18 juin 2009

Aux sources canadiennes

Georges-Émile Marquis, Aux sources canadiennes, à compte d’auteur, Québec, 1920, 179 pages. (1re édition : 1918)

Dans la veine des Chez nous d’Adjutor Rivard, des Rapaillages de Lionel Groulx et des Récits laurentiens du frère Marie-Victorin, G. E. Marquis nous présente ses « vieilles choses, vieilles gens ». Disons d’emblée qu’il est moins littéraire ou, si vous voulez plus prosaïque, que ses trois célèbres devanciers et qu’il se rapproche davantage des Vieilles choses, vieilles gens de Georges Bouchard ou de Les choses qui s’en vont du frère Gilles.

Marquis n’essaie pas de nous raconter des histoires. Il colle à la réalité et devient même parfois un essayiste très sérieux qui dresse des tableaux et étale des rangées de chiffres. Rappelons qu’il était chef du Bureau des statistiques de la province de Québec. D’ailleurs, en préface, il nous avertit qu’il veut « faire œuvre utile; donner le bon exemple aux jeunes ». Sa pensée est simple, c’est l’idéologie de conservation : la terre, la famille, la foi catholique. Son recueil compte quatorze petits chapitres.

Le vieux grenier
« Chez nous, c'est au vieux grenier, sorte de vestiaire, de musée et d'arsenal tout à la fois, que l'on pouvait retrouver, dans un beau désordre, les choses les plus disparates par leurs formes, leur usage et leur âge […] Trois fois cinquante ans y avaient accumulé une infinité d'objets, fort étonnés, sans doute, de se trouver en commun. » Dans son grenier, on trouve : un fusil à pierre, une corne à poudre, une vieille rapière; différents coffres contenant de vieux vêtements, des draps de toile du pays, des catalognes…; différents meubles dont une vieille horloge aux rouages de bois, un rouet, un métier; dans une « grande armoire bleu roi », « une collections de plantes, d’herbages, de racines et de baies aux propriétés curatives ».

La visite aux champs
« Mon père, fils de cultivateur, avait pendant plus d'un quart de siècle tenté de tous les métiers et de tous les négoces, mais pour revenir finalement, pris sans doute de nostalgie, à cette bonne nourricière du genre humain, l'agriculture, qui avait été l'objet de ses labeurs jusqu'à l'époque de sa majorité. Comme il l'aimait notre bien… » Chaque dimanche, son père, très minutieux, parcourait les champs avec ses fils, et surveillait l’avancement des récoltes et déterminait ce qui devait être fait dans la semaine à venir.

Marcher au catéchisme
N’accédait pas à la communion qui veut : « Seuls les enfants de dix ans et plus, bien préparés, sachant tout le "petit catéchisme", y compris les prières, devront y être envoyés par les parents. Il faudrait une sagesse exemplaire et beaucoup de science pour qu'un enfant âgé de moins de dix ans y soit accepté. Les dissipés, les malcommode et les cabochons, qui n'ont pas fréquenté la classe assidûment pendant l'année, seront impitoyablement renvoyés. Inutile, pour les mères, de venir larmoyer au presbytère, quand leur ange aura été congédié. Le jugement du curé sera sans appel. » L’épreuve durait six semaines et le curé à tout moment pouvait vous recaler, si bien que certains « cabochons » devaient s’y reprendre à trois fois avant de recevoir leur « certificat » de catholique en règle.

Labours d'automne
En promenade à la campagne, l’auteur aperçoit un attelage de bœufs tirant une charrue. Cela lui rappelle qu’après avoir été « toucheux » (conducteur), il avait, lui aussi, tenu les mancherons de l’ancienne « charrue à rouelles ». Et ce souvenir nous vaut cette profession de foi agriculturiste : « L'artisan des villes, au contraire, ne compte que sur son patron pour retirer un salaire lui permettant de faire vivre les siens. De même aussi, le commerçant, l'industriel, le fonctionnaire, le professionnel, tous doivent s'appuyer sur l'homme des champs pour gagner leur pain Aucun de ceux-ci, à la rigueur, n'est absolument nécessaire à la vie du peuple, tandis que le cultivateur, lui, nourrit le genre humain. Il n'y a qu'un être en qui il met tout son espoir. Et cet être, c'est Dieu lui-même qui fait germer, croître et mûrir les blés et autres produits de la terre. C'est donc en la Providence seule que le cultivateur met toute sa confiance et toute sa foi. »

Le pin du couvent
À cause des « craintes puériles de quelques paysans obtus », on abat un vieux pin séculaire qui faisait la fierté du village de Saint-Gervais.

