15 juillet 2010

Fables (Stevens)

Paul Stevens, Fables, Montréal, Imprimerie John Lovell, 1857, 121 pages.

Paul Stevens (prononcé à la belge) est arrivé au Canada en 1854. Trois ans plus tard, alors qu’il avait 27 ans, il publiait un recueil de 64 fables, dédié à « L’honorable Denis Benjamin Viger ».

Au Grand Siècle, La Fontaine voulait distraire et instruire. On le sait, il ne se privait pas de critiquer aussi bien les Grands que les Petits. Stevens est tout à fait dans la tradition du maitre. La facture est très classique : la fable est souvent écrite en alexandrins, la plupart du temps les personnages sont des animaux et elle se termine par une morale détachée du texte à la toute fin.

Je me limite à présenter le thème ou la morale de chacune des 64 fables.

I. L'esprit fort – À l’heure de la mort, même les blasphémateurs en appellent à Dieu.
II. L'âne et le renard en société avec le lion – Les puissants préfèrent les flatteurs aux justes.
III. Le chat, le renard et le singe – Les tempérants sont bien fragiles!
IV. La république des chiens – « De tous les maux connus, la discorde est le pire. »
V. Le singe et Le chat – Acoquinez-vous avec un puissant et c’est vous qui payerez la note!
VI. Le loup, l'âne et l'ânon – On manque de considération pour les mourants.
VII. L'aigle et la tortue – Trop de petits essaient d’imiter les grands.
VIII. Le soleil et la brume – Rien ne peut entraver le progrès.
IX. Le loup et l'âne – La lâcheté, la fausse bravoure.
X. Le cerf et le manant – La tromperie.
XI. Le chien, le coq et le renard – L’amitié.
XII. Les poissons et le héron – La confiance naïve à l’égard des beaux parleurs.
XIII. Le portrait parlant – Rien ne sert d’argumenter avec les sots.
XIV. Le fanfaron mis à sa place – L’imposture.
XV. Le mulet et Le singe – La vantardise.
XVI. Le loup et le chien – L’hypocrisie, la manipulation.
XVII. Le lièvre et la tortue – À quoi sert le talent si on ne sait pas s’en servir?
XVIII. Les deux chèvres – L’orgueil.
XIX. Les singes – Parfois, la prudence vaut mieux que la liberté.
XX. Ésope et le méchant poète – Ce n’est pas parce qu’on se vante qu’on est bon.
XXI. Le pêcheur et le gougeon – Un tien vaut mieux que deux tu l’auras.
XXII. Naufrage de Simonide – La seule vraie richesse, elle est en soi.
XXIII. Le mouton, le cerf et le loup – La fraude.
XXIV. La mouche et le taureau – La liberté.
XXV. Les deux chats plaidant par devant le singe – Il vaut mieux s’entendre que plaider.
XXVI. Le coq et le chien – Partir ou rester?
XXVII. Le loup et le porc épic – La tromperie.
XXVIII. Les deux livres – Les apparences et le contenu.
XXIX. Le renard et les raisins - Certains nient leur quête pour camoufler leur échec.
XXX. Le lion et la grenouille – L’abus de pouvoir.
XXXI. Le singe – L’aventure versus son chez-soi.
XXXII. L'âne et le loup – Ceux qui crient fort ne sont pas les plus à craindre.
XXXIII. Le rat et ses amis – Quand tu es riche, tu as beaucoup d’amis, quand tu es pauvre…
XXXIV. L'oiseau moqueur et le pinson – Il est plus facile de critiquer que de créer.
XXXV. La guenon et son petit – Pour une mère, son enfant est toujours le plus beau.
X'XXVI. Le crapaud médecin et le renard – Beaucoup de médecins sont des charlatans.
XXXVII. Le vieux chat et la souris – Les méchants sont sans pitié.
XXXVIII. Le gland et les champignons – Depuis 1789, tout le monde est égal!
XXXIX. La rose et le papillon – L’amour est volage.
XL. Les voleurs et le coq – Les méchants sont sans pitié.
XLI. Le buisson et la brebis – Fuyons les cours de justice et les avocats.
XLII. Le rat de ville et le rat de champ – Le rat des villes a tout sauf la sécurité.
XLIII. Le chat et la chauve-souris – La mauvaise foi.
XLIV. L'âne sauvage et l'âne domestique – Satisfaisons-nous de ce qu’on a.
XLV. Le renard à la cour du lion – Il est dangereux de dire leurs vérités aux puissants, même quand ils l’exigent.
XLVI. Le loup et l'agneau – Le plus fort trouve toujours une excuse pour manger le plus faible.
XLVII. La Mort et le bûcheron – La mort n’épargne personne.
XLVIII. Ésope jouant aux noix – Il faut aussi savoir s’amuser.
XLIX. Le mâtin et l'épagneul – Il vaut mieux ne jamais s’acoquiner avec les violents.
L. La fourmi et la chrysalide – « Jamais le vrai talent [n’est] prétentieux. »
LI. Le loup et le sort – On finit toujours par payer pour ses crimes.
LII. L'Écho et le malheureux – On peut se rendre malheureux à écouter autrui.
LIII. Le héron – « Lorsqu’on veut trop gagner, bien souvent on n’a rien. »
LIV. Le rustre, le bouffon et le peuple romain – Il est difficile de gagner une foule qui est contre soi.
LV. Le chat et la souris – Le chat est prêt à tout pour croquer la souris.
LVI. Le renard et Le bouc – Fuyons les fourbes et les pervers.
LVII. La vie humaine – Les âges de la vie.
LVIII. Les deux lézards – Tout le monde a ses problèmes.
LIX. La boite aux lettres et le télégraphe – L’homme court après le progrès.
LX. Le cheval, la locomotive et le télégraphe – Le progrès.
LXI. La lampe et le papillon – « L’humanité, courant après la volupté, à chaque instant se suicide »
LXII. La reconnaissance d’aujourd'hui – Toute reconnaissance est intéressée.
LXIII. La fortune et Sylvain – L’argent triomphe de l’amour.
LXIV. La chasse au bonheur – Même les rois courent après le bonheur.

