28 mars 2016

Wikisource

Vous avez un peu de temps libre et vous considérez qu'il est important de préserver et de diffuser le patrimoine littéraire du Québec? Plusieurs livres ont déjà été numérisés au Québec comme ailleurs dans le monde. Mais souvent ce sont des fac-similés (numérisation image). On peut toujours lire ces livres sur des tablettes, mais ces fichiers sont lourds et peu conviviaux. Wikisource s'est donné comme mission de transformer ces fac-similés en texte. Or dans le passage du fac-similé au texte se glissent beaucoup de coquilles et de mots mal lus par les logiciels. Ici interviennent les collaborateurs bénévoles de Wikisource. Ils s'assurent que le texte correspond à l'image. 



Qu'est-ce que wikisource?

« Wikisource est un wiki, c’est-à-dire un site Web dynamique permettant à tout individu d’en modifier les pages, dont le but est de réaliser une bibliothèque numérique multilingue. Ce travail est fait par des contributeurs bénévoles. » 

Pour en savoir plus : Introduction à Wikisource

Le Québec a développé son propre volet : Le Projet Québec/Canada. On peut s'inscrire, se choisir un alias et commencer à corriger. Beaucoup de livres, dans tous les genres, attendent les « correcteurs». D'autres collaborateurs passeront derrière vous, ne serait-ce parce qu'il y a une certaine mise en forme des fichiers à réaliser, dont vous n'aurez pas à vous préoccuper dans un premier temps. Vous n'êtes pas obligé de vous engager pour tout un livre. Vous pouvez ne faire que quelques pages et ce sera déjà cela.

Voici les derniers livres mis en ligne par les bénévoles de Wikisource à l'intérieur de ce projet.


25 mars 2016

La Conscience de Pierre Laubier

Oscar Massé, La Conscience de Pierre Laubier, Montréal, Éditions Beauchemin, 1943, 160 pages.

Le roman est publié en pleine guerre, d’où son intérêt. En 1943, la France est occupée depuis 1940 et la conscription a été votée.

Massé, contrairement à Pierre Tisseyre (55 heures de guerre), Jean Vaillancourt (Les Canadiens errants), Jean-Jules Richard (Neuf jours de haine), ne décrit pas vraiment la guerre. On quitte le Québec seulement via les lettres que les soldats expédient à leur famille et les émissions de radio.

Le roman débute en septembre 1939 et on suppose qu’il se termine en 1941. Georges Debray et Henri Laubier, deux amis, se sont enrôlés. Le père de Georges avait participé à la guerre de 1914-1918 en tant que médecin, alors que celui d’Henri s’était éclipsé dans la nature, évitant l’enrôlement. Les deux hommes n’encouragent pas leurs fils à se lancer dans l’aventure, mais honneur oblige, les deux se sentent pour ainsi dire obligés de s’enrôler. Il faut dire que la désertion du père d’Henri, en 1918, a en quelque sorte terni son image publique et gâché sa vie. Son fils veut donc sauver l’honneur de son père et de sa famille. Malgré quelques prouesses en tant qu’aviateur, il y laissera sa vie. Son père et sa fiancée ne s’en remettront jamais : le père mourra noyé dans ce qui ressemble à un suicide alors que la fiancée entrera chez les Carmélites. « Louise Debray n’est plus. Seule, dans l’austère, mais sereine, mais reposante solitude du Carmel, Sœur Saint-Henri attend que la mort libératrice vienne rompre ses derniers liens terrestres pour la conjoindre à celui qu’elle aime toujours, mais de cette passion surnaturelle qui unit les cœurs et affrère [sic] les âmes en Celui dont l’amour infini a rédimé l’humanité du servage de la chair. »

Cette citation donne une idée assez juste du ton et du vocabulaire employés dans La Conscience de Pierre Laubier. Le roman est plein de clichés, d’interventions du narrateur et de discussions  dignes du Cid de Corneille sur l’honneur familiale. Je ne m’y attarderai pas.

