Adrienne Choquette, Le temps des villages, Notre-Dame-des-Laurentides, Les presses laurentiennes, 1975, 215 pages (couverture de Michel Champagne, préface de Suzanne Paradis)
L’action se
déroule dans un petit village au sud de Shawinigan (Almaville), aujourd’hui
avalé par la ville. L’autrice y a vécu jusqu’à son adolescence.
La rivière —
À l’origine
de la paroisse. Le bleu. Les variations de la rivière St-Maurice.
Le village —
Comme la
rivière, le village paraît lisse en apparence, mais il est secoué par toutes
sortes de remous. Histoire d’un commissaire d’école qui ne savait pas lire.
Le temps des
fraises — Pendant 15
jours, femmes et enfants récoltent des fraises des champs sous un soleil
intense pour les vendre au marché.
Arthurette —
Arthurette,
considérée comme faible d’esprit, après la mort de son frère jumeau, travaille
chez les sœurs Brisson qui la maltraitent. Un incident avec un jeune garçon
choque le village, mais le vicaire parvient à apaiser la situation.
Une noyade —
Un enfant se
noie. On le repêche six heures plus tard. Désarroi de la mère, une veuve qui a
déjà perdu ses trois autres enfants en raison de la tuberculose.
Jeux
olympiques à l'horizon — Un ancien boxeur entraîne sa fille à la natation. Afin qu’elle
progresse, il lui faudrait des soutiens financiers qui lui permettraient de vivre
à Montréal. Pourtant, personne ne pose le moindre geste. Lorsqu’elle finit par
réussir, soudainement, tout le village revendique son succès.
Les sœurs
Brisson — Deux sœurs,
liées par testament (si tu te maries, tu perds ta part), se détestent et se
pourrissent mutuellement la vie sous le regard du village qui s’amuse du
spectacle.
La fête — En mai, l’ouverture des vannes du
barrage attire chaque année les curieux et les villageois.
Bonchien — Un chien, longtemps entraîné à la
cruauté, est sauvé par une voisine à laquelle il voue un attachement exclusif
et sans réserve.
Johnny-Catin
— Pas vraiment
un récit. Éloge de l’hiver. Johnny Catin est une espèce d’original qui sculpte
des personnages de glace.
La robe de
velours — Un forgeron
a épousé une femme séduisante rencontrée à Montréal. Sans qu’il ne s’en rende
compte, elle le manipule et le trompe. (Meilleur récit)
Quelques
autres du village — L’histoire
de la mère Diotte, abandonnée par ses enfants, et de ses voisins, les Gervais,
une grosse famille rude et travaillante, mais unie.
L'hôpital — Joachin, un bûcheron qui doit monter
le lendemain en forêt, est frappé par un mal mystérieux qui le cloue au lit. Dans
sa vanité d’homme fort, il refuse qu’on fasse appel au médecin jusqu’à ce qu’on
le force. (Meilleur récit)
Le silence
au village — Un soir d’été.
Réflexions de l’autrice sur son petit village, sur ses liens avec sa mère
Mon village et l'art pictural — Grâce à sa persévérance, le
jeune vicaire parvint à convaincre le prêtre ainsi que les paroissiens
d’autoriser un artiste reconnu à redécorer l’église.
Le drame — L’autrice revient sur le drame des sœurs
Brisson. Jusqu’à la fin, elle se font la guerre et empestent l’atmosphère du village.
Réflexions sur les humains qui passent et les lieux qui leur survivent.
La Coupe
vide (1948)
La
nuit ne dort pas (1954)
Laure
Clouet (1961)
Le Temps des
villages (1975)
Confidences
d’écrivains canadiens (1939)
L’autrice,
à la manière de Gabrielle Roy, fait preuve d’une observation fine et d’un vrai
talent pour capter une atmosphère : « Durant bien des jours c'était
tout gris et tout brun au village. Plus de feuilles aux branches ni de fleurs
dans les jardins durcis. Le vent. Le froid. Nos chiens n'aboyaient plus que par
instinct de conservation, surpris par l'écho qui renvoyait leurs voix. Il
semblait que la rivière elle-même se retirât de la vie, nous entraînant tous
dans une sorte de mort lente. Quelque chose de mauvais habitait l'air, menace
suspendue, indiscernable, qui nous faisait nous hâter vers nos maisons où les
lumières s'allumaient tôt par défi à l'étrangeté des nuits de novembre.
Certains villageois, sensibles au mystère de la saison, s'entretenaient en
hésitant de sujets insolites qui avaient rapport avec les mondes invisibles. »
(p. 121)
Ce recueil méritait de sortir de l’oubli. Je crois qu’il faut
un certain âge pour l’apprécier. Dommage que la littérature contemporaine ait
tant besoin de drames percutants, alors que nos vies tiennent à tellement peu
de choses. « Longtemps après qu’il ne restera plus trace des générations
de mon village et que l’on cherchera en vain nos tombes, la rivière coulera
sous le pont et usera patiemment la digue de béton, comme elle le faisait déjà
au temps de mon enfance. »
« Pour moi je dois à mon village — ou à mon enfance -— d'avoir appris à ne
pas séparer le cœur humain d'avec lui-même, à ne pas le couper de ses parties
d'ombre, sinon il n'est qu'à demi vivant. » (Avant-propos)

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