Comme personnages, on trouve surtout des animaux, mais aussi des humains, des végétaux et certains objets, comme les astres, les livres, le télégraphe, le train…

Dans certaines fables, on peut découvrir une visée politique mais, dans l’ensemble, Stevens m’apparaît plus sage que La Fontaine. Ce dernier se faisait un malin plaisir de critiquer la noblesse qui s’agglutinait autour de Louis XIV; Stevens défend plutôt la morale bourgeoise, c’est-à-dire l’ordre établi. Il redit trop souvent qu’il est vain d’envier les riches et les puissants, car ils ne sont pas plus heureux que les humbles. Plus encore, il semble accepter que l’amour de l’argent puisse commander à tout autre sentiment. Enfin, à quelques reprises, il condamne les aventuriers et ceux qui veulent changer leur condition sociale.

Lire le recueil sur Google livres.


LE LOUP ET L'AGNEAU.
Une fois un jeune agneau
Pauvre orphelin sur la terre,
S'abreuvait dans un ruisseau,
Quand un être sanguinaire
Le loup vint pour y laper.
Il l'aperçoit et s'arrête,
Grondant et branlant la tête ;
L'agneau se met à trembler...
-" Pourquoi, petit misérable,
" Dit le loup à l'agnelet, "
" Bois-tu de ce ruisselet ?..."
-" Oh ciel ! si je suis coupable,
" Pardonnez puissant seigneur,
" J'ignorais cette défense "
" Et je jure sur l'honneur..."
-" C'est assez. Fais-moi silence !
" Garde pour toi ton serment,
" Mais avoue à l'instant même
" Que tu parlas méchamment
" De moi, le dernier carême ?..."
-" Moi !... seigneur, je n'ai parlé;
" Comment l'aurai-je pu faire,
" Puisque je n'étais pas né..."
-" Brigand ! veux-tu bien te taire ?...
" C'étaient tes frères alors ?..."
-" Hélas ! ils n'ont rien pu dire
" Mes frères, tous deux sont morts
" Avant l'hiver, mon doux sire !..."
-" Si ce n'est eux, c'est quelqu'un
" De ta race médisante.
" Frère ou cousin, c'est tout un.
" L'insulte est par trop criante :
" Je me venge cette fois."
Le loup saisit sa victime
Qu'il emporte au fond du bois.

Partout le fort prend la dîme.

11 juillet 2010

Contes populaires

Paul Stevens, Contes populaires, Ottawa, G. E. Desbarats, 1867, 252 pages. (Préface de l’auteur)

Paul Stevens est né à Namur en 1830. Il serait arrivé au Canada en 1854. Il publie un recueil de fables en 1857 et ses Contes populaires en 1867. Le recueil, qui compte 16 contes inspirés de la tradition orale, aurait donné lieu à deux rééditions (1922; 1924)

La dédicace va ainsi : « Ce livre est respectueusement dédié peuple canadien. »

Préface de l'auteur
« Éclairer les esprits, ennoblir les cœurs, tels doivent être les deux buts de la littérature. Tous les charmes de l'art d'écrire, toutes les ressources d'une féconde imagination, tous les ornements ingénieux du langage, qui ne voilent nos pensées que pour les faire paraître plus belles, doivent être employés à rendre les hommes meilleurs. »

« Si maintenant nos humbles récits peuvent fournir une agréable récréation à la jeunesse, et dérider même parfois l'homme le plus grave ; s'ils peuvent contribuer, dans nos campagnes, à faire s'écouler joyeuses et instructives les longues heures de nos veillées d'hiver, nous n'aurons pas entrepris une œuvre inutile, et notre livre aura sa raison d'être. »

Pierre Cardon
Pierre Cardon avait tout pour être heureux. Un jour, il rencontre un ancien ami qui l’entraîne dans l’ivrognerie. Il perd son commerce; son fils et sa femme meurent; et il subit le même sort, seul, sur le bord d’une route, en plein hiver.