La position du narrateur étant mal assise, il est difficile de savoir jusqu’à quel point l’auteur endosse tout ce qui va suivre. Relevons plutôt quelques idées de l’auteur en gardant en mémoire que le roman est écrit alors que l’issue de la guerre n’est pas encore jouée. Sans être spécialiste dans le domaine, il me semble que Massé devient porte-parole des politiciens qui ont imposé la conscription. Son roman nous sert plusieurs morceaux de propagande typique des temps de guerre. On ressort Dollard (« un preux, un chevalier, un croisé »), la glorieuse ascendance française, la fierté nationale, le culte de l’héroïsme, la guerre comme aventure exaltante pour la jeunesse…

Commençons par un passage sur les « vertus » de la guerre : « Un peuple n’est vivant que dans la mesure où son histoire s’enrichit chaque année. Ceux qui se figent, les yeux dans le dos, et qui croient que leur sang ne peut plus produire de héros, courent grand’chance de s’affaisser dans le coma, car la vertu militaire, comme les autres vertus, comme les autres manifestations de la générosité de l’âme et de la force du caractère, ne peut tomber sans que ce soit un signe certain que le peuple qui l’a laissé choir s’est abandonné lui-même. »

Du fait que l’Angleterre vole au service de la France occupée, l’auteur tire une conclusion sur notre double identité : « Britanniques, et c'est là notre chance, nous n'en restons pas moins étroitement attachés à la patrie de nos esprits et de nos âmes. Nous sommes des Français du Canada, et rien de ce qui touche la France ne peut nous laisser indifférents. » 

Il hésite à condamner le régime de Vichy : « Chez nous, on crie bravo au général de Gaulle qui, sans ignorer que la France est insuffisamment préparée, sait d’autre part que l’armée de Syrie et celle d’Algérie sont intactes ainsi que la marine, s’insurge contre la capitulation et déclare que la France doit rester fidèle à ses engagements envers son alliée l’Angleterre dont, dans certains milieux, on a mésestimé l’énergie et la force de résistance. / Chez nous, on fait également confiance au maréchal Pétain dont chacun reconnaît l’imposant prestige et dont personne ne peut, d’autre part, suspecter le patriotisme éprouvé. »

Massé se permet ce drôle d’amalgame : « Tous ces ismes dont on nous rabat les oreilles : fascisme, communisme, capitalisme, nazisme, sont des trompe-l’œil, d’anciens concepts affublés de noms nouveaux. Les peuples ont toujours gravité dans le même orbe, et les générations qui se succèdent ne font que réapprendre les anciennes routines. / Dans le domaine politique surtout, l’humanité n’innove plus guère que dans les modalités et les désinences. Ce sont sensiblement les mêmes systèmes, îles mêmes régimes qu’on nous ressert, dans le cours des années, sous des étiquettes différentes. »

Les opposants à la conscription sont présentés comme des couards : « … ceux-là même qui tâchaient, par une propagande insidieuse, à faire échec à l’enrôlement, qui érigeaient leur couardise en doctrine politique, qui donnaient leur anglophobie pour du patriotisme, quitte, la Saint-Jean-Baptiste venue, à s’emplir la louche de tirades sonores sur «notre glorieux 22e », «nos vaillants gars de Vimy », etc. »

Et pour terminer, cette petite leçon sur l’amour au féminin : « Au surplus, quand l’aimé est malheureux, fût-il coupable, l’amour de la femme souvent s’accroît en s’apitoyant, et c’est par là qu’il atteint au sublime. L’amour d’une femme pour un homme heureux, s’il n’est pas de l’égoïsme, n’a pas la même auréole. »

22 mars 2016

Anatole Parenteau et Jacques Ferron

La Voix des sillons, comme Ferron l’a bien vu, propose une réflexion sur le sentiment d’appartenance ou sur la notion de patrie. Rien de nouveau, allez-vous penser. Je n’en suis pas si sûr. Pas de drapeau, ni l’apologie d’un héros de notre histoire, ni idéologie de conservation... La notion de « patrie » apparaît davantage comme un lien sentimental, un sentiment forgé dans l’enfance, plutôt qu’un rempart pour protéger la nationalité canadienne-française.  Ce qui n’empêche pas Parenteau, comme plusieurs écrivains de l’époque, de décrire la ville comme l’antre du mal et et de glorifier l’« heure des vaches », les traditions de Noël… (voir l'extrait)

Parenteau emprunte aux Romantiques une certaine conception de l’écriture : un lyrisme à fleur de peau, un paroxysme des passions jamais loin du mélodrame, un goût pour les métaphores flamboyantes. Celles-ci (dans une moindre mesure, les périphrases) envahissent le récit. Par exemple, impossible pour lui de dire simplement qu’une semaine est passée. « Sept crépuscules avaient cherché refuge derrière les montagnes, et mon cœur plus que mes yeux sentaient le besoin de la revoir. » On pourrait multiplier les exemples. Dommage qu’Édouard Garand n’ait pas fait son travail d’éditeur : il aurait pu aider son jeune auteur à clarifier davantage l'enchaînement des événements et surtout à contenir sa propension  à métaphoriser les moindres détails.


