Fernand Ouellette, Les heures, Montréal-Seyssel, L’Hexagone-Champ Vallon, 1987, 118 pages.
Dans Les
Heures, Ouellette tente de comprendre ce qu’est la mort et le processus qui
y mène. Il trace à la fois le cheminement de son père qui va mourir et celui
des accompagnateurs, ses enfants en l’occurrence.
Le recueil est divisé en cinq parties dans lesquelles on décèle surtout une progression de la pensée qui creuse la réflexion par petites touches et reprises.
On a donc deux points de vue, celui du père relayé par le poète (et le plus souvent imaginé) et celui des enfants (un nous) qui l’accompagnent, même quand le contact a cessé.
Au départ, il y a le verdict, terrible, quand on ne s’y attend pas :
Le recueil est divisé en cinq parties dans lesquelles on décèle surtout une progression de la pensée qui creuse la réflexion par petites touches et reprises.
On a donc deux points de vue, celui du père relayé par le poète (et le plus souvent imaginé) et celui des enfants (un nous) qui l’accompagnent, même quand le contact a cessé.
Au départ, il y a le verdict, terrible, quand on ne s’y attend pas :
La condamnation lui a déchiré le cerveau. / Quelles paroles en lui terrifiantes ! / Combien de mois ? / Combien de jours ? / Immédiatement, sans répit, être jeté en exil hors de sa vie. / Palper la panique
Tous les
ancrages de la vie s’effilochent :
Il devait tout désancrer, / soulever le terreau / des images / les plus subtiles / ou les plus infamantes.De longs moments, / c'était la stagnation, / le marais où les mots / en vain se remuaient.D'autres paysages se formaient / qui le rendaient / de plus en plus étranger / à ses désirs...Il lui fallait repousser le monde même / pour se rassembler quelque peu.Peu à peu s'écroulaient / les derniers remparts du corps.Il lui fallait / tout enfouir / avec les derniers / instants du corps. / Tout abandonner à la dépouille.
Le processus
d’acceptation est long, marqué de dénis, de retours en arrière :
L'agonie semblait longue / pour un corps / si totalement abandonné. / Rien n'était encore / tout à fait aboli. / Sans doute formait-il / en lui-même des figures ? / Ou même essayait-il / une autre verticalité ?
Lentement
une coupure s’opère avec l’entourage. Le silence impose le silence :
Nos regards ricochaient maintenant / sur des paupières lisses et closes. / Le silence esquivait tout.
La mort implique
une rupture avec la vie, une disparition.
Puis le dernier souffle s'était dissous dans l'invisible. / Avalanche brutale du vide. / N'irradiait plus, au pourtour du visage, que l'aura / de la claire miséricorde. / La déchirure éternelle était accomplie. / Il ne maintenait déjà plus ce qu'il avait été.
Pour marquer
l’étape qui suit la mort, Ouellette emploie plusieurs figures, celles du
voyage, de l’« errance », d’une « mutation »
Les rivages s'écartaient. / Si nul ne le rêvait comment pourrait-il s'étoiler? / L'homme a peu de racines dans le bleu qui monte. / Son errance reste secrète.
L’errance peut
aussi devenir un nouvel horizon pour qui est croyant, mais l’atteinte de ce
nouvel état ne va pas de soi. Que sait-on du voyage de celui qui est mort?
Son être déjà se rassemblait sur l'autre rive. / Ici le corps avait cessé d'attendre et d'offrir.Et si la lumière, / disions-nous, / avait fait un trajet, / une poussée sous l'apparence, / qui n'eût été noire /que pour nous ?Lentement / il glissait vers l'orbite / des lumières / indélébiles. / C'était convoquer / la radiance, / se livrer / à l'ondoiement lointain / des chants. / Il avait commencé / à pérégriner / dans la spirale / sans fin / qu'empruntent les anges.
Le plus
difficile pour les proches, c’est d’accompagner le mourant « sans lui
voler sa mort ». Le vivant ressent aussi la cassure, l’échappée irréductible
du mourant vers un autre monde. Qu’il le veuille ou non, une barrière
infranchissable s’établit entre le monde des vivants et celui des morts.
Une enceinte nouvelle, / infranchissable, / l'avait soudain retranché / à notre veille. / Il y avait tout autour / comme l'embrasement / d'un vide / qui voulait s'éterniser. / L'effleurer même était une profanation.
Et la détresse en nous / grinçait avec des appels /d'ouverture. / Tout nous disloquait.
Cette mort est aussi un miroir pour le sujet, une projection de sa propre mort.
L'esprit, en nous, / n'était plus qu'une taupière / affaissée. / L'enfance, c'était à l'infini. / L'avenir était scellé. / Entre les deux, /une conscience renversée, / comme foudroyée / par la puissance / de son propre chaos.On aurait voulu glisser / entre les mailles / d'une mort / qui nous piégeait. / L'âme encore avide, / liée au corps, / se défie de l'âme / qui convie / son espace natal.
Les
heures est un de nos grands recueils de poésie. Écrit en un mois! Une
relecture pour moi, probablement pas la dernière.
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