José le brocanteur
Récit en vers. José aime faire du troc. Au départ, avec ses cinquante écus, il achète un cheval, qu’il échange contre une vache, qu’il échange contre un cochon, etc.; à la fin il n’a plus rien.

Les trois diables
Le récit mélange deux motifs classiques : un cordonnier a droit à trois vœux et il s’en sert pour sauver sa femme qui a vendu son âme au diable.

Les deux voisins
Deux voisins ont des approches différentes : l’un dépense sans compter; l’autre fait des économies.

Pierriche
Pierriche est grognon. Il aime beaucoup sa femme, mais ne cesse de lui répéter qu’il se farcit toute la misère. Un jour, elle lui propose de changer de rôle. Pierriche vole d’une catastrophe à l’autre.

Jacquot le bucheux
Une paysanne prétend que, si elle avait été à la place d’Ève, elle n’aurait pas croqué la pomme. Le Seigneur, passant par là, décide de la mettre à l’épreuve.

Pierre Souci dit Va-de-Boncoeur
Pierre tente l’aventure de l’or en Californie. Il va de déboire en déboire, déménage à la Nouvelle-Orléans, ne s’en sort pas mieux, revient chez lui, dix ans plus tard, heureux de reprendre la terre paternelle. Contre l’émigration aux États-Unis.

Le père Mathurin
Le père Mathurin s’est « donné » à ses enfants. Ayant obtenu ce qu’ils voulaient, ces derniers le négligent. Pour les ramener à de meilleurs sentiments, il leur laisse croire qu’il a encore des trésors cachés.

Les trois vérités
Jean décide de quitter femme et enfant pour tenter d’améliorer leur sort. Il n’arrive pas à gagner l’argent, mais il rencontre un vieillard qui lui donne trois vérités qui lui permettront d’obtenir ce qu’il désirait.

Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même
Un paysan consulte un avocat sans raison valable. Celui-ci lui donne un conseil pour s’en débarrasser. Le paysan suit son conseil (Il ne faut jamais remettre au lendemain…), ce qui lui rapporte gros.

Crinoline
Les crinolines sont tellement à la mode qu’on vole les cerceaux des tonneliers.

Les trois souhaits
Un homme et une femme peuvent faire trois souhaits. Ils font le premier en étourdis et doivent gaspiller les deux autres pour effacer le premier.

Fortuné Bellehumeur
On est en décembre et il fait froid. Fortuné Bellehumeur, un vieux commerçant ratoureux, s’arrête dans un hôtel. Toutes les places sont prises. Fin finaud, il réussira à manger et à coucher dans une chambre pour presque rien.

La fortune de Sylvain
Récit en vers. Sylvain doit épouser la belle Louison, mais finit par épouser une châtelaine assez laide mais riche.

Télesphore le Bostonnais
Le jour de son mariage, la Mort vient quérir Télesphore. Il plaide si bien sa cause que la Mort lui laisse un délai.

Les trois frères
Ils sont trois frères; l’un part aux Indes; l’autre épouse une riche héritière et snobe le troisième, trop modeste à son goût. Quand l’aventurier revient des Indes, il ne dit mot sur sa fortune pour savoir à quel de ses frères il la léguera.

Contes fantastiques, contes réalistes, contes facétieux, contes religieux : Stevens nous offre un bel éventail. Le conteur, par ses intrusions d’auteur, est très présent dans le récit. Il s’adresse aux lecteurs, souligne à gros traits les mécanismes de la narration, se permet des digressions à teneur psychologique ou sociale. Comme le veut la tradition, beaucoup de ces contes sont très moralisateurs. La patrie, la famille, le travail, l’agriculture sont des valeurs qui se dégagent de ces contes. Je vous conseille de commencer par « Les trois diables » et « Pierriche ».

