12 février 2026

Le soleil sous la mort

Fernand Ouellette, Le soleil sous la mort, Montréal, L’Hexagone, 1965, 67 pages.

Je n’avais pas mis le nez dans un recueil de Ouellette depuis 16 ans. J’ai lu Le soleil sous la mort, puis je suis allé relire mes textes sur ses deux recueils des années 50 : Ces anges de sang et  Séquences de l’aile.

J’écrivais en 2010 : « La poésie de Fernand Ouellette est peu circonstancielle, presque conceptuelle. Plus encore que Grandbois, Ouellette se tient loin de toute représentation du réel, de tous développements anecdotiques. »

Ce recueil, tout aussi intellectuel, est davantage lié à son époque. La première partie « en lumière » reprend la thématique des « poètes du pays ». « O ma race saignant sous la déchirure, / saignant la sève comme un acide, / La neige avait mal en nous ». On plonge dans le passé des Canadiens français, campés dans un candide immobilisme : « Et nous avancions dans le blanc, / et nous vivions la vie, / et nous aimions ». L’éveil passe par l’occupation du territoire : « Aujourd’hui nous sortons nus d’un bain de mémoire / pour habiter blancs la matrice végétale et / vaste ». Ouellette utilise le symbole de l’ascension pour marquer leur reprise en main : « la verticale a germé dans l’argile / … / Puis le fleuve se tint debout »; « Et le verbe s’élève / avec des versants de verdure »; « Et se lèvent des images grandes ouvertes / jusqu’à l’herbe et l’amour ». Et encore : « Le soleil se hisse à l’homme ».

Paradoxalement, si le soleil rejoint l’homme sur le territoire québécois, il s’en éloigne lorsque le regard (ou l’intellect) observe la planète. « L’éternité se détache / de l’homme ». Comme Paul-Marie Lapointe, dans Pour les âmes, Ouellette exprime ses craintes concernant l’avenir de l’humanité. Dans certains poèmes, on se retrouve au lendemain d’une attaque atomique. Le soleil a cédé sa place aux cendres : « Mais la mort / ensablant / le cerveau / écoute le dernier rêve du vivant. » L’amour, toujours l’amour, apparaît comme le seul baume possible : « Debout! Race de l’amour, / La paix est vivante! »

« L’amour solaire » est le titre de la troisième partie. Par le biais des motifs du soleil et de la lune, du sombre et de l’ensoleillement, du froid et de la chaleur, le poète propose l’amour pour conjurer la mort : « Le mal de la mort peu à peu s’apaise. // Éclosion de corps-pétale / et de pays solaires. / Invasion de l’œil sur le monde. »

« Naissance de la paix » qui vient clore le recueil est dédié à ses parents. Ouellette témoigne du pouvoir de la foi, de l’Amour : « Si proche / si lointaine paraît la planète / pendant que le Christ s’enracine. // LA PAIX OUVRE SES PAUPIERES / ET LONGTEMPS FIXE LA MORT ». 

ÉTINCELLE

À veiller la vie au jour du cœur,
jaillit l’étincelle, la fulgurante,
qui s’attaque à l’angoisse, au secret
     du sang.

Sans rupture ni déchirure
tout le blanc passe
                             par le sombre des membres.

Et libres sont les blessures.

Le mal de la mort peu à peu s’apaise.

Éclosion de corps-pétales
et de pays solaires.

Invasion de l’oeil sur le monde.

Qu’ils respirent
                       les vieux ensevelis
qui reviennent parmi les naissants.

Et la terre,
comme elle se donne à l’espace!

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