30 avril 2013

Nézon


Réal Benoit, Nézon, Montréal, Parizeau, 1945, 129 pages (Illustrations de Jacques de Tonnancour)

Réal Benoit présente 14 contes (?) au contenu plutôt fantaisiste. Les associations gratuites et l'humour absurde nous rappellent les surréalistes : « On jouait Mozart : une sonate pour violon et piano, les deux Menuhin. La perfection même; tout ce qu'il fallait pour vous faire oublier pendant quinze minutes qu'il y avait la terre, et, avec la terre, les maux de dents, les entorses et les garagistes malhonnêtes. »  En plus, il grossit les procédés du genre plutôt que de tenter de les dissimuler. « J’ai commencé ainsi cette histoire. Elle pourrait commencer tout aussi bien d’une autre façon. » L’écriture est finement travaillé, comme l’exige le genre. Tout cela m'a semblé très inégal, certains textes hésitant entre le récit et l'exercice d'écriture.

Nézon
Un hurluberlu attend impatiemment une lettre de son amoureuse. Lorsque le facteur la lui livre, il se précipite dans l’escalier et se tue. En ouvrant la lettre, on découvre une publicité sur la « maladie des pis de vaches rousses ».

L'Empereur de Chine
Au terme de sa vie, l'empereur de Chine, entouré de toutes ses richesses, attend le retour de son serviteur parti à la recherche de la beauté et du bonheur.

Une île en or
L'histoire de deux jeunes qui s’aiment racontée sur le mode hypothétique.

Paysage
Le narrateur décrit un lieu retranché qui lui rappelle un ancien bonheur.

Fenêtre ouverte sur le monde
Un médecin accueille dans son cabinet un homme en crise qui finit par se jeter par la fenêtre.

Allégories
Le narrateur parle de ses voisins de palier, surtout de sa voisine dont il est amoureux.

Vlan de Vlan
Un homme « s’est avalé le nez un soir de pluie ».

Tout en rond, tout en jaune
Un jeune homme quitte sa campagne et finit comme graine de citrouille dans le « nid d’hirondelles » de deux Chinois.

Le Grand à Léon
Le Grand à Léon, pour se venger d’une commère, fait exploser une bombe pleine de fumier qui pulvérise une partie de sa maison..

Une simple histoire
Un homme, heureux en mariage, rêve de partir, quitte à quitter sa femme qui ne veut pas le suivre.

Morin de Kazabulzua
Cet homme fantaisiste, mi poète mi fou, a enchanté la vie du narrateur.

Le petit marchand
Il voulait être poète comme son père. Or, son père était marchand.

Julie
Julie, la belle laitière, a envoûté le village.

Portraits
Le narrateur trace le portrait de trois amis farfelus.


VLAN DE VLAN
II s'était avalé le nez un soir de pluie où la musique des gouttes frappant le toit n'apaisait plus sa fureur. Rien n'avait pu l'arrêter : ni le ridicule, ni la vanité, ni la promesse d'un plantureux banquet.
Comme un enragé il avait sauté jusqu'au plafonnier Empire qui lui avait inondé le visage de clochetons de verre, — on en voit de pareils et moins beaux dans la boîte à boutons de vos mères, — et sublime, avec l'œil hagard des chasseurs de lions à la gloire passée et à la mémoire disparue, il avait fait le geste. Oh !
Ah ! mais qu'on essaie de le faire. Perdez un nez, perdez le nez, c'est tout comme, dit votre grand'mère, ouais !
C'est d'abord un grand trou qui vous regarde : où s'est-il fourré le nez ? Puis la pitié qui vous saisit et vous fait oublier l'héroïsme...
Puis c'est la danse. Après tout il faut vivre et que je saute et que je trépigne et que je trempe mon nez dans le vin... pardon ! J'oubliais... Vlan de Vlan !  (p. 65-66)

1 commentaire:

Anonyme a dit...

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