29 février 2008

Dolorès

Harry Bernard, Dolorès, Montréal, Albert Lévesque, 1932, 223 pages.

Jacques est un jeune avocat qui travaille pour l’étude d’Oscar Duchesné. Il est amoureux d’une amie d’enfance, Lucille, qu’il doit épouser bientôt. Son patron lui confie une mission au nord de Montréal : enquêter sur un certain Bussière qui aurait assassiné sa femme, crime dont il n’aurait pas été puni. Il prend donc le train, en principe pour un voyage de deux semaines. Le lieu dit se trouve dans un rang. Un vieux saoulon a le mandat de le conduire chez Bussière (qui héberge et emmène des touristes dans des excursions de pêche) pour qu’il puisse enquêter.

Or, un accident se produit et en pleine nuit, il frappe à la porte d’une maison inconnue. Là habite un vieux couple et une jeune fille, Dolorès. Jacques s'installe chez ces inconnus. Il apprend que la jeune fille vient de Montréal, que son père est riche et qu’elle vit ici, seule avec le vieux couple qui veille sur elle. Il apprend aussi que son fiancé s'est tué dans un accident de chasse. Elle n'a plus voulu retourner en ville depuis ce tragique événement, sa santé mentale vacillant.

Jacques en oublie complètement son enquête et sa fiancée, et tombe amoureux de Dolorès. Ensemble, ils font de grandes promenades romantiques dans la forêt qui les encercle (René de Chateaubriand ou presque). Ils sont amoureux. Il retourne à Montréal pour régler ses affaires, décidé à acquérir une étude à Mont-Laurier, pour rester près de sa belle. Malheureusement, au retour, il apprend que la jeune fille est devenue folle à la suite de l'incendie qui a détruit la maison qu'elle habitait.

Beaucoup d’introspection. Histoire d’amour, d’inspiration romantique (la jeune fille qui cache un terrible secret, la nature sauvage.) Dans la même veine que Juana mon amour. Relation amoureuse d’un romantisme suranné. Je suppose que l’auteur en était tout à fait conscient. Il a sans doute essayé de créer un roman populaire. **

ExtraitJ'achève de lire un roman ingénieux. Une histoire impossible, mais contée avec tant d'à-propos, de couleur, de naturel, qu'on la croirait vraie. Le tout est prenant. Faux néanmoins, cruel, mais faux comme l'amour et cruel comme la vie. Ces écrivains savent nous faire souffrir! Avec quoi? Rien, la plupart du temps. S'ils nous émeuvent, c'est à cause de nous. Ils exploitent la douleur et l'amertume qui sont en l'homme. Ce n'est pas tant leurs personnages que nous-mêmes qui nous intéressent. Par un effet du subconscient, c'est notre image que nous cherchons dans les œuvres