11 janvier 2007

L'Orgueil vaincu

Françoise Morin, L’Orgueil vaincu, Montréal, Beauchemin, 1930, 122 p. Illustrations de l’auteur.

Suzanne Armiel vient de terminer des études qui lui ont paru longues et inutiles, vu la richesse de sa famille. Les ambitions de la jeune fille, encouragée par sa mère, se résument à danser, à porter de jolies robes et à se trouver un mari riche. Toutes les deux méprisent les gens de rang social inférieur, dont cette Claude, une orpheline qui deviendra très riche le jour de sa majorité, ce qu'elles ignorent. Le père, qui a fait fortune en spéculant sur un gisement d’or, est tout autre et aimerait que sa fille embrasse une carrière littéraire. Après un été d’amusements, Suzanne « fait ses débuts » dans le monde au cours d'un grand bal donné en son honneur. Paul Fernières, le jeune homme le plus convoité de Montréal, lui fait la cour. C'est le bonheur pour cette orgueilleuse.

Malheureusement pour elle, son père meurt subitement et on découvre que son gisement d’or n’avait pas de valeur. Par nécessité, elle se remet aux études et devient secrétaire. Sa mère, malade, se retrouve dans un sanatorium et meurt à son tour. Elle qui avait tout n'a plus rien. Quand la guerre de 1914 se déclare, la misère ayant affermi son caractère, Suzanne décide de s'engager dans la Croix-Rouge. Le bateau qui l'amène en Europe fait naufrage, mais les passagers sont recueillis par un paquebot et ils atteignent finalement la France, puis Paris. Elle se retrouve sur la ligne de feu. Là, elle se découvre une âme d’infirmière, dévouée, courageuse, maternelle – et j’en passe! Elle côtoie les grands blessés. Un soldat français s’éprend d’elle et veut l’épouser. Malheureusement, il meurt.

1918 : la guerre est finie. Suzanne doit porter à une Montréalaise un message confié par un soldat américain. Or, cette femme, c’est Claude, la jeune orpheline qu’elle avait traitée de haut dans sa vie antérieure, et cet Américain est un cousin. Les deux sont riches et, quand ils se retrouvent, ils offrent à Suzanne de partager leur vie. Ce qu'elle accepte : « C’est entendu! Je serai la grand’maman (sic) de vos petits enfants. » Et l'auteure de conclure : «L’Orgueil était vaincu! »

Bien entendu, il serait facile d’ironiser. C’est mélodramatique, moralisateur, mal développé… Toutefois, il faut dire que cette histoire a été écrite par une jeune fille de 13 ans! Et plutôt de se moquer de cette adolescente talentueuse, il serait plus à propos de le faire du préfacier, l'abbé F. Charbonnier, docteur ès lettres de l’Université de France, celui-là même qui avait préfacé les Poésies complètes d’Albert Lozeau en 1925. Après avoir déploré la mauvaise éducation réservée aux jeunes, aussi bien dans les classes populaires que chez les plus fortunées, le bon abbé présente la jeune Françoise, une fille d’exception qui a bénéficié d’une « culture du corps et de l’âme, dans une parfaite harmonie ». Elle a lu, oui certes, mais elle pratique aussi des sports et a même voyagé jusqu’en Europe. À 12 ans, elle a publié des Contes pour la Jeunesse. Vous l’avez tous deviné, il y avait une famille férue d’art, mais aussi quelques bonnes « religieuses distinguées » à l'origine de ce talent. Et rassurons-nous, « rien ne fait pressentir chez elle une cérébrale, une Philaminte ou une Belisle ». Heureusement que « la pieuse Françoise sait remercier Dieu des dons abondants dont elle est dépositaire ». Voilà qui nous convainc! Et l’abbé, conquis, conclut : « C’est une charmante petite fleur, éclose dans les jardins du grand Canada. » Qu’est devenue cette « charmante » Françoise Morin? A-t-elle écrit d’autres livres? Vit-elle encore? **

2 commentaires:

Carole a dit...

C'est quand même bien pour une jeune fille de 12 ans.

Jean-Louis Lessard a dit...

Oui. C'est très bien écrit et l'abbé qui a écrit la préface certifie que ce texte est bien d'elle. C'est conventionnel, mais cela reflète sans doute l'éducation que recevait une jeune fille de "bonne famille" dans les années 1920.