21 mars 2016

La voix des sillons

Anatole Parenteau, La voix des sillons, Montréal, Éditions Édouard Garand, 1932, 131 pages.

Exceptionnellement, je vais consacrer deux blogues au roman de Parenteau. Dans celui-ci, je me contente de résumer le roman. Je reviendrai sur le jugement que Ferron porte sur le roman.

Le roman est divisé en six parties.  

Parties 1 et 2
En 1922, un jeune homme de seize ans, orphelin de père, abandonne sa vieille mère, se rend à Montréal et s’engage comme matelot sur un bateau de croisière afin de vivre son rêve de parcourir le monde. La croisière fait escale  à Québec, Terre-Neuve, New York, aux Bermudes, à Cuba, Haïti, Porto Rico, en Jamaïque, et à Veracruz.  Dans cette ville, il choisit d’abandonner bateau et équipage. Le 24 décembre, il erre dans les rues de Mexico et rencontre un vieux Canadien, qui a fui son foyer après le décès de son enfant, et qui meurt dans ses bras en lui conseillant de rentrer chez lui.

Partie 3
Le récit fait un saut de trois ans. Le narrateur, surnommé Tinoiros pas les Mexicains, vit maintenant dans un ranch dans les « limites de la grande cité des Incas ». Il prend soin du bétail. Lors d’une grande fiesta, il fait la rencontre d’une jolie Mexicaine, Marietta. Il en est éperdument amoureux. « Des souliers mignons faits d’écailles assemblées, prises sur la queue des sirènes, foulaient le sol qui en fut leur origine et cachaient comme en un tabernacle jaloux des jambes succombantes, infiniment plus divines que celles d’Aphrodite et qui soutenaient des hanches de grâces à Vénus pareilles, et des contours endormants servaient de verrous à ce cénacle, à cette montagne de béatitudes que nul encore n’avait, je crois, ouverte ou escaladée. » Quelques jours plus tard, ils font l’amour, puis la belle disparaît en laissant cette note : « Adieu, toi qui m’as crue, je n’étais qu’une perverse. » Il ne s’en remettra pas.

Partie 4
L’auteur nous transporte à Trois-Coteaux, le village natal du héros. C’est encore un soir de Noël. Sa mère, seule, mène une vie de misère. On déambule avec l’auteur dans le village, on se rend dans le dernier rang de la paroisse  jusqu’à la « pauvre mansarde de la mère Saint-Germain ». C’est une scène de désolation qui nous attend. On entre dans la vieille maison, presque vide. Pour survivre, elle a dû tout vendre et même le mobilier, héritage de trois générations. Comme table, elle n’a plus qu’une « boite qui contenait de la graisse de baleine ».  Même le curé, réclamant sa dîme, est parti avec « une peinture représentant Vénus ». Pourtant, la vieille, comme chaque soir, se rend sur la colline au cas où son fils daignerait reparaître. Mais cette fois-ci, ce sera la dernière.

Partie 5
Après son revers amoureux, Tinoiros « s’est envolé vers de nouveaux pays ». Par quel moyen? Quand? On ne le saura pas. On l’a vu à Venise, Monte Carlo, Florence, dans les oasis du Liban, en Grèce. Pendant trois ans, à « quelques milles de Capharnaüm », il exploite un service de caravane qui accompagne des pèlerins en Terre-Sainte. Il rencontre un architecte qui doit se fiancer avec Ninon, une jeune fille que ses parents destinent à un riche prétendant. Comme celle-ci refuse, ses parents l’envoient réfléchir « quelques semaines en dehors de la ville » non loin du « petit commerce » du narrateur. C’est là que Ninon rencontre et tombe amoureuse de Tinoiros.  Au bout de 15 jours, les parents rapatrient Ninon. Quelque jours plus tard, n’y tenant plus, Tinoiros vend son « petit commerce » et court la rejoindre. Pendant six mois, malgré les parents, il la fréquente, exerçant entre-temps le métier de menuisier. Le tout finit tragiquement : les parents tuent leur fille et Tinoiros la venge : « Plus prompt que l’éclair et que l’électricité qui court dans les fils de villes en villes et de villages en villages, je saisis un pistolet que toujours je tenais sur moi et que cette journée-là j’avais huilé à neuf. Je ne sais quel pressentiment m’avait poussé à le faire. Je chassai de la terre et le père, et la mère, et les deux autres enfants qui formaient le reste de la famille. » Il réussit à s’évaporer dans la nature sans être accusé.

Partie 6
Cette partie est la seule qui porte un titre : « Le retour au pays des ancêtres ». Tinoiros revoit les lieux de son enfance, rencontre des gens qu’il a connus, apprend la mort de sa mère, et finalement se retrouve devant la maison ancestrale, que les villageois appellent maintenant « la demeure maudite ». Elle n’est plus qu’une ruine envahie par la végétation. Il poursuit sa marche vers le cimetière, s’agenouille sur la tombe de sa mère et se suicide :

Extrait :

« Tinoiros marche maintenant dans le sentier qui mène au champ du repos. La vieille porte noire, à deux battants, s’est ouverte encore une fois de plus, et sur la tombe de sa maman, il s’est agenouillé.

Le silence était grand et céleste dans l’humble cimetière des Trois-Coteaux.

Un sifflement a couru dans l’air, la justice qui l’avait poursuivi jusque chez lui avait fait son œuvre.

Sa tête est tombée, lourde, sur le sol aride et inculte. Le sang de sa blessure, en coulant sur l’argile molle, a tracé en lettres de réparation et de consolation les vers du poète :

Ne pleurez pas, ma mère,
Mon sort est trop heureux.
Je n’ai quitté la terre,
Que pour voler aux cieux. 

            FIN »

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