Ces contes, pour la plupart, se lisent encore très bien. L’écriture de Stevens est très fluide et l’auteur a beaucoup d’humour. Le seul reproche qu’on peut lui faire, c’est de citer les classiques à tous propos. On trouve ce recueil sur le site de la BANQ.
FORTUNÉ BELLEHUMEUR (extrait)
Nous sommes en 1777 — l'année même de l'établissement de l'imprimerie française à Montréal, — c'est-à-dire quatorze ans depuis la conquête de ce pays par les Anglais — et à la veille de la pleine lune de Décembre, en tirant vers Noël.
Voilà pour la date aussi exacte, aussi précise qu'a pu se la rappeler le héros même de ce récit, un aimable et vigoureux vieillard de quatre-vingts ans, qui n'avait jamais fait de philosophie, mais dont la mémoire et la science historique se passaient très bien des registres de la Chine et de beaucoup d'autres.
Voici maintenant pour la température ; car il est tout-à-fait important de ne rien omettre, même dans un conte.
Nous déclarons donc solennellement que la soirée où s'ouvre cette histoire, il fait un temps affreux, abominable, une horreur de temps ; il fait, en un mot, une de ces effroyables tempêtes de neige qui donneraient à croire que la fin du monde est proche.
Avec votre permission, lecteur, nous allons, à l'instant, vous crayonner en quelques lignes, le portrait — d'après nature — de l'acteur principal des scènes comiques, drolatiques et très-véridiques qui vont suivre.
Il s'appelait Fortuné-Désiré-Honoré Bellehumeur dit Sans Chagrin. 
D'une stature imposante, et carré à proportion, M. Fortuné Bellehumeur aurait figuré avec avantage au premier rang d'une de nos compagnies de milice. C'est assez dire qu'il était bel homme. Malheureusement l'ensemble de sa physionomie était quelque peu gâté par un nez pyramidal, gigantesque, impossible, couvrant une partie de son visage d'une ombre éternelle. Mais hâtons-nous de dire que ce léger défaut était racheté par un front large et élevé sur lequel croissait une forêt de cheveux longs et bien plantés, toujours soigneusement entretenus, et que M. Fortuné Bellehumeur se ramenait gracieusement au milieu du dos pour en former, suivant la mode d'alors, une queue invariablement ornée d'un ruban rose, avec une coquetterie toute féminine.
Je m'aperçois que je n'ai pas encore dit un seul mot des yeux de M. Fortuné, — ces deux miroirs de l'âme, suivant la psychologie.
M. Fortuné Bellehumeur avait les plus beaux yeux du monde, très vifs, pétillants d'esprit et de malice. Le fait est qu'il aurait pu en revendre au procureur le plus madré, le plus subtil et retors de son temps; ce qui, soit dît entre parenthèse, lui servait infiniment dans son commerce assez étendu de fourrures.
Ajouterais-je, chers lecteurs, que M. Bellehumeur était toujours mis avec une certaine recherche, quoiqu'il frisât la quarantaine ?
Mettons-lui, pour ce soir, un de ces habits à larges basques, avec des poches comme des gouffres, tels qu'en portent les marquis et les docteurs de comédie, une veste très longue, des culottes courtes en velours noir, une belle et bonne paire de grandes bottes, chaussure si propice pour un pareil temps, et vous pourrez-vous faire une idée assez exacte de ce qu'était, en l'an de grâce 1777, à la veille de la pleine lune de Décembre, M. Fortuné Bellehumeur.
Si ma mémoire n'est pas trop infidèle, je crois me rappeler qu'Horace a dit quelque part :

Pictoribus atque poetis
Quidlibet audendi atque mentiendi œqua potesfcas.
Ce qui, traduit en langue vulgaire, signifierait que les conteurs ont le droit d'aller aussi vite que le télégraphe.
Nous allons donc nous transporter, d'un trait de plume, à quinze ou vingt milles d'ici, entre St. Sulpice et Repentigny, au beau milieu du chemin du roi George III, le même qui fut forcé de reconnaître l'indépendance des États-Unis six ans plus tard, — c'est-à-dire en 1783, — et nous retrouverons, à quatre heures et quarante-sept minutes du soir, M. Bellehumeur dit Sans Chagrin en très mauvaise humeur, et pestant contre la neige, contre le vent, contre les chemins, contre sa jument et enfin contre lui-même. (p. 201-203)

5 juillet 2010

Carabinades

Ernest Choquette, Carabinades, Deom frères, Montréal, 1900, 226 pages. (Couverture et illustrations d’Ozias Leduc)

La dédicace se lit comme suit : « À mes confrères - rien qu’à mes confrères – ex-carabins et ex-carabines, je dédie ces carabinades. »

Le recueil compte 26 nouvelles, la plus longue contenant 12 pages. On l’aura deviné, presque toutes ont comme cadre le milieu médical, ce qui représente déjà un défi en soi, même si l’auteur est médecin.

Tout n’est pas mauvais dans ces Carabinades. Quand l’auteur se met en tête de « faire du style », ce n’est pas toujours heureux. Certains récits sont quand même de belles réussites qui méritent de figurer dans une anthologie. L'auteur a beaucoup d'humour. Le livre est très petit (15 cm), ce qui ne rend pas justice aux illustrations de Leduc. Il est imprimé à l'encre rouge.

The country doctor
Poème en anglais de William Drummond.

Le lit No 38
Un jeune médecin accompagne les derniers jours d’une Française, émigrée au Canada par amour. Touchant.

Ils étaient cinq
Les frasques de cinq carabins dans un bistro.

Les sauvages
Un père laisse croire à sa fille qu’il a combattu des « sauvages », ce qui fait le tour du village.

Le docteur Santa Claus
Un médecin se transforme en père Noël pour soigner l’enfant malade d’une famille pauvre.

Mes disséqués
Tous les morts qui ont été disséqués apparaissent au narrateur. Climat bien rendu.

Une erreur de diagnostic
Pour épouser son amoureux, une jeune fille laisse croire qu’elle est enceinte. Amusant.

Premiers cas
Deux médecins racontent leur premier cas : pour l’un, une dent qui refuse d’obtempérer; pour l’autre, la diarrhée d’une petite vieille. Comique.

Avec mes chiens
Le narrateur se promène en montagne avec ses chiens. Réflexion sur la nature humaine.

Souvenir d'hôpital
Un jeune médecin soigne avec succès une jeune cabaretière que tout le monde apprécie.