Anatole Parenteau et Jacques Ferron : mise au point
Si le livre de Parenteau n’est pas complètement disparu dans les limbes littéraires, on le doit à Jacques Ferron qui, à deux reprises, cite La voix des sillons. Voyons ce qu’il en est de cette citation tirée de L’Amélanchier :

« Bien avant moi, Anatole Parenteau, cet écrivain-menuisier qui n'a fait qu'un livre, un livre naïf et baroque que mon père aimait bien, La Voix des sillons, un livre surtout touchant par le désarroi qu'il traduit, le terminait par ces mots : «La patrie c'est tout, la patrie c'est rien.» (Montréal, Éditions du jour, coll. Les Romanciers du jour R-56, page 156)

Soyons clair et précis. Anatole Parenteau a bien écrit : « La Patrie, c'est rien. » mais jamais : « La patrie c'est tout, la patrie c'est rien. » Ferron s’est permis d’interpréter un passage du texte. De plus, ce passage apparaît à la fin de la cinquième partie, et non à la fin du roman. Voici le passage auquel réfère Ferron dans L’Amélanchier.

LA PATRIE (Parenteau)
C’est un beau pays que le Canada, c’est un pays de guérets, et de familles nombreuses.
La Patrie, chers lecteurs, ce n’est pas seulement le pays qui nous vit naître, ce n’est pas le lieu où l’on a été baptisé, ni l’endroit où l’on a enterré ses vieux parents lorsque la mort les a ensevelis pour toujours. La Patrie, c’est le cœur, c’est toute la terre.
La Patrie, c’est une chaumière en bois non équarri, où vit à l’intérieur une joyeuse marmaille.
La Patrie, c’est l’humble sanctuaire au haut de la côte avec des bancs grossiers, don des cultivateurs d’alentour.
La Patrie, c’est un chemin d’hiver qui court à travers la campagne et qui raccourcit le chemin d’été ou chemin du roi.
La Patrie, c’est la longue rangée de peupliers verts qui sépare l’église du presbytère.
La Patrie ce sont les innombrables cerisiers où l'on cueille les cerises d’automne.
La Patrie, ce sont les lourds traîneaux dont l’on se sert pour la guignolée et les fourberies du mardi-gras.
La Patrie, c’est la grande huche rouge des ancêtres où l’on garde les aliments.
La Patrie, ce sont les fraises et les framboises que l’on mange en famille, mêlées à la crème épaisse du pays.
La Patrie, c’est le rouet antique qui file sans se lasser.
La Patrie, c’est la grise attelée au berlot.
La Patrie, ce sont les enfants qui vont nu-pieds à l’école, par des chemins rocailleux et des sentiers de terre-neuve.
La Patrie, ce sont les chantiers, et le flottage des billots.
La Patrie, c’est le cimetière natal où la fougère pousse haute entre les tombes.
La Patrie, c’est rien.  (La Voix des sillons, pages 126-127)

Là où Parenteau rejoint Ferron, c’est dans ce que ce dernier appelle l’ « orientation domo-centrique » : « Le point de départ, qui devient, après le départ, le point de retour, est demeuré longtemps le seul point fixe au monde » (Ferron). Dans L’Amélanchier, Ferron raconte comment se forge l’identité. Tinamer, au sortir de l’enfance, abandonne la vision du monde, physique et mentale, qu’elle avait partagée avec son père. À vingt ans, elle découvre qu’il est impossible d’évacuer le monde de la petite enfance. Qu’on le veuille ou non, on appartient à une famille, à un lieu, à une histoire, à un imaginaire… Il en va ainsi pour la « patrie » : « Un pays, c’est plus qu’un pays et beaucoup moins, c’est le secret de la première enfance; une longue peine antérieure y reprend souffle, l’effort collectif s’y regroupe dans un frêle individu… »

Il semble que Ferron ait voulu écrire une « historiette » sur Parenteau, intention qui est restée à l’état de brouillon. Dans le Fonds-Jacques-Ferron, on trouve ce jugement étonnant sur le roman de Parenteau : « Le livre le plus extraordinaire de notre littérature, La voix des sillons d’Anatole Parenteau, a été publié en 1932. Il exprime le sentiment d’exil que tout Canadien, aimant son pays, mais le connaissant pas, éprouve à domicile au Canada. Anatole Parenteau n’a jamais voyagé ; son héros parcourt le monde. » (« La voix des sillons », Fonds-Jacques-Ferron, 2.11.27, feuillet 4.)

