23 janvier 2026

Le temps des villages

Adrienne Choquette, Le temps des villages, Notre-Dame-des-Laurentides, Les presses laurentiennes, 1975, 215 pages (couverture de Michel Champagne, préface de Suzanne Paradis)

Le recueil est publié deux ans après le décès de l’autrice. Pour rappel, Adrienne Choquette a donné son nom au prix qui récompense le meilleur recueil de nouvelles de l’année.

L’action se déroule dans un petit village au sud de Shawinigan (Almaville), aujourd’hui avalé par la ville. L’autrice y a vécu jusqu’à son adolescence.

La rivière — À l’origine de la paroisse. Le bleu. Les variations de la rivière St-Maurice.

Le village — Comme la rivière, le village paraît lisse en apparence, mais il est secoué par toutes sortes de remous. Histoire d’un commissaire d’école qui ne savait pas lire.

Le temps des fraises — Pendant 15 jours, femmes et enfants récoltent des fraises des champs sous un soleil intense pour les vendre au marché.

Arthurette — Arthurette, considérée comme faible d’esprit, après la mort de son frère jumeau, travaille chez les sœurs Brisson qui la maltraitent. Un incident avec un jeune garçon choque le village, mais le vicaire parvient à apaiser la situation.

Une noyade — Un enfant se noie. On le repêche six heures plus tard. Désarroi de la mère, une veuve qui a déjà perdu ses trois autres enfants en raison de la tuberculose.

Jeux olympiques à l'horizon — Un ancien boxeur entraîne sa fille à la natation. Afin qu’elle progresse, il lui faudrait des soutiens financiers qui lui permettraient de vivre à Montréal. Pourtant, personne ne pose le moindre geste. Lorsqu’elle finit par réussir, soudainement, tout le village revendique son succès.

Les sœurs Brisson — Deux sœurs, liées par testament (si tu te maries, tu perds ta part), se détestent et se pourrissent mutuellement la vie sous le regard du village qui s’amuse du spectacle.

La fête — En mai, l’ouverture des vannes du barrage attire chaque année les curieux et les villageois.

Bonchien — Un chien, longtemps entraîné à la cruauté, est sauvé par une voisine à laquelle il voue un attachement exclusif et sans réserve.

Johnny-Catin — Pas vraiment un récit. Éloge de l’hiver. Johnny Catin est une espèce d’original qui sculpte des personnages de glace.

La robe de velours — Un forgeron a épousé une femme séduisante rencontrée à Montréal. Sans qu’il ne s’en rende compte, elle le manipule et le trompe. (Meilleur récit)

Quelques autres du village — L’histoire de la mère Diotte, abandonnée par ses enfants, et de ses voisins, les Gervais, une grosse famille rude et travaillante, mais unie.

L'hôpital — Joachin, un bûcheron qui doit monter le lendemain en forêt, est frappé par un mal mystérieux qui le cloue au lit. Dans sa vanité d’homme fort, il refuse qu’on fasse appel au médecin jusqu’à ce qu’on le force. (Meilleur récit)

Le silence au village — Un soir d’été. Réflexions de l’autrice sur son petit village, sur ses liens avec sa mère

Mon village et l'art pictural — Grâce à sa persévérance, le jeune vicaire parvint à convaincre le prêtre ainsi que les paroissiens d’autoriser un artiste reconnu à redécorer l’église.

Le drame L’autrice revient sur le drame des sœurs Brisson. Jusqu’à la fin, elle se font la guerre et empestent l’atmosphère du village. Réflexions sur les humains qui passent et les lieux qui leur survivent.

Adrienne Choquette sur Laurentiana

La Coupe vide (1948)
La nuit ne dort pas (1954)
Laure Clouet (1961)
Le Temps des villages (1975)
Confidences d’écrivains canadiens (1939)

L’autrice, à la manière de Gabrielle Roy, fait preuve d’une observation fine et d’un vrai talent pour capter une atmosphère : « Durant bien des jours c'était tout gris et tout brun au village. Plus de feuilles aux branches ni de fleurs dans les jardins durcis. Le vent. Le froid. Nos chiens n'aboyaient plus que par instinct de conservation, surpris par l'écho qui renvoyait leurs voix. Il semblait que la rivière elle-même se retirât de la vie, nous entraînant tous dans une sorte de mort lente. Quelque chose de mauvais habitait l'air, menace suspendue, indiscernable, qui nous faisait nous hâter vers nos maisons où les lumières s'allumaient tôt par défi à l'étrangeté des nuits de novembre. Certains villageois, sensibles au mystère de la saison, s'entretenaient en hésitant de sujets insolites qui avaient rapport avec les mondes invisibles. » (p. 121)

Ce recueil méritait de sortir de l’oubli. Je crois qu’il faut un certain âge pour l’apprécier. Dommage que la littérature contemporaine ait tant besoin de drames percutants, alors que nos vies tiennent à tellement peu de choses. « Longtemps après qu’il ne restera plus trace des générations de mon village et que l’on cherchera en vain nos tombes, la rivière coulera sous le pont et usera patiemment la digue de béton, comme elle le faisait déjà au temps de mon enfance. »

« Pour moi je dois à mon village — ou à mon enfance -— d'avoir appris à ne pas séparer le cœur humain d'avec lui-même, à ne pas le couper de ses parties d'ombre, sinon il n'est qu'à demi vivant. » (Avant-propos)

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