La petite Lise
Le médecin laisse croire à tout le monde que Lise a une tumeur au ventre, ce qui lui permet de pratiquer un avortement. Audacieux.

L'arbre de Noël de Pomponne
Les parents préparent avec une « joie enfantine » l’arbre de Noël que leurs enfants vont découvrir le lendemain.

Un chanceux
Le narrateur et son ami écrivent une lettre d’amour à une Irlandaise dont ils sont épris en signant le nom d’un copain dont ils veulent se moquer.

Les chers confrères
Suite de faits cocasses, sans lien entre eux, ayant pour cadre le milieu médical.

Une drôle d'opération
Deux médecins discutent d’un célèbre chirurgien qui a opéré un député prétentieux qui voulait « péter plus haut que le trou » (sic). Grosse farce. (Lire l’extrait)

En route
Les pensées et les rencontres d’un médecin qui s’en va, sur un chemin de campagne, soigner une patiente.

Mon dernier chemin de croix
Un médecin, père d’un jeune enfant, promet un chemin de croix si le croup épargne son fils.

Oh! la bonne formule
Un médecin prétend guérir l’alcoolisme à l’aide d’un médicament.

Pas encore lui
Dans l’attente d’un accouchement, un médecin admire la vie bucolique des paysans.

Loulou
Un carabin, venu de la campagne, se décide à accompagner ses compagnons au bordel.

Vengeance de carabin
Un carabin se venge d’un prêtre qui lui a refusé une permission de sortie.

Pauvre Jalap
Les maîtres pleurent leur chien Jalap, happé par un train.

Le docteur « La galette »
Un fermier va livrer du beurre dans une maison close.

La Gritte
Un carabin apporte son « cadavre de dissection » en classe.

C’est c’t’anglais
Un carabin courtise une Anglaise.

La médecine au XXe siècle
Projection humoristique de la médecine à l’ère de la technologie.

Le vieux docteur
Le bilan de vie d’un vieux médecin retraité.

Lied
Poème du docteur Nérée Beauchemin. « Je ne sais qu’une ballade, / Celle que, de l’aube au soir, /Je chante au cœur du malade : / La ballade de l’espoir »

À lire ce recueil, on devine que l’auteur devait être un fameux conteur. Dans une réunion entre confrères, il devait être le centre d’attraction, ayant toujours une « bonne histoire » à raconter. Car, disons-le, beaucoup des récits de Choquette sont des anecdotes comiques, des frasques de collégiens, des situations incongrues de la vie, que l’on se plaît à raconter aux amis. Ceci dit, quelques récits sont plus traditionnels, plus développés, proposent une certaine vision du médecin de campagne de la fin du XIXe siècle. On trouve deux ou trois histoires étonnantes, osées, pour le Québec censuré de l’époque.


Extrait
À cette heure-là, les échos de la vogue tarasconnaise qui avait salué d'un tintamarre épouvantable l'arrivée de l'avis de notre fameux confrère, le docteur Coutelas assourdissaient les oreilles.

Les titres de ce magnifique charlatan: — chef de clinique aux hôpitaux de Londres, ex-interne des hôpitaux de Paris, correspondant de la "Lancette" d'Alger, membre de la société médicale de New-York, masseur de Sarah Bernhardt, serineur des cliniques de Péan, doucheur chez l'abbé Kneipp. inventeur de la méthode néo-nervoso-électro-bromo-magnétique, — couvraient la première page de nos journaux.

Sur la seconde page, c'était le récit, détaillé de ses hauts faits d'armes. Il avait par là-bas cathétérisé le comte de Chambord, administré des clystères à la duchesse d'Uzès, enlevé le petit pansicot à un vieux mandarin, opéré quatre crevés de haute marque, extrait la dent que Prumont avait contre les Juifs...

Mais c'est ici qu'il fallait voir ça.

Ce n'était rien moins que des guérisons étonnantes, merveilleuses, miraculeuses de patients happés en pleine agonie, à moitié ensevelis, déjà à trois pieds sous terre, ouf! et gentiment déposés en un rien de temps, grassouillets, rougeauds, prêts à faire de la haute voltige, entre les mains des parents qui n'avaient seulement pas le temps d'essuyer leurs larmes tant ça se faisait vite.

Une belle-mère même — la Presse rapportait ça — enterrée depuis cinq jours, avait été retirée par lui de son tombeau, toute mangée de vers, les organes en compote, et remise — après si peu de temps de respiration artificielle et d'inhalation d'oxygène, qu'elle sentait encore le cadavre — à son gendre furieux dont elle reprenait possession de l'héritage.

