16 janvier 2007

L'Âme solitaire

Albert Lozeau, Poésies complètes. L’Âme solitaire, Montréal, Beauchemin, 1925, 252 p. (Préface de F. Charbonnier)

J’ai deux éditions de L’Âme solitaire, la première (1907) et la dernière (1925). On le sait, juste avant sa mort, Lozeau a épuré son œuvre. Je me suis donc servi de la version définitive, en fait du tome 1 des Poésies complètes, pour rédiger ce résumé. On connaît la situation difficile dans laquelle l’œuvre a été ébauchée : « Alors que j’étais étendu sur le dos depuis neuf ans, entre les murs d’une chambre dont la fenêtre donnait sur des pans de briques sales… » Il est presque impossible d’en faire abstraction, surtout lorsqu’il évoque une relation amoureuse ou lorsqu’il peint la nature. Par ailleurs, contrairement à Nelligan et Garneau, il semblerait que Lozeau s’en tirait très bien au quotidien. Je ne connaissais L’Âme solitaire qu’à travers des anthologies. Je ne suis pas sûr que le recueil mérite une lecture in extenso : comme son auteur lui-même le concède, il y a encore beaucoup de gaucheries, de mièvreries. Le recueil comprend quatre parties, elles-mêmes divisées en deux chapitres ou suites.

Moi, je ne suis qu'un tout petit oiseau des bois,
Et j'ai Musset pour maître et pour Muse la femme.

LES HEURES D'AMOUR

I. - LE DÉSIR - Tous les poèmes parlent d’une femme aimée, désirée, rêvée, idéalisée. Mon cœur est maintenant ouvert comme une porte. / Il vous attend, ma Bien-Aimée : y viendrez-vous? Il y a l’attente vivifiée par l’imagination, la possession plus spirituelle que charnelle, le bonheur de l’amour déclaré, d’un certain amour partagé. Douze mois qu’elle m’aime et moi je l’adore!

II. - LE REGRET - En fait, ce sont moins des regrets que des tourments qui assaillent le poète. D’abord, le doute s’insinue : on ne peut se fier aux mots et regards échangés. N’est-ce donc pas assez que les mots nous tourmentent? / Comment croire les cœurs si les beaux yeux mentent? Et quand la rupture survient, il se sent trahi, il en veut aux femmes, Èves tentatrices qui prennent les hommes à leurs filets. Moi, j'ai perdu la foi qui fait vos jours sereins, / Pour avoir observé de beaux yeux féminins / Avec une âme neuve et semblable à la vôtre, / Et vu tant de regards démentis l'un par l'autre.

VEILLES DU JOUR ET DE LA NUIT

I. - LA CHANSON DES HEURES - Une journée dans la vie du poète. C’est à la nuit que vont ses préférences. Temps de l’apaisement, le spectacle de la nuit, la présence de la lune lui communiquent l’allégresse et lui inspirent ses plus beaux vers.

II. - LA CHANSON DES MOIS - C'est moins le passage du temps que les transformations de la nature et les impressions qu’elles communiquent au poète qui est le fil conducteur de cette partie. La nature vient au poète plutôt que l’inverse et lui, en état d’attente attentive, décrit les sentiments qu’elle lui inspire : joie d’accueillir les nouvelles saisons ; tristesse devant la mort; nostalgie douloureuse ; instants de plénitude ; éternel retour ; vacuité des choses.

LES RYTHMES QUI CHANTENT

I. – LA CHANSON DES AUTRES - La musique, mieux que les mots, a le pouvoir de traduire les sentiments humains. La musique est en lien avec l’harmonie universelle qui règle les rythmes cosmiques. Les astres, cheminant par la plaine infinie, / Comme des pèlerins conduits par l'Harmonie / Vers un but inconnu, / Vivent, luisent et vont sans écart et sans doute, / Dune marche réglée, illuminant leur route / D'un rayonnement continu.

II. – ROMANCES SANS MUSIQUE - Le titre renvoie aux Romances sans paroles de Verlaine. Difficile de discerner l’intention du poète dans cette suite. L’édition de 1908 comptait 17 poèmes ; dans celle de 1925, il n’y en a plus que 6! Le premier poème invite le lecteur à se méfier des poètes. S’ensuivent des poèmes qui exaltent l’amour, la nature, les bienfaits de l’art.

L'AME SOLITAIRE

I. - LES LIVRES - On entre dans l’atelier du poète. Il décrit son art poétique (travail sur les mots, inspiration, influence…) et il rend hommage à certains poètes dont il trace un portrait poétique à partir d’un poème connu : Villon, Rutebeuf, Ronsard, Du Bellay, Baudelaire, Nelligan. Ainsi vont les deux premiers vers qui évoquent Le vaisseau d’or de Nelligan : Tu montais radieux dans la grande lumière, / Enivré d'idéal, éperdu de beauté.

II. - L'AME - La souffrance est au cœur de cette dernière suite, la souffrance décrite dans une perspective chrétienne. Il faut se débarrasser de la chair, la mortifier pour atteindre la lumière de l’âme. Ah! Je vous comprends bien, purs amants des cilices. Bref, la souffrance comme purification, comme rédemption. Oh! La bonne douleur qui nous fait l’âme forte

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