23 décembre 2016

Noël vécu

Gaétane de Montreuil (Georgina Bélanger), Noël vécu, Montréal, Beauchemin,  1926, 121 pages.

Gaétane de Montreuil présente 13 courts récits qui tiennent pour beaucoup du petit fait vécu, voire de l’anecdote. Il me semble que ce recueil devait viser les distributions de prix qui venaient couronner les élèves méritants à la fin d’une année scolaire. C’est vous dire que les histoires racontées ici sont, on ne peut plus simples. Il nous arrive même, en terminant un récit, de nous demander : « C’est terminé? C’est juste cela? » 

Ce ne sont pas des contes de Noël, ce que le titre pourrait laisser penser. L’auteure a tout simplement repris le titre du premier récit pour coiffer son recueil. 

On a droit : à une petite fille malicieuse qui suspend ses mauvais coups, le temps de quelques jours, pour être sûre de recevoir ses cadeaux de Noël (Noël vécu); au mariage inespéré d’une vieille fille avec un amoureux de jeunesse devenu veuf (Nadine); au mariage d’une solide paysanne qui épouse un veuf cruel pour venger son amie morte suite aux mauvais traitements que cet homme lui a infligés (Une Maîtresse Femme); à la surprise d’un homme de découvrir que le journal intime, qu’il savoure en catimini, a été écrit par  son épouse pendant sa jeunesse (Le Passé et le Présent);  aux frasques de la « Gerlot », une fille qui fait peur aux gars (Mademoiselle Théotis)  ; à l’amour-haine entre deux amies (Douce vengeance)  ; à l’inimitié d’une nièce pour sa tante qui déteste les enfants (Choses vécues)  ; aux regrets d’une pauvre servante orpheline qui a refusé d’épouser une homme beaucoup plus âgé qu’elle  (Douce flamme sous la neige); à l’amusement d’une jeune fille qui s’est trouvé un mari en écrivant des lettres d’amour au prétendant d’une amie (Pour ses Lettres); etc.    

Comme on le voit, ce sont surtout des jeunes filles qui sont au cœur de toutes ces histoires, des histoires légères, sans prétention, qui se lisent facilement et qui, parfois, ont fait sourire le vieux lecteur que je suis. 

Extrait (Mademoiselle Théotis)
Vers neuf heures, nous étions à dire le chapelet près du poêle, Sophie et moi, lorsque, tout à coup, la porte s’ouvre brusquement et... qu’est-ce que nous voyons entrer?... Le diable en personne... Et qu’il n’était pas beau, je t’assure: des cornes longues comme ça, une face charbonnée et une queue qui traînait jusqu’à terre.

À cette vue, via ma sœur qui veut se trouver mal. Mais, moi, tu sais, ma petite, j’ai toujours eu le nez fin: « Je suis une honnête fille que je pensai, je fais pas de tort à personne; donc, le démon n’a rien à faire dans ma maison. » « Aie pas peur que je dis à Sophie, ce diable-là ne vient pas de l’enfer; je reconnais ça au pendant qui s’est accroché par derrière. » 

Et c’était pas ben difficile, expliqua la Gerlot en s’attardant à philosopher un brin: « Dans ce temps-là, c’était pas comme au jour d’aujourd’hui, les « habitants » ne se ruinaient pas à acheter des belles toilettes à leurs filles. Y avait donc dans la paroisse, rien qu’une demoiselle qui portait un tour de cou en fourrure. C’était la sœur de ton grand- père. Et j’avais ti pas reconnu l’article dans la queue de ce diable. Aussitôt, je me mets à penser que puisque Satan n’était pas le propriétaire de la chose, il serait bien contrarié de me la laisser en gage. Je m’élance sur le gars et d’un coup vigoureux, je décroche sa fausse queue. « Viens la reprendre, si tu veux que je te torde le cou comme à une poule, que je fais ». Mais il savait trop ben à qui il avait affaire pour oser s’y frotter. D’ail leurs, j’avais pris un gourdin dans la cheminée et allant vers la porte: « Sortez, Monsieur le diable, que je lui dis; votre visite a été assez longue comme ça, et je vous invite à ne plus revenir sous cette physionomie-là. » Il ne se le fit pas répéter, je t’assure.

« Quand il fera jour et que vous aurez le visage bien lavé, vous pourrez venir réclamer votre queue ». (p. 49-51)

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