Par contre-coup naturellement une baisse surprenante, s'était faite dans les pèlerinages a Beaupré. La bonne sainte Anne boudait sur son autel; les curés de paroisses, absolument désorientés, ne se rattrapaient plus qu'avec des bazars, et j'en connais qui ont été obligés de tirer des plans inouïs, d'installer des troncs à toutes les marches des balustres, de prétendre même que la sainte Vierge leur était apparue, pour faire mousser la recette. (p. 121-123)
Lire le recueil

Ernest Choquette sur Laurentiana

1 juillet 2010

Les Chasseurs de noix

Arthur Bouchard, Les Chasseurs de noix, Montréal, Imprimerie populaire, 1922, 323 pages


On est au XVIIe siècle, à une vingtaine de mille à l’ouest de Trois-Rivières. Ohquouéouée, une jeune femme iroquoise, qui a été enlevée par les Algonkins lors d’un raid sur son village un an plus tôt, essaie de voler un canot abandonné sur le rivage, canot appartenant à Roger Chabroud. Celui-ci la surprend et la maîtrise. Elle lui explique qu’elle veut traverser le fleuve pour retrouver sa tribu (dans la région de Saratoga) et il accepte de l’aider.

Qui est Roger Chabroud? Il a une vingtaine d’années et il travaille pour un chasseur de noix surnommé Le Suisse. D’où vient-il? L’auteur nous le révèle dans un long retour en arrière de 78 pages! Il vivait à Beaupré. Un jour, sans avertir sa famille, il a décidé de suivre, jusqu’au nord du Saint-Maurice, une bande d’Algonquins, qui revenaient d’une expédition guerrière contre les Malécites. Il y a passé tout l’hiver. Au printemps, sans en comprendre les enjeux, il accompagne les Algonkins dans une action punitive contre des tribus Autochtones qui transigent avec les Blancs. L’entreprise tourne mal et Roger est laissé pour mort sur le champ de bataille. Deux coureurs des bois, dont Le Suisse, l’aperçoivent et le ramènent à Lachine. Il se refait une santé chez un aubergiste. Pour le dédommager, pendant un an, il travaille pour lui. Au printemps, Le Suisse, un chasseur de noix, l’engage et les deux sont en route vers les Cantons-de-l’Est quand survient l’événement du début. Avec la jeune Sauvagesse, ils traversent le fleuve (en fait le lac Saint-Pierre) et s’engagent dans la rivière Saint-François. La jeune Autochtone est amoureuse de Roger, amour qu’il partage, et c’est à regret qu’elle le quitte pour rejoindre sa tribu via le Richelieu.

Quant à nos deux chasseurs, ils remontent la Saint-François, la Massawipi, la Coaticook : c’est dans cette région qu’ils s’installent pour l’été. Pour cueillir des noix, ils surveillent les écureuils et découvrent leurs caches. Plus tard en saison, ils ramassent aussi du miel : cette fois, ce sont les ours qu’ils épient pour dénicher les ruches. Enfin, ils tuent des ours pour leur peau et, en fin de saison, (fin octobre), ils cueillent des faînes. Puis vient le retour vers Trois-Rivières et Québec.

Sur leur chemin, ils croisent un groupe d’Iroquois qui retournent dans leur pays après un été de raids et de déprédations contre la colonie de la Nouvelle-France. Par hasard, ces Autochtones appartiennent à la même tribu qu’Ohquouéouée : les Onontagués. Le Suisse et Roger vendent chèrement leur peau mais sont capturés. Le Suisse est supplicié le soir même. Quant à Roger, il est sauvé par Ohquouéouée. Comment expliquer sa présence dans ce lieu? De retour dans son pays, elle a retrouvé son père, le grand chef de la tribu, mourant. Quelques semaines après les obsèques, toujours folle d’amour pour la jeune « guerrier blanc », elle est venue pour le retrouver. Comme elle est la fille du Grand Chef et qu’ils craignent son influence, les Onontagués acceptent de libérer Roger à condition qu’elle parte avec lui.

Ohquouéouée a quelques notions de français et de religions, acquises pendant sa captivité chez les Algonquins. Roger promet de l’épouser, sitôt de retour à Québec. Ils repartent, en emportant une partie de la récolte de noix. Les portages sont difficiles, la température de novembre est très froide et pluvieuse. La jeune fille contracte une vilaine grippe, qui ne cesse de s’aggraver. Ils atteignent péniblement Québec mais Ohquouéouée meurt à l’Hôtel-Dieu quelques jours plus tard. Désespéré, après ses obsèques, Roger entreprend de traverser le fleuve pour retrouver ses parents, malgré une tempête menaçante.

J’ignore qui était Arthur Bouchard (né à l’Anse-aux-foins (Saint Fulgence) le 18 juin 1877 et décédé à Montréal le 29 mars 1960). Tout semble indiquer qu’il avait une connaissance de première main du territoire qu’il décrit. Les rivières, la végétation, le relief, la faune mais aussi les déplacements, les itinéraires, les portages font l’objet de descriptions précises. Par exemple, il raconte comment Ohquouéouée se rend à Saratoga, comment elle en revient en empruntant une autre route. Il connaît chacune des rivières et leur débit, les lacs et leurs baies... On dirait un géographe. C’est sûr que ces descriptions alourdissent le récit, mais en même temps, c’est la plus belle réussite de l’auteur.

Il semble posséder aussi beaucoup d’informations sur les Autochtones : leur territoire, leur exercice du pouvoir et sa transmission, le lien entre les différents groupes... Encore une fois, se demande-t-on, qui est Arthur Bouchard? Peut-on s’y fier? Il cite les récits de Nicholas Perrot. Si sa connaissance n’est que livresque, elle semble bien documentée.

