27 avril 2009

La Vie tourmentée de Michelle Rôbal

Adrienne Maillet, La Vie tourmentée de Michelle Rôbal, Montréal, Chez l'auteure, 1947, 239 pages.

« C’est le 22 octobre 1934 que j’ai connu Michelle Rôbal. » Et encore : « Je n’ai rien inventé de cette histoire, mon lecteur peut en être assuré. » Adrienne Maillet dédie son livre à son héroïne. Cette dernière était même au courant des projets de l’auteure et lui aurait demandé d’attendre son décès avant de publier son livre. Le mot « roman » n’apparait nulle part. Disons donc qu’il s’agit d’un récit.

Enfant pas très belle mais intelligente, Michelle n’est pas aimée de sa mère qui lui préfère son frère et sa sœur Ruth. Son père, par contre, apprécie sa vivacité. Dès qu’elle est en âge scolaire, on l’enferme dans un pensionnat où elle brille par son intelligence. Sa mère l’en sort à 17 ans : elle lui jette dans les bras son amant pour couvrir son adultère. Cet homme est pris à son propre piège et tombe amoureux de Michelle. Quand celle-ci découvre la supercherie, elle le répudie. Elle quitte sa ville de province pour Montréal, devenant étudiante à l’hôpital Victoria. Elle confie ses malheurs à un ami, Serge, qui devient son amoureux. Elle se livre pieds et poings liés à cet homme contrôlant. Il la convainc de rentrer chez elle en attendant qu’il rompe avec sa fiancée Lorraine. Mais il ne peut briser ses engagements et il épouse Lorraine. Michelle, abandonnée et blessée, retourne à Montréal, cette fois-ci dans un hôpital catholique. Elle perd la foi, fait deux crises cardiaques, vient près de mourir bien entendu. Un curé réussit non seulement à la ramener dans le droit chemin, mais à la persuader de rentrer au cloitre. Là, on veut exploiter ses talents de musicienne. Elle tombe amoureuse du professeur qui l’initie à l’orgue. Elle réussit quand même à rompre avec lui. Une violente grippe se répand dans le prieuré, elle s’active auprès des malades, l’attrape et en meurt sans avoir prononcé ses vœux perpétuels.

Je me suis donné comme règle de ne jamais ridiculiser les livres que je blogue. Ici, disons que c’est difficile de trouver la moindre qualité à ce récit qui évolue de petits coups de théâtre en rebondissements dans un climat mélodramatique trop fortement appuyé. Alors si, comme Adrienne Maillet nous le dit dans son avant-propos, toute cette histoire est vraie, on ne peut que plaindre cette pauvre fille, tout en notant que ses déboires sous la plume d’Adrienne Maillet ne nous émeuvent en rien.

Extrait
Un jour, Serge voit Mme Rôbal et Ruth se diriger, en auto, vers la ville. Il saisit cette occasion unique pour courir voir Michelle sans témoin. Les deux amis passent une heure délicieuse à causer intimement. Afin de tranquilliser Serge, la convalescente lui répète sur tous les tons qu'elle se sent beaucoup mieux, même prête à reprendre son service à l'hôpital.
Toujours tourmentée par la pensée que son Serge ne pratique plus sa Religion, Michelle ne laisse pas s'achever ce tête-à-tête sans s'efforcer de remettre le bien-aimé sur la bonne voie. Elle veut d'abord connaître le motif qui l'a poussé à abandonner le chemin de l'église.
— Ce sont les railleries de ma femme. Elle n'admet pas que je puisse m'approcher des Sacrements, assister à la messe, en un mot, être un chrétien pratiquant et demeurer votre fidèle ami. Alors, pour mettre fin à ses moqueries, j'ai cessé de prier et d'aller à l'église. Je ne m'en porte pas plus mal, veuillez m'en croire.
— Oh ! Serge, soyez sérieux. On ne néglige pas ses devoirs religieux pour se soustraire à des taquineries. Si vous saviez combien je souffre depuis que papa m'a appris votre abandon de notre Religion, vous vous empresseriez de me soulager en redevenant le grand chrétien que j'ai connu. Pensez-y bien: c'est grâce à votre exemple si je suis restée bonne. Celui que vous me donnez actuellement pourrait m'être funeste. Prenez garde !
— Je ne sais plus de quel côté me tourner, tant la vie m'est lourde à supporter.
— Tournez-vous du bon côté, vers le Bon Dieu, vous ne vous tromperez sûrement pas. Au nom de notre amour, je vous en supplie, promettez-moi de reprendre vos pratiques religieuses au plus tôt !
Serge; ne se targuant pas d'être un esprit fort, lui répond, le sourire aux lèvres:
— Je les reprendrai le jour où votre santé vous permettra de vous rendre à l'église.
— C'est juré?
— Sur mon honneur.
Une semaine avant Noël, Michelle a pu aller à l'église. Serge ne songe donc pas à se faire tirer l'oreille, lorsque commence un triduum préparatoire à cette grande fête; il en suit tous les exercices.
À la messe de minuit, il s'approche de la Sainte Table avec Michelle, ils communient côte à côte; Lorraine est à Montréal dans sa famille, où elle passe les fêtes. (p. 142-143)

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