9 janvier 2007

Le Village

Jean-Aubert Loranger, Le Village. À la recherche du régionalisme, Montréal, Édouard Garand, 1925, 43 p.

Loranger présente onze très courts récits et une saynète qui est la reprise théâtralisée de la nouvelle intitulée L’orage.

Tout cela est assez surprenant pour le lecteur qui est entré dans Loranger par ses poèmes. Ici, aucune recherche, un petit monde bien réaliste, des histoires courtes et anodines, de celles qu’on entendait à la forge ou chez le marchand général, dans une veillée ou sur le perron d’église et qui voyageaient dans les petits villages où il ne se passait jamais rien. Chose aussi étonnante, c’est de voir que presque toutes ces histoires mettent en scène une vision très masculine, assez primitive, celle des « boulés », des « coqs » de village. Et souvent au premier degré, comme dans « Les hommes forts », premier récit du recueil. Un étranger fort en muscles vient défier le forgeron. Plutôt que d’engager la bataille, ce dernier le met au défi de plier quelques fers à chevaux, à la force de ses bras. L’étranger y parvient sans difficulté. Tout le monde est ébahi. Le forgeron, qui a prévu le coup, lui demande 50 sous pour les fers qu’il vient d’abîmer. L’étranger, curieux de voir où l’autre veut en venir, obtempère. Le forgeron met dans sa poche la pièce de 50 sous puis, faisant mine de changer d’avis, il la redonne à l’étranger, mais pliée. Devant une telle force, l’étranger s’incline. Le soir, le forgeron plie une autre pièce, avec des pinces, et la cache dans sa poche, au cas où l’étranger reviendrait.

Des coqs qui pavoisent, on en voit aussi dans une séance de pêche (La place aux brochets), dans une partie de dames (La partie de dames), dans un chassé-croisé amoureux (L’orage), dans une discussion (L’argument décisif), dans le défi lancé par le Grand-Lafleur à ses copains (Un service).

L’humour, à mon sens, sauve quelque peu la mise. La plupart de ces « coqs » y perdent leurs plumes : le pêcheur aux brochets coule avec son radeau, le Grand-Lafleur (Un service) s’enfonce sous la glace, le mari violent est battu par sa femme (La revanche), le grand chasseur meurt d’une crise cardiaque devant la bête qu’il s’apprête à tuer (Le rateau magique), le mari se fait berner par un ancien rival (L'orage) …

Une seule histoire diffère par le ton : « Le norouâ ». Un mendiant, au retour de sa tournée, s’installe avec femme et enfant dans une vieille maison. En janvier, il découvre que ses richesses ne lui permettront pas de passer l’hiver. Il lui faut partir. Sa femme étant malade, il lui promet de revenir dans une semaine. Durant son absence, une tempête terrible fait rage. Personne ne sait que cette pauvre femme est seule avec son enfant, malade et sans ressources. Au bout de quelques jours, ne voyant plus la cheminée fumer, les voisins s’inquiètent. Quand ils pénètrent dans la maison, ils découvrent une femme et un bébé morts de froid. Le quêteux va se pendre quelque temps après.

Loranger sous-titre son recueil : « À la recherche du régionalisme ». Ce n’est certes pas le meilleur livre pour découvrir le régionalisme. Il me semble que les mêmes histoires auraient pu se passer dans un petit village du sud de la France. ***

Jean Aubert Loranger sur Laurentiana

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