25 février 2008

Juana, mon aimée

Harry Bernard, Juana, mon aimée, Montréal, Albert Lévesque, 1931, 212 pages.

L’action du roman se passe dans un petit village imaginaire de la Saskatchewan au début des années 30, dans un milieu qui semble francophone. Le narrateur en est Raymond Chatel, 35 ans, un journaliste qui a dû quitter Montréal pour aller se refaire une santé à la campagne. Conseillé par un missionnaire, il se retrouve dans une ferme de l’Ouest canadien, celle de Michel Lebeau, de sa femme et de ses trois enfants. Pour s’occuper, il travaille au champ, travail qu’il n'a jamais fait. L’hiver, il enseigne aux enfants.

Pendant le deuxième été, lors d’une partie de chasse dans les environs de la ferme, il croise Juana, une jeune femme dont il tombe amoureux (voir l’extrait). Elle vient aussi de Montréal. Son père est venu s’installer en Saskatchewan, après la mort de sa femme et ils habitent dans les environs. Or, celle-ci s’avère la petite sœur (elle a maintenant 22 ans) d’une ancienne flamme de Chatel, du temps où il vivait à Montréal. La jeune fille finit par lui révéler qu’elle est amoureuse de lui. Pour une raison incompréhensible, elle le tient à distance. Plus encore, quand son père meurt, elle épouse un autre homme. Ils se revoient plus tard et Chatel découvre le problème : elle le croyait marié.

Intrigue secondaire : la femme de Lebeau veut revenir vivre à Montréal. Son mari devrait travailler dans une usine. Elle finit par comprendre, grâce à un voyage à Montréal, qu’ils sont mieux sur une terre dans l’Ouest.

Autre intrigue secondaire : la fille ainée de Lebeau est aussi amoureuse de Chatel.

Le sujet est intéressant : les Canadiens français n’ont pas tous émigré aux États-Unis. Plusieurs sont allés dans l’Ouest canadien. Bernard avait l’occasion de développer ce thème, ce qu’il ne fait pas. Il choisit l’Ouest pour l’exotisme. Il veut raconter une petite histoire d’amour qui sera « vendeuse ». Or, cette intrigue sentimentale présente bien peu d’intérêt. **

Extrait

C'est au lendemain d'une conversation de ce genre que je connus Juana. Nous étions en mai, le neuf, exactement. Je n'oublierai jamais cette date. Elle chante en mon cœur, je la possède comme un trésor. Pourquoi le souvenir a-t-il tant de puissance? Je n'ai qu'à fermer un peu les yeux, par une tiède journée de printemps, et la svelte figure de Juana surgit devant moi, rieuse et grave. Comme si elle n'était pas partie à jamais, disparue de ma vie! Comme si elle ne m'était pas aussi inaccessible qu'une morte! Ma main tremble à tracer ces mots. Que dirait Juana, mon aimée, s'il lui était donné de lire par dessus mon épaule? Il me semble qu'elle vient à petits pas, que je l'entends glisser derrière moi, s'appuyer au dossier de ma chaise et me donner brusquement, en éclatant de rire, un grand baiser dans le cou. Juana, petite fée de la prairie, déesse de la moisson, reine de mon rêve inachevé! Je te vois telle que t'ai connue, sans orgueil et sans pose, avec tes gestes simples et la générosité spontanée de ta jeunesse. Tu vis en moi, plus vivante que jamais, et pourtant plus lointaine que les mortes véritables.
Je dormais.
Allongé parmi l'herbe drue, dans l'ombre chiche que projetait un bouquet de trembles et de peupliers graciles, je m'étais assoupi sans m'en apercevoir. Fatigué de la selle, j'avais marché pour me dégourdir les jambes. Ma jument suivait en liberté, les guides sur le cou. Ayant atteint les petits arbres qui me cachaient l'horizon depuis longtemps, je ne sus résister au plaisir de m'étendre sous leurs branches. Je m'endormis presque aussitôt. Quand je rouvris les yeux, Juana était devant moi.
Elle parla la première. (p. 52-53)

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