17 avril 2007

Le Paria

Ubald Paquin, Le Paria, Albert Levesque, Montréal, 1933, 204 pages.

Jacques Bernier est un paria de la société. Qu’a-t-il fait pour démériter ainsi? Rien. En fait son père, réduit à la mendicité et incapable de payer des soins à sa femme malade, a tenté un hold-up qui s’est terminé par le meurtre d’un policier. Il a été pendu. Sa mère est morte quelques années plus tard. Jacques s'est donc retrouvé à Valdaur (sic) (Le vrai « Val d’or » a été fondé en 1935.) dans un pays de colonisation chez des parents lointains. Philibert Jodoin et sa femme, n’ayant pas d’enfant, ont en effet calculé qu’une paire de bras supplémentaire serait très utile dans un pays de colonisation. Élevé à la dure, sans aucune tendresse, obligé de gagner chèrement sa croûte, l’enfant fait tout sans rechigner. Le curé doit même obliger ses parents adoptifs à l’envoyer à l’école. Il se révèle brillant. Il vieillit et un jour, sa tante lui jette en pleine figure qu’il est le fils d’un criminel, ce qu’il ignorait. Plus encore, comme elle sait que Jacques veut les quitter, frustrée, par vengeance, elle répand la nouvelle dans le village. Tout le monde le fuit dorénavant. Il décide de partir et mène une vie de travailleur nomade pendant quelques années.

Il finit par revenir dans la région, à Durant, un village à 15 milles de Valdaur. Il travaille comme bûcheron et loge chez les Lambert. Il s’amourache de leur fille, Mariette. À l’automne, il part avec le frère de celle-ci, Joseph, pour la trappe. Joseph contracte une pneumonie : marchant jour et nuit, Jacques le ramène à Durant, pour satisfaire son vœu de mourir auprès des siens. Tout le monde loue son courage. Entre-temps, ses parents adoptifs, toujours aussi frustrés, entendent parler de l’événement. La femme Jodoin, toujours désireuse de se venger de ce fils ingrat, commence à raconter qu’il est le fils d’un criminel, laisse planer l’hypothèse que Jacques aurait bien pu empoisonner Joseph pour lui voler ses fourrures. Le cancan fait son chemin, tout le monde finit par y croire, y compris sa Mariette. Au retour, Jacques constate qu’il est à nouveau le paria de la société. Un médecin l’innocente, toutefois.

Dégoûté, Jacques part, décidé à fuir Mariette et les hommes. Il devient chercheur d’or, trouve un filon et vend le tout à des hommes d’affaires. Riche, il se rend à Montréal, découvre la grande vie, mais aussi la corruption des financiers et la déliquescence urbaine. Écoeuré encore plus, il finit par se dire qu’il doit retourner à Valdaur, car il veut mettre sa fortune entre les mains de la seule personne qui l’ait aidé dans sa vie, à savoir le curé qui lui a permis de fréquenter l’école. Celui-ci lui fait comprendre qu’il doit cesser de haïr tout le monde, que son ancienne fiancée l’attend toujours, qu’il doit pardonner et cesser de fuir. Ce qu’il fait. Il s’achète un domaine de chasse dans la grande forêt nordique. Voici les dernières lignes du roman :

« Le lendemain Jacques repartait pour le bois, et cette fois pour de bon. Il s’était porté acquéreur d’un beau territoire de chasse, parsemé de lacs, boisé d’arbres aux essences les plus diverses, accidenté, giboyeux, un paradis terrestre en miniature.
Et, l’année d’après, par un matin tout glorieux de printemps,, un matin surabondant de vie, où la sève faisait craquer les arbres gonflés, une femme pénétra dans le domaine.
Elle y devait régner, comme elle régnait, souveraine et maîtresse sur le cœur de l’homme, qui les possédait toute, la nature et elle. »

Paquin s’était fait la main en écrivant des romans populaires chez Edouard Garand et ça paraît. Les personnages sont esquissés, l’intrigue est rondement menée, les événements déboulent. Dans la tradition du roman populaire, Le Paria met en scène des personnages méchants qui s’acharnent sur une pauvre victime innocente, encore une fois un orphelin. Paquin présente une vision négative du Québec. Seule la grande nature trouve grâce à ses yeux. Le milieu agricole, ici un milieu de colonisation, est triste, âpre, sans attrait. Les paysans sont égoïstes, bassement matérialistes, peu portés sur l’entraide et la religion. Coloniser, ce n’est pas faire du pays, mais ouvrir péniblement des terres pour gagner sa vie, s’enrichir. Quant au milieu urbain, on y retrouve l’image classique : la ville est l’antre du vice, de la boisson, de la dépravation sexuelle et des profiteurs de tout acabit. L’argent corrompt tout. Le roman est intéressant en ce qu’il montre un milieu moins décrit dans notre littérature, celui de l’exploitation minière. Il est très facile à lire. ***

1 commentaire:

Pierrette a dit...

Bonjour,
Je viens tout juste de terminer la lecture de ce roman que je me suis procuré dans une vente de livres usagés des bibliothèques de Mtl.

Il est vrai que ce roman s'inscrit dans ceux de son époque où la nature était préférée à la grande ville, mais ce n'est pas tant l'histoire que le style qui m'a fait tourner les pages. J'ai aimé la facilité de l'auteur à dire beaucoup en peu de mots (les premières pages sont vraiment percutantes justement par cette économie de mots).
Je suis moi-même écrivaine en herbe et je lis pour apprendre. Ce monsieur Paquin aura été un très bon professeur...

J'ai cherché sur Internet pour en apprendre plus au sujet de cet auteur et je suis tombé sur votre site très intéressant. J'y reviendrai assurément