Il y a peu de récits qui décrivent les relations autres que guerrières entre les Autochtones et les Européens. Ici, c’est entre autres une histoire d’amour entre un Blanc et une Iroquoise. Dommage que l’auteur se soit débarrassé du problème que posait cette union en faisant mourir Ohquouéouée.


Extrait
Depuis qu'ils avaient laissé le lac Saint-Pierre, le pays que nos voyageurs traversaient avait complètement changé d'aspect.
Sur une distance de plusieurs milles, à l'approche de son embouchure, la rivière Saint-François coule entre deux hautes berges, couvertes, à cette époque, de pins, d'ormes, de plaines et de chênes, auxquels se mêlaient quelques noyers, quelques bouleaux et de très rares cèdres. Mais, à mesure qu'ils avaient remonté le cours de la rivière, ils avaient vu les berges s'abaisser et, a trois ou quatre lieues de son embouchure, elle coulait lentement entre des rives de pas plus d'une dizaine de pieds d'élévation, à travers un pays plat et uni comme une table de billard.
A huit, ou dix lieues de son embouchure, ou à peu près à l'endroit où Le Suisse et Roger avaient campé le premier soir de leur voyage, la forêt avait changé d'apparence. Les chênes et les plaines avaient à peu près disparu, remplacées par les épinettes à l'écorce et au feuillage sombre. Les pins et les cèdres étaient beaucoup plus nombreux et se mêlaient aux épinettes, ainsi que les sapins à l'écorce grise et boursouflée, au feuillage vert foncé au repos et gris argent quand le vent, soulevant leurs branches, fait voir le dessous de leurs feuilles drues et étroites comme les dents de ces peignes que les femmes mettent dans leur chevelure.
En remontant plus haut, le paysage avait encore changé. Le pays, jusque là plat et uni, devenait onduleux comme la surface de l'océan à l'approche de la tempête. Peu à peu, ces ondulations étaient devenues des collines, les collines s'étaient élevées graduellement et, sept ou huit lieues en aval de l'endroit où il reçoit les eaux de la rivière Magog, les deux compagnons avalent vu le Saint-François couler au fond d'une vallée étroite et profonde., qui allait toujours en se rétrécissant à mesure qu'ils en remontaient le cours, jusqu'à une demi-lieue environ de ce dernier endroit, alors que, les flancs des collines s'allongeaient jusque sur les bords de la rivière.
Environ une; lieue plus haut, juste au moment où il reçoit les eaux de la Massawipi, le Saint-François dévie brusquement à gauche, faisant paraître l'affluent comme la continuation de la rivière maîtresse, et n'eût été de Le Suisse, Roger ne se fut pas aperçu qu'ils avaient laissé le Saint-François. Il s'en serait aperçu peu après cependant, car, une petite lieue plus loin, il vit la Massawipi, diminuée déjà du volume d'un petit cours d'eau — la rivière au Saumon — se diviser en deux branches, dont la plus petite, celle de gauche dans laquelle ils s'engagèrent, était la rivière Coaticook, que Le Suisse appelait, de son nom iroquois: « Kkwaktakwak » ou, comme il le prononçait: « Couactacouac ».Ce n'était plus qu'un petit cours d'eau de dixième ordre. (pages 169-170)

26 juin 2010

À mes enfants

Napoléon Legendre, À mes enfants, Québec, Typographie Augustin Côté, 1875, 165 pages.

Napoléon Legendre a 34 ans lorsqu’il publie ce recueil destiné à ses enfants. La plupart des textes sont d’abord parus dans le Journal de l’instruction publique où l’auteur travaillait. Legendre ne s’en cache pas : ses récits ne sont que des petites leçons de morale dont le but est de transmettre de saines valeurs aux enfants. Il me semble que la première valeur qu’il tente d’inculquer, c’est la compassion. Il insiste sur l’obligation d’aider les pauvres, les handicapés, de respecter les domestiques et les travailleurs. L’autre valeur qui ressort, c’est l'ardeur au travail : à l'école, ne réussissent que ceux qui travaillent. La vaillance est plus importante que l'intelligence. L’auteur présente les professeurs sous un jour favorable.

Plusieurs nouvelles sont composées de la même façon : un enfant présente un défaut (la vanité, la paresse, une curiosité obtuse, l’effronterie…) dont la vie va se charger de le guérir. Tous les enfants finissent par être des petits saints.

Le recueil de Legendre contient sept nouvelles et cinq poèmes.

Les vingt sous de Gabrielle
Gabrielle, six ans, a déjà vingt sous dans sa tirelire. Elle entraîne sa mère dans les magasins de jouets, désireuse de le dépenser. Voyant deux enfants pauvres devant une boulangerie, elle leur donne son argent.

