Hervé de Saint-Georges, Contes canadiens, Paris, Éditions Paul Dumont, 1947, 197 pages.
Le recueil compte huit nouvelles. On déduit que ces histoires se déroulent au début du vingtième siècle. Saint-Georges met en scène des drames qui perturbent des gens en apparence sans histoire. On dirait qu’une fatalité plane au-dessus de ce petit monde : presque tous les récits se terminent par un décès. Les critiques ont évoqué, avec raison, Maupassant pour décrire le réalisme de Saint-Georges. On pourraite aussi nommer Albert Laberge, en raison de sa vision pessimiste et Yves Thériault, pour certains personnages qui ne font qu’un avec la nature. Le recueil est très bien écrit. Les personnages sont particulièrement bien caractérisés. On peut comprendre que ce livre ait été réimprimé en 2008.
Le dernier train
Alcide est chef de gare dans un hameau perdu. Delvina, une ancienne maîtresse d’école qui s’est acheté un petit commerce quand elle a hérité d’un oncle, est amoureuse de lui depuis toujours. Il la fréquente mais refuse de l’épouser. Quand il apprend que sa petite gare sera fermée, il est coincé. De quoi vivre? Delvina lui propose une fois de plus le mariage. Alcide va choisir une sortie beaucoup plus dramatique.
Le réveillon des démons
Thomas Lapierre, dit Frisé, est un draveur sur la Gatineau, mais aussi un mécréant qui ne croit ni à Dieu ni à diable. Pendant que ses amis se rendent à la messe de minuit au village voisin, il préfère rester au camp, s’empiffrer et se saouler. À minuit, une troupe de démons débarquent et le forcent à avaler la pire nourriture qui soit. D’un signe de croix, il réussit à s’en débarrasser et, tôt le lendemain, il court se confesser et communier.
Quand la flamme s'éteint
Ludovic et Maria, un couple de fermiers, vivent avec le père âgé qui leur a transmis sa terre. Celui-ci est malade et on s’attend à ce qu’il décède, ce que le couple souhaite. Il se rétablit mais ne peut plus accomplir les petits travaux qui l’occupaient. Le couple envisage de le placer à l’hospice, mais le testament prévoit un héritage de 800 $, à condition qu’il meure à la maison. Ayant entendu leur discussion, le père décide de partir chez sa sœur, mais il décède en chemin, privant ainsi le couple de l’héritage prévu.
Le rêve de Lee-Wing
Lee-Wing, un serveur, s’est amouraché d’une belle sténo qui vient au restaurant tous les jours. Elle s’en rend compte et ça l’amuse. Elle fait marcher le « sale petit Chinois » avant de l’abandonner quand elle voit qu’elle est allée trop loin. Il en meurt.
Le crime d'un honnête homme
Rémi, un petit aubergiste, aime la pêche. Un jour, il sort de l’eau un cadavre dont le portefeuille intact contient $2000. Impossible de savoir qui est cet homme, il le remet à l’eau et part avec l’argent. Il a tôt fait de se culpabiliser et, au bout de quelques mois, il retourne le chercher pour le mener au cimetière. Mal lui en prend puisqu’il se noie en essayant de le remonter dans son bateau.
Hilaire-aux-Anguilles
Hilaire, 80 ans, vit avec sa vieille. Ses enfants ont déserté. Pour survivre, il chasse et il pêche. Un jour, il apprend que les vieux recevront bientôt une pension. Il n’y croit pas jusqu’à ce que le curé confirme la nouvelle. Sa vieille est très malade et meurt avant l’arrivée du premier chèque. Un ami lui apporte enfin la fameuse enveloppe contenant le chèque ainsi que les arréages, presque 200$. Ému, il meurt en examinant son chèque.
Les écumeurs de grèves
Edgar Forban et son fils, mal vus par le village, sont accusés de pillage. Romain Forban aime Gisèle, la fille de leur rival. Lors d’une tempête, le père de Gisèle est en danger. Malgré les réticences, les Forban le sauvent et retrouvent ainsi l’estime des habitants.
Le montreur d'ours
Tonio et son ours arrivent au village et présentent un spectacle interrompu par l’intervention du maire. Tonio est ensuite chassé et passe la nuit dans un fossé avec son ours. Le lendemain, le fils du maire se blesse gravement en coupant du bois, et personne ne parvient à arrêter l’hémorragie. Tonio, qui a le don d’arrêter le sang, aurait pu intervenir, mais il demeure introuvable. Peu après, un chasseur abat l’ours qui était resté auprès du corps de son maître, décédé lui aussi.

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