15 juillet 2010

Fables (Stevens)

Paul Stevens, Fables, Montréal, Imprimerie John Lovell, 1857, 121 pages.

Paul Stevens (prononcé à la belge) est arrivé au Canada en 1854. Trois ans plus tard, alors qu’il avait 27 ans, il publiait un recueil de 64 fables, dédié à « L’honorable Denis Benjamin Viger ».

Au Grand Siècle, La Fontaine voulait distraire et instruire. On le sait, il ne se privait pas de critiquer aussi bien les Grands que les Petits. Stevens est tout à fait dans la tradition du maitre. La facture est très classique : la fable est souvent écrite en alexandrins, la plupart du temps les personnages sont des animaux et elle se termine par une morale détachée du texte à la toute fin.

Je me limite à présenter le thème ou la morale de chacune des 64 fables.

I. L'esprit fort – À l’heure de la mort, même les blasphémateurs en appellent à Dieu.
II. L'âne et le renard en société avec le lion – Les puissants préfèrent les flatteurs aux justes.
III. Le chat, le renard et le singe – Les tempérants sont bien fragiles!
IV. La république des chiens – « De tous les maux connus, la discorde est le pire. »
V. Le singe et Le chat – Acoquinez-vous avec un puissant et c’est vous qui payerez la note!
VI. Le loup, l'âne et l'ânon – On manque de considération pour les mourants.
VII. L'aigle et la tortue – Trop de petits essaient d’imiter les grands.
VIII. Le soleil et la brume – Rien ne peut entraver le progrès.
IX. Le loup et l'âne – La lâcheté, la fausse bravoure.
X. Le cerf et le manant – La tromperie.
XI. Le chien, le coq et le renard – L’amitié.
XII. Les poissons et le héron – La confiance naïve à l’égard des beaux parleurs.
XIII. Le portrait parlant – Rien ne sert d’argumenter avec les sots.
XIV. Le fanfaron mis à sa place – L’imposture.
XV. Le mulet et Le singe – La vantardise.
XVI. Le loup et le chien – L’hypocrisie, la manipulation.
XVII. Le lièvre et la tortue – À quoi sert le talent si on ne sait pas s’en servir?
XVIII. Les deux chèvres – L’orgueil.
XIX. Les singes – Parfois, la prudence vaut mieux que la liberté.
XX. Ésope et le méchant poète – Ce n’est pas parce qu’on se vante qu’on est bon.
XXI. Le pêcheur et le gougeon – Un tien vaut mieux que deux tu l’auras.
XXII. Naufrage de Simonide – La seule vraie richesse, elle est en soi.
XXIII. Le mouton, le cerf et le loup – La fraude.
XXIV. La mouche et le taureau – La liberté.
XXV. Les deux chats plaidant par devant le singe – Il vaut mieux s’entendre que plaider.
XXVI. Le coq et le chien – Partir ou rester?
XXVII. Le loup et le porc épic – La tromperie.
XXVIII. Les deux livres – Les apparences et le contenu.
XXIX. Le renard et les raisins - Certains nient leur quête pour camoufler leur échec.
XXX. Le lion et la grenouille – L’abus de pouvoir.
XXXI. Le singe – L’aventure versus son chez-soi.
XXXII. L'âne et le loup – Ceux qui crient fort ne sont pas les plus à craindre.
XXXIII. Le rat et ses amis – Quand tu es riche, tu as beaucoup d’amis, quand tu es pauvre…
XXXIV. L'oiseau moqueur et le pinson – Il est plus facile de critiquer que de créer.
XXXV. La guenon et son petit – Pour une mère, son enfant est toujours le plus beau.
X'XXVI. Le crapaud médecin et le renard – Beaucoup de médecins sont des charlatans.
XXXVII. Le vieux chat et la souris – Les méchants sont sans pitié.
XXXVIII. Le gland et les champignons – Depuis 1789, tout le monde est égal!
XXXIX. La rose et le papillon – L’amour est volage.
XL. Les voleurs et le coq – Les méchants sont sans pitié.
XLI. Le buisson et la brebis – Fuyons les cours de justice et les avocats.
XLII. Le rat de ville et le rat de champ – Le rat des villes a tout sauf la sécurité.
XLIII. Le chat et la chauve-souris – La mauvaise foi.
XLIV. L'âne sauvage et l'âne domestique – Satisfaisons-nous de ce qu’on a.
XLV. Le renard à la cour du lion – Il est dangereux de dire leurs vérités aux puissants, même quand ils l’exigent.
XLVI. Le loup et l'agneau – Le plus fort trouve toujours une excuse pour manger le plus faible.
XLVII. La Mort et le bûcheron – La mort n’épargne personne.
XLVIII. Ésope jouant aux noix – Il faut aussi savoir s’amuser.
XLIX. Le mâtin et l'épagneul – Il vaut mieux ne jamais s’acoquiner avec les violents.
L. La fourmi et la chrysalide – « Jamais le vrai talent [n’est] prétentieux. »
LI. Le loup et le sort – On finit toujours par payer pour ses crimes.
LII. L'Écho et le malheureux – On peut se rendre malheureux à écouter autrui.
LIII. Le héron – « Lorsqu’on veut trop gagner, bien souvent on n’a rien. »
LIV. Le rustre, le bouffon et le peuple romain – Il est difficile de gagner une foule qui est contre soi.
LV. Le chat et la souris – Le chat est prêt à tout pour croquer la souris.
LVI. Le renard et Le bouc – Fuyons les fourbes et les pervers.
LVII. La vie humaine – Les âges de la vie.
LVIII. Les deux lézards – Tout le monde a ses problèmes.
LIX. La boite aux lettres et le télégraphe – L’homme court après le progrès.
LX. Le cheval, la locomotive et le télégraphe – Le progrès.
LXI. La lampe et le papillon – « L’humanité, courant après la volupté, à chaque instant se suicide »
LXII. La reconnaissance d’aujourd'hui – Toute reconnaissance est intéressée.
LXIII. La fortune et Sylvain – L’argent triomphe de l’amour.
LXIV. La chasse au bonheur – Même les rois courent après le bonheur.