Le Soir
Le soir tombe. C’est le temps de penser à Dieu, à notre « dernière heure : la mort aime la nuit ». C’est le temps de la prière : « Vous voyez près de nous rôder, dans la malice, / Le lion infernal : / Préservez-nous, Seigneur, de son noir artifice / Délivrez-nous du mal. »

Les déceptions de Jacques
Le père de Jacques est un forgeron illettré qui n’entend pas envoyer son fils à l’école. Un jour, il reçoit une lettre lui indiquant qu’un oncle lui a légué ses biens. Cette lettre, c’est son ami ferblantier qui lui a lue et le bonhomme s’est plu à en rapporter le contenu à tout le village. Et voilà que plusieurs contestent le testament! Le père de Jacques comprend que le tout ne se serait pas produit si son fils avait su lire. Il décide de l’envoyer à l’école. À 12 ans, Jacques doit apprendre son alphabet et subir les moqueries des autres. Grace au dévouement de son maître d’école, qui lui donne des leçons supplémentaires, en un rien de temps il sait lire et écrire. Ce Jacques, qui ne faisait rien de son temps, finit par se prendre au jeu. Quand son père meurt, il reprend le métier de forgeron mais n’abandonne pas pour autant la lecture et l’écriture. Il finit par devenir un notable de son village.

Les passereaux d'hiver
Contrairement aux oiseaux migrateurs, les passereaux (ils ne sont pas nommés) passent l’hiver avec nous.

Le collier bleu de Mariette
Mariette a un grand défaut : elle est entêtée. Un jour, elle fouille dans le tiroir de la commode et découvre une petite boîte qui contient un collier bleu. Elle comprend qu’il lui sera remis le jour de sa fête. Non contente de l’avoir vu, elle l’essaie et finit par le briser. Alors que tout l’accuse, elle s’entête à mentir. Le jour de sa fête, ses parents lui donnent une leçon : ils révèlent à tous les amis l’histoire du collier.

La neige
« Oh! La neige, la belle neige, / Voltigeant partout sous les cieux ». « - C’était la première bordée, / Et la neige faisait plaisir; / Depuis… vous n’avez pas d’idée, / Comme la neige fait souffrir! »

Monsieur Saint-Georges
Monsieur Saint-Georges n’a que 7 ans. Il a la fâcheuse manie de poser des questions à propos de tout et de rien. Un jour, son défaut va provoquer un drame : il interpelle un maçon qui, surpris, va chuter en bas de son échelle.

L’aveugle
« De quelque côté qu’il avance, / L’ombre impénétrable le suit; / Autour de lui, sépulcre immense, / La nuit sans fin, toujours la nuit! »

L’encan
Le ménage d’une famille de locataires, dont le père est malade, est vendu à l’encan sous leurs yeux.

La mort d’une jeune fille
« - On dit que le Seigneur appelle / Là-haut, dans sa vie éternelle, / Celui qui voit l’ange ici-bas : / Et, le soir, cette âme si pure / S’échappa dans un doux murmure, / Suivit l’ange… et ne revint pas!... »

Travail et talent
Oscar, sans ouvrir ses livres, obtient de meilleurs résultats que son ami Philippe. À force de labeur, vient un temps où Philippe éclipse son rival et ami.

Corinne
Corinne, enfant unique, est vaniteuse. Sa famille est riche. Elle méprise les domestiques. Quand elle a huit ans, on fait venir une institutrice à la maison. Corinne se promet bien de lui faire la vie dure. Mais, gagnée par la bonté de la jeune fille, elle finit par s’en faire une amie et devient une jeune fille aimable.

Lire le livre.
Extrait
« Vous soupçonnez peu, mes petits amis, - car c'est pour vous que j'écris, - vous soupçonnez peu les trésors de patience que vos maîtres dépensent pour vous, chaque année, chaque semaine, chaque jour. Vous les trouvez quelquefois sévères, ennuyeux surtout, c'est là votre grand mot. Avez-vous jamais songé que votre maître, de son côté, peut aussi vous trouver ennuyeux et maussades, que vous êtes trente ou quarante et que l'ennui se multipliant par votre nombre, peut arriver à des proportions effrayantes. Et, cependant, toute la journée, votre maître est obligé de rester avec vous, de se plier à vos différents caractères, de subir une multitude de petites taquineries que vous croyez innocentes et qui souvent lui brisent le cœur; de vous répéter tous les jours une foule de choses qu'il lui faudra vous dire encore le lendemain et les jours suivants, sans qu'il lui soit permis de laisser seulement paraître la fatigue que cela lui cause. Avez-vous jamais réfléchi qu'il est forcé de se contraindre sans cesse pour mesurer ses expressions à votre intelligence, d'expliquer les mêmes choses trois ou quatre fois à chaque section différente de ses élèves. Si vous voyiez votre maître tel qu'il est, loin de le trouver ennuyeux et de le taquiner, vous n'auriez pas assez de toutes les puissances de votre cœur, de toutes les forces de votre esprit pour l'admirer et pour l'aimer.
Vous comprendrez ces choses plus tard, mais vous ne les comprendrez parfaitement que si vous êtes appelés vous-mêmes à cette tâche honorable et difficile de l'enseignement; de même que celui-là seul qui élève une famille peut apprécier ce que, dans son jeune âge, ses parents ont fait pour lui. »
Napoléon Legendre sur Laurentiana
Le Perce-neige