20 avril 2008

Tâches obscures

Reine Malouin, Tâches obscures, Québec, L’Action sociale, 1946, 160 pages.

Le recueil contient trois nouvelles, l’une étant historique et les deux autres, psychologiques. C’est une des premières œuvres de Reine Malouin qui en publiera un bon nombre. Disons d’emblée que le titre n’est pas très vendeur. L’auteur nous présente en effet trois « tâches obscures » greffées sur des intrigues amoureuses.

La natte blonde
Ville-Marie, 1661. Lise de Belleville et Jean de Varenne s'aiment. Elle travaille comme infirmière auprès de Jeanne Mance et lui, comme soldat auprès de Monsieur de Maisonneuve. Ils sont amoureux, veulent s’établir sur une terre et fonder une famille. Leur projet est contrecarré quand Jean doit partir en garnison pour le fort Sainte-Anne (sur le Lac Champlain, au Vermont). Avant son départ, ils s’épousent. Ils passeront cinq longues années sans se revoir, lui rivé dans sa « tâche obscure », abandonné dans ce fort qui protège la Nouvelle-France. Quand Jean revient enfin, c’est pour mourir du « mal de terre ». Elle décide de devenir religieuse.

La tâche obscure
Hélène, fille de riches bourgeois, est malade. Elle flirte avec la dépression. Sa mère décide de l’envoyer en campagne chez sa belle-sœur. Elle rencontre Pierre Casgrain, un jeune agronome qui possède un domaine. C’est un jeune homme brillant qui a décidé de se consacrer aux travaux de la ferme. C’est en quelque sorte sa participation obscure à l’effort de guerre. Plutôt que de se battre, il produit de la nourriture pour les soldats. Au contact de la nature et de Pierre, rapidement Hélène récupère. Elle est amoureuse et, sans difficulté, elle décide de renoncer à la ville et la vie mondaine.

Génie d’un jour
Un jour, Christiane surprend une conversation de son mari dans laquelle il parle d’elle. Il lui reconnaît beaucoup de qualités, mais déplore son peu de vivacité intellectuelle. Du coup, elle décide de conquérir cet homme qu’elle aime, donc de lui démontrer que son jugement est injuste. En cachette, elle écrit et publie sous un nom d’emprunt un roman qui connaît beaucoup de succès. Son mari lit le roman et écrit à l’auteure pour la féliciter. Durant une réception, il prend même la défense du livre devant un député qui le déprécie. Christiane ne peut s’empêcher de renchérir, si bien que son mari comprend qu’elle en est l’auteure. Sa femme, sous ce nouvel éclairage, le comble.

Il me serait très difficile d’épiloguer longuement sur ces trois nouvelles. C’est vraiment des histoires d’une autre époque, avec trois femmes à la remorque des hommes, des récits moralisateurs, de peu d’intérêt. **

Voici un échange entre deux personnages qui devrait vous donner une idée du ton :

« — Hélène vous êtes une victime de la crise d'âme et de caractère qui sévit, aujourd'hui, dans tous les milieux. Comme beaucoup d'autres, vous avez commis l'erreur de confondre le plaisir avec le bonheur.
— Je le reconnais. C'est pour cela, Pierre, que je cherche à résoudre le problème de la prospérité solide, du bonheur réel. Je cherche la chose prestigieuse, capable d'enfanter l'amour, la joie et la sérénité. »

Ou encore ce petit morceau de bravoure, avec patriotisme de circonstance :

« — Je ne les méprise pas, Hélène, au contraire, j'aime leur humanité douloureuse, je souffre de leur misère et je voudrais pouvoir dire à tous ceux qui se sont trompés de route et qui n'ont pas l'énergie nécessaire pour faire les quelques pas en arrière qui leur permettraient de reprendre position: Oui, vous aviez le pouvoir et le devoir d'apprendre, d'élargir votre vie intellectuelle, mais vous aviez aussi celui de ne pas oublier vos origines, de garder jalousement ce que les autres ont forcément perdu : la race. Le véritable flambeau de la survivance française, c'est nous qui le tenons, avec ce que notre caractère a de rude, de solide, d'entêté, mais aussi avec la noblesse léguée par le passé. Notre profession n'est pas une tâche obscure, c'est une œuvre de vie, de lumière, d'amour que nous accomplissons avec orgueil et volonté pour nous, pour la Patrie, pour l'humanité !
— Pierre, la véritable noblesse d'âme est dans la vie intérieure, et vous possédez richement cette force, ce refuge, ce trésor de satisfactions invisibles, mais réelles, qui vous permet, aux heures de doute et d'angoisse, de rentrer en votre cœur, de contempler en vous ce quelque chose de vraiment grand qui affermit l'édifice chancelant du courage et qui construit l'amour. Je vous admire!
Pierre se pencha sur le visage illuminé de la jeune fille, il voulut lire dans les yeux d'ombre, l'admiration sincère en laquelle il croyait. Tout homme, quel qu'il soit, a besoin de cet encens qui monte d'un cœur aimant et compréhensif. Les prunelles de nuit livrèrent une âme si tendre et si fervente qu'il en fut ébloui. » (p. 99-100)

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