Certains ont pu penser que Ferron donnait dans l’ironie quand il qualifie d’extraordinaire le roman de Parenteau. Mais je crois qu’il suffit de bien lire la définition du mot pour comprendre. « Extraordinaire : Qui sort de l’ordinaire, qui fait exception; Qui étonne par son aspect bizarre, singulier. » En ce sens, oui La Voix des sillons est un roman  extraordinaire. Ce roman ne ressemble en rien à ce qui a été écrit à l’époque. Parenteau nous plonge dans une aventure  rocambolesque, le héros devient au fil des pages un vagabond sans patrie (du moins, on le croit), qui défie les lois morales de l'époque (l'amour libre, le meurtre, le suicide), et la fin du roman ne vient pas rétablir l'ordre établi. L'auteur prend une certaine liberté avec les différentes ficelles qui attachent les épisodes entre eux dans un roman. Avec ce roman baroque, Parenteau se distingue des romanciers de l'époque qui, la plupart, s'inscrivaient dans le réalisme, ce qui devait plaire au conteur fantasque de L'Amélanchier.

21 mars 2016

La voix des sillons

Anatole Parenteau, La voix des sillons, Montréal, Éditions Édouard Garand, 1932, 131 pages.

Exceptionnellement, je vais consacrer deux blogues au roman de Parenteau. Dans celui-ci, je me contente de résumer le roman. Je reviendrai sur le jugement que Ferron porte sur le roman.

Le roman est divisé en six parties.  

Parties 1 et 2
En 1922, un jeune homme de seize ans, orphelin de père, abandonne sa vieille mère, se rend à Montréal et s’engage comme matelot sur un bateau de croisière afin de vivre son rêve de parcourir le monde. La croisière fait escale  à Québec, Terre-Neuve, New York, aux Bermudes, à Cuba, Haïti, Porto Rico, en Jamaïque, et à Veracruz.  Dans cette ville, il choisit d’abandonner bateau et équipage. Le 24 décembre, il erre dans les rues de Mexico et rencontre un vieux Canadien, qui a fui son foyer après le décès de son enfant, et qui meurt dans ses bras en lui conseillant de rentrer chez lui.

Partie 3
Le récit fait un saut de trois ans. Le narrateur, surnommé Tinoiros pas les Mexicains, vit maintenant dans un ranch dans les « limites de la grande cité des Incas ». Il prend soin du bétail. Lors d’une grande fiesta, il fait la rencontre d’une jolie Mexicaine, Marietta. Il en est éperdument amoureux. « Des souliers mignons faits d’écailles assemblées, prises sur la queue des sirènes, foulaient le sol qui en fut leur origine et cachaient comme en un tabernacle jaloux des jambes succombantes, infiniment plus divines que celles d’Aphrodite et qui soutenaient des hanches de grâces à Vénus pareilles, et des contours endormants servaient de verrous à ce cénacle, à cette montagne de béatitudes que nul encore n’avait, je crois, ouverte ou escaladée. » Quelques jours plus tard, ils font l’amour, puis la belle disparaît en laissant cette note : « Adieu, toi qui m’as crue, je n’étais qu’une perverse. » Il ne s’en remettra pas.

Partie 4
L’auteur nous transporte à Trois-Coteaux, le village natal du héros. C’est encore un soir de Noël. Sa mère, seule, mène une vie de misère. On déambule avec l’auteur dans le village, on se rend dans le dernier rang de la paroisse  jusqu’à la « pauvre mansarde de la mère Saint-Germain ». C’est une scène de désolation qui nous attend. On entre dans la vieille maison, presque vide. Pour survivre, elle a dû tout vendre et même le mobilier, héritage de trois générations. Comme table, elle n’a plus qu’une « boite qui contenait de la graisse de baleine ».  Même le curé, réclamant sa dîme, est parti avec « une peinture représentant Vénus ». Pourtant, la vieille, comme chaque soir, se rend sur la colline au cas où son fils daignerait reparaître. Mais cette fois-ci, ce sera la dernière.