Une oasis aérienne
Le mois de juillet 1916 fut si chaud que tout un chacun cherchait une oasis urbaine où ils pourraient se rafraîchir. Le narrateur trouve la sienne dans le parc Montmorency. Pendant ces haltes, il réfléchit aux richesses historiques de la ville de Québec.

Retour à la terre
Il raconte l’histoire d’un « gars » de son village qui, après dix ans de travail comme menuisier-charpentier en ville, décide de s’acheter une terre et de fonder une famille.

Santa Claus
Le petit Jésus de notre enfance ou le loufoque Santa Claus, clown protestant-américain? Marquis livre un plaidoyer en faveur du maintien de la tradition du Petit Jésus.

L'été de la St-Martin
« C’est le jeudi, 9 novembre. Nous sommes en plein cœur de l’été de la St-Martin. Je quitte Montréal, par le Pacifique canadien, en destination de St-Jean-d’Iberville. » Il nous raconte cette belle journée, de ce que nous appelons maintenant l’été des Indiens.

Notre bilan vital
Marquis, en tant que chef du Bureau des statistiques, nous offre le « bilan vital » de l’année 1916. Il rappelle que « pendant la période décennale 1760-1770, on enregistrait une moyenne de naissance de 65.3 par mille de population, tandis que cette moyenne a baissé à 37.4 pendant la période 1904-1913 ». Rassurez-vous, seule la Roumanie avait un taux de fécondité plus grand que celui du Québec. Et bien que notre taux de mortalité infantile soit un des plus élevés du « monde civilisé », le bilan demeure largement positif : la population croit de 50000 habitants par année, presque tous des catholiques. Malheureusement, les politiques agricoles déficientes forcent trop de jeunes à émigrer en ville.

Le pain blanc
Marquis joint sa voix à celle du docteur Aurèle Nadeau qui vient de publier un opuscule intitulé « L’erreur du pain blanc ». L’auteur déplore que le pain de boulanger ait remplacé le pain de ménage, fabriqué à partir de blé, culture en voie de disparition au Québec. Il y voit même une raison de la « dégénérescence de la race ». Lire l’extrait retenu.

L'exposition de Québec
Il fait le bilan de l’exposition agricole de 1917 tenue à Québec. Apologie de l’Agriculture, « base de l’économie nationale et le plus sûr maintien de l’équilibre social ».

Noëls domestiques
Statistiques à l’appui, plaidoyer en faveur d’un haut taux de naissance afin d’assurer notre place dans le Canada.

Extrait
Sans être médecin, il me semble que l'on peut bien avoir des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Or, quel est celui qui peut ne pas voir une dégénérescence de la race, dégénérescence qui prend des proportions alarmantes et pourrait, avant un siècle, nous classer au nombre de certaines races de ratatinés du Vieux continent ? Ce mal se répand partout, à la campagne comme à la ville. Allez dans une de nos paroisses rurales ; frappez à toutes les portes d'un rang quelconque, et je vous donne ma parole que dans plus de cinquante pour cent des foyers, vous allez trouver des malades. L'un souffrira, de rhumatisme, un autre de dyspepsie, un autre de tuberculose, un autre de constipation chronique, un autre d'affections rénales, etc., etc. Les bébés, bourrés jusqu'au faîte, feront de la gastro-entérite, de la diarrhée, et ce n'est qu'à force de sirop calmants qu'on pourra les empêcher de brailler sans largue du matin au soir et du soir au matin. Bien des mères, inconscientes de leur devoir, se dispenseront sans scrupule de donner à leurs bébés l'aliment maternel et ceux-ci prennent bientôt le chemin du cimetière, entre l'âge de un jour à un an, dans une proportion de 16.10 pour cent dans la province, quand ce coefficient est de 10 dans l'Ontario, de 11.5 dans la Nouvelle Écosse, de 7.2 en Australie et de 5.7 dans la Nouvelle-Zélande. (p. 139-140)


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