Comme personnages, on trouve surtout des animaux, mais aussi des humains, des végétaux et certains objets, comme les astres, les livres, le télégraphe, le train…

Dans certaines fables, on peut découvrir une visée politique mais, dans l’ensemble, Stevens m’apparaît plus sage que La Fontaine. Ce dernier se faisait un malin plaisir de critiquer la noblesse qui s’agglutinait autour de Louis XIV; Stevens défend plutôt la morale bourgeoise, c’est-à-dire l’ordre établi. Il redit trop souvent qu’il est vain d’envier les riches et les puissants, car ils ne sont pas plus heureux que les humbles. Plus encore, il semble accepter que l’amour de l’argent puisse commander à tout autre sentiment. Enfin, à quelques reprises, il condamne les aventuriers et ceux qui veulent changer leur condition sociale.

Lire le recueil sur Google livres.


LE LOUP ET L'AGNEAU.
Une fois un jeune agneau
Pauvre orphelin sur la terre,
S'abreuvait dans un ruisseau,
Quand un être sanguinaire
Le loup vint pour y laper.
Il l'aperçoit et s'arrête,
Grondant et branlant la tête ;
L'agneau se met à trembler...
-" Pourquoi, petit misérable,
" Dit le loup à l'agnelet, "
" Bois-tu de ce ruisselet ?..."
-" Oh ciel ! si je suis coupable,
" Pardonnez puissant seigneur,
" J'ignorais cette défense "
" Et je jure sur l'honneur..."
-" C'est assez. Fais-moi silence !
" Garde pour toi ton serment,
" Mais avoue à l'instant même
" Que tu parlas méchamment
" De moi, le dernier carême ?..."
-" Moi !... seigneur, je n'ai parlé;
" Comment l'aurai-je pu faire,
" Puisque je n'étais pas né..."
-" Brigand ! veux-tu bien te taire ?...
" C'étaient tes frères alors ?..."
-" Hélas ! ils n'ont rien pu dire
" Mes frères, tous deux sont morts
" Avant l'hiver, mon doux sire !..."
-" Si ce n'est eux, c'est quelqu'un
" De ta race médisante.
" Frère ou cousin, c'est tout un.
" L'insulte est par trop criante :
" Je me venge cette fois."
Le loup saisit sa victime
Qu'il emporte au fond du bois.

Partout le fort prend la dîme.

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