Fernand Ouellette, Le soleil sous la mort, Montréal, L’Hexagone, 1965, 67 pages.
Je n’avais pas mis le nez dans un recueil de Ouellette
depuis 16 ans. J’ai lu Le soleil sous la mort, puis je suis allé relire mes
textes sur ses deux recueils des années 50 : Ces
anges de sang et Séquences
de l’aile.
J’écrivais en 2010 : « La
poésie de Fernand Ouellette est peu circonstancielle, presque conceptuelle.
Plus encore que Grandbois, Ouellette se tient loin de toute représentation du
réel, de tous développements anecdotiques. »
Ce recueil, tout aussi
intellectuel, est davantage lié à son époque. La première partie « en
lumière » reprend la thématique des « poètes du pays ». « O
ma race saignant sous la déchirure, / saignant la sève comme un acide, / La
neige avait mal en nous ». On plonge dans le passé des Canadiens français,
campés dans un candide immobilisme : « Et nous avancions dans le
blanc, / et nous vivions la vie, / et nous aimions ». L’éveil passe par l’occupation
du territoire : « Aujourd’hui nous sortons nus d’un bain de mémoire /
pour habiter blancs la matrice végétale et / vaste ». Ouellette utilise le
symbole de l’ascension pour marquer leur reprise en main : « la
verticale a germé dans l’argile / … / Puis le fleuve se tint debout »;
« Et le verbe s’élève / avec des versants de verdure »; « Et se
lèvent des images grandes ouvertes / jusqu’à l’herbe et l’amour ». Et
encore : « Le soleil se hisse à l’homme ».
Paradoxalement, si le soleil
rejoint l’homme sur le territoire québécois, il s’en éloigne lorsque le regard (ou
l’intellect) observe la planète. « L’éternité se détache / de
l’homme ». Comme Paul-Marie Lapointe, dans Pour les
âmes, Ouellette exprime ses craintes
concernant l’avenir de l’humanité. Dans certains poèmes, on se retrouve au
lendemain d’une attaque atomique. Le soleil a cédé sa place aux cendres :
« Mais la mort / ensablant / le cerveau / écoute le dernier rêve du vivant. »
L’amour, toujours l’amour, apparaît comme le seul baume possible :
« Debout! Race de l’amour, / La paix est vivante! »
« L’amour solaire » est
le titre de la troisième partie. Par le biais des motifs du soleil et de la lune, du
sombre et de l’ensoleillement, du froid et de la chaleur, le poète propose l’amour
pour conjurer la mort : « Le mal de la mort peu à peu s’apaise. // Éclosion
de corps-pétale / et de pays solaires. / Invasion de l’œil sur le monde. »
« Naissance de la paix » qui vient clore le recueil est dédié à ses parents. Ouellette témoigne du pouvoir de la foi, de l’Amour : « Si proche / si lointaine paraît la planète / pendant que le Christ s’enracine. // LA PAIX OUVRE SES PAUPIERES / ET LONGTEMPS FIXE LA MORT ».
ÉTINCELLE
À
veiller la vie au jour du cœur,
jaillit l’étincelle, la fulgurante,
qui s’attaque à l’angoisse, au secret
du sang.
Sans
rupture ni déchirure
tout le blanc passe
par le
sombre des membres.
Et
libres sont les blessures.
Le
mal de la mort peu à peu s’apaise.
Éclosion
de corps-pétales
et de pays solaires.
Invasion
de l’oeil sur le monde.
Qu’ils
respirent
les vieux
ensevelis
qui reviennent parmi les naissants.
Et
la terre,
comme elle se donne à l’espace!

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