10 avril 2009

La Chanson du paysan

Ulric Gingras, La Chanson du paysan, Québec, L’Action sociale, 1917, 173 pages.

L’auteur n’a que 23 ans lorsqu’il publie ce recueil. « Pardon, mes vers, pardon, si, dans mon ignorance, / Je vous ai faits d’un peu des choses du terroir. » Ce sont les deux premiers vers du recueil. Le ton humble, caractéristique des poètes de l’époque, et le thème sont annoncés clairement. « Frères, je suis celui qui passe et vous ressemble, / Celui dont l’art a pris toute l’âme à vingt ans; / Venez, rapprochez-vous, consolons-nous ensemble, / Comme moi par le cœur vous êtes paysans! »

Le recueil, préfacé par Louis-Joseph Doucet, ne compte aucune division, les poèmes succèdent aux poèmes, un peu à la va comme je te pousse. Pourtant, à y regarder de près, ils auraient pu être regroupés en trois parties.

La première aurait contenu tous les poèmes qui donnent dans la nostalgie et la tristesse. Gingras pleure sur les lieux de son enfance perdue : « C’est un très vieux moulin connu dès mon enfance, / Qui dérobe aux regards son toit triste et penchant » Ou encore : « Notre petit jardin, de nouveau je le vois / Repeuplé de chansons, de nids et de coups d’ailes. » Le regret de son passé, comme on le voit, se mêle au regret d’une époque, ce que représente la maison de l’aïeul : « Le bruit des printemps fous aux rythmes cadencés, / A frémi, car, là-haut, les meubles d’un autre âge / Gardent pieusement, sous leurs voiles fanées, / Le culte des aïeux comme un précieux gage. » Ou encore l’héritage des parents : « Et puisqu’il faut mourir, heureux le paysan, / Heureux celui qui sur une tombe connue, / Pour réciter encore la prière d’antan / Qui lui fut par sa mère apprise l’âme émue! »

La deuxième partie aurait contenu tous ces petits « tableaux rustiques », plutôt riants, dans lesquels Gingras exalte la nature. Bien entendu y apparaissent quelques laboureurs ou moissonneurs, mais là n’est pas l’essentiel. Le poète, à la manière de ses maîtres romantiques, certainement Lamartine, traduit ses états d’âme à travers les paysages : « Le ciel appuie une caresse sur mes yeux, / Et je vois le pin noir qui pleure sa résine, / Déposer de l’ombrage au fond du vallon creux / Que sillonne un ruisseau venu de la colline. »

Enfin, une dernière partie aurait présenté les quelques poèmes patriotiques qu’on trouve dans le recueil. « Je t’aime, ô mon pays, oui, je t’aime et t’honore! / Ta race est immortelle et ta gloire est d’airain »

En somme, les thèmes et les motifs qui les développent sont on ne peut plus convenus. Gingras y présente, sur le mode romantique, les grands thèmes du terroir, comme la nostalgie du passé, la beauté de la nature laurentienne, l’amour du pays, la douceur de la vie champêtre... C’est du terroir dans la grande tradition. On peut accorder au poète un certain sens de l’harmonie, mais rien de plus. Si le recueil n’avait été qu’une mince plaquette, peut-être lui reconnaitrions-nous encore un certain charme.

TERROIR
Comme le pin tombé du sommet des collines.
Inclinant dans la nuit son large front chenu,
Garde, malgré les heurts déchirant ses racines
Un peu du sol natal à son tronc retenu ;

Je conserve toujours dans mon âme fidèle,
Un souvenir touchant du village natal,
Le langage si doux d'une race immortelle
Et le songe divin d'un beau ciel hivernal.

Et je revois encore, au fond de ma mémoire,
Le décor émouvant de la vieille maison
Au long toit radoubé ; la route solitaire
Bien des fois parcourue aux jours de fauchaison.

Sous le charme assombri de ces riens par l'absence,
Qui s'attachent à moi pénétrant d'amitié,
Plus volontiers je meurs en trompant ma souffrance
Heureux de retourner au sol où je suis né!
(pages 3-4)

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