frontière. Papineau et quelques autres ont réussi à passer la frontière. Hastings intervient pour empêcher que Georges et Rose soient pris par les Anglais. Il ne s’était engagé dans l’armée anglaise que pour jouer ce rôle : les protéger. George consent à ce qu’il épouse sa sœur.

Vous l’aurez remarqué, au départ, l’intrigue amoureuse est semblable à celle des Anciens Canadiens. Le développement toutefois est assez différent. Hastings, qui a pour ainsi dire trahi sa nationalité par amour et amitié, accorde quand même moins d’importance au sentiment de l’honneur qu’Archibald. Et Rose, contrairement à Blanche, accepte d’épouser « l’ennemi ».

Certains critiques n’ont pas aimé l’image que la pièce projetait du grand Papineau, personnage que Fréchette vénérait pourtant. En effet, Papineau apparaît davantage comme un humaniste qu’un patriote. Il fait de beaux discours mais ne nous convainc pas de sa grandeur.

Extrait
Pacaud. - Partout. Plus de quarante Patriotes, qui n’avaient pas voulu se rendre ont péri dans la grange de M. Debartchz. Ç’a été une boucherie. Ah! Ils se sont vengés royalement, là, en vrais...
Papineau. - Arrêtez, monsieur Pacaud, je sais ce que vous allez dire. Il ne faut pas tenir le peuple anglais responsable de ces atrocités. Elles sont les conséquences malheureuses mais inévitables des guerres civiles. Les partis s’échauffent, les haines s’animent, les vengeances et les représailles sont terribles; mais elles sont le fait des individus et non pas celui des nationalités! L’avenir le prouvera. Nos intérêts nationaux sont en conflit avec les autorités anglaises; nous avons subi la loi de proconsuls avides et barbares; les circonstances nous ont placés, nous les enfants de la France, sous la domination britannique; tout cela a eu pour effet de nous armer les uns contre les autres. Mais il ne faut pas confondre le peuple anglais avec nos argousins, le bourreau Haldimand avec la grande nation dont le drapeau a promené la civilisation sur la moitié du globe. Aujourd’hui nous sommes des vaincus et des fugitifs persécutés pour avoir hardiment affirmé nos droits; mais, le jour n’est pas loin peut-être où l’Angleterre, mieux éclairée sur ce qui se passe ici, appréciera la justice de notre cause, et fera la réparation éclatante et généreuse.
Pacaud. - Vous croyez donc que tout n’est pas fini?
Papineau. - Fini? (Se levant.) Tout n’est jamais fini pour une nation d’intelligence et de coeur. Oh! non, tout n’est pas fini. Rappelez-vous ce que disait M. Nelson, il y a quelques jours: « Le sang versé pour la grande cause des droits du peuple, dans une lutte légitime, est une semence féconde qui porte toujours ses fruits. » Nous n’aurons pas conquis d’un seul coup toutes les libertés que nous avions rêvées; mais le grand cri de la protestation est jeté. L’Angleterre l’a entendu; et elle nous rendra justice. Degré par degré, sans secousse et sans conflit, ce vaste et riche territoire que nos pères ont découvert et colonisé, brisera peu à peu les liens qui le tiennent en tutelle; et, avant qu’il soit un demi-siècle peut-être, notre jeune nation s’épanouira libre et puissante au grand soleil de l’indépendance. (p. 140-141)

Louis Fréchette sur Laurentiana
Mémoires intimes

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