Partie 5
Après son revers amoureux, Tinoiros « s’est envolé vers de nouveaux pays ». Par quel moyen? Quand? On ne le saura pas. On l’a vu à Venise, Monte Carlo, Florence, dans les oasis du Liban, en Grèce. Pendant trois ans, à « quelques milles de Capharnaüm », il exploite un service de caravane qui accompagne des pèlerins en Terre-Sainte. Il rencontre un architecte qui doit se fiancer avec Ninon, une jeune fille que ses parents destinent à un riche prétendant. Comme celle-ci refuse, ses parents l’envoient réfléchir « quelques semaines en dehors de la ville » non loin du « petit commerce » du narrateur. C’est là que Ninon rencontre et tombe amoureuse de Tinoiros.  Au bout de 15 jours, les parents rapatrient Ninon. Quelque jours plus tard, n’y tenant plus, Tinoiros vend son « petit commerce » et court la rejoindre. Pendant six mois, malgré les parents, il la fréquente, exerçant entre-temps le métier de menuisier. Le tout finit tragiquement : les parents tuent leur fille et Tinoiros la venge : « Plus prompt que l’éclair et que l’électricité qui court dans les fils de villes en villes et de villages en villages, je saisis un pistolet que toujours je tenais sur moi et que cette journée-là j’avais huilé à neuf. Je ne sais quel pressentiment m’avait poussé à le faire. Je chassai de la terre et le père, et la mère, et les deux autres enfants qui formaient le reste de la famille. » Il réussit à s’évaporer dans la nature sans être accusé.

Partie 6
Cette partie est la seule qui porte un titre : « Le retour au pays des ancêtres ». Tinoiros revoit les lieux de son enfance, rencontre des gens qu’il a connus, apprend la mort de sa mère, et finalement se retrouve devant la maison ancestrale, que les villageois appellent maintenant « la demeure maudite ». Elle n’est plus qu’une ruine envahie par la végétation. Il poursuit sa marche vers le cimetière, s’agenouille sur la tombe de sa mère et se suicide :

Extrait :

« Tinoiros marche maintenant dans le sentier qui mène au champ du repos. La vieille porte noire, à deux battants, s’est ouverte encore une fois de plus, et sur la tombe de sa maman, il s’est agenouillé.

Le silence était grand et céleste dans l’humble cimetière des Trois-Coteaux.

Un sifflement a couru dans l’air, la justice qui l’avait poursuivi jusque chez lui avait fait son œuvre.

Sa tête est tombée, lourde, sur le sol aride et inculte. Le sang de sa blessure, en coulant sur l’argile molle, a tracé en lettres de réparation et de consolation les vers du poète :

Ne pleurez pas, ma mère,
Mon sort est trop heureux.
Je n’ai quitté la terre,
Que pour voler aux cieux. 

            FIN »

20 mars 2016

Anatole Parenteau (1910-1981)

Anatole Parenteau dans la quarantaine
(Photo : Pierre Donatelli)
Anatole Parenteau est né le 18 septembre 1910 à Montréal. Il a été baptisé à la paroisse Saint-Enfant-Jésus de Montréal. Son père, Bruno Parenteau, a travaillé à la papeterie Rolland de Mont-Rolland. Sa mère était Alice Lafleur. Il avait quatre sœurs Jeanne, Aline, Thérèse, Raymonde. Il a fait ses études classiques au Séminaire de Sainte-Thérèse (diplôme obtenu en 1932-33). Il a épousé Aimée Saindon le 18 juillet 1936 à la cathédrale de Montréal. Ils ont eu une fille, Hélène Parenteau. Durant sa vie active, il a travaillé principalement comme peintre en bâtiment. Il n’a jamais voyagé, ni au Mexique, ni ailleurs. Il n’a que 21 ans quand il fait publier La Voix des sillons en 1932. Il était fier de son œuvre et surtout de la citation de Jacques Ferron dans L’Amélanchier. Il a écrit un autre roman qui n’a pas été publié : Derrière le gros sapin. On connait aussi de lui une nouvelle intitulée « La victoire » parue dans La Patrie le 2 mai 1942 et pour laquelle il a obtenu un septième prix. Il est décédé le 19 décembre 1981 et enterré au cimetière Laval sur montée Saint-François (Lot : TC-13-01-03). (Source : Pierre Donatelli, petit-fils de l’auteur)


(Demain : Présentation de  La Voix des sillons. Le roman sera en ligne)

La signature de l'auteur



Pour aller plus loin
Résumé de La voix des sillons
Anatole Parenteau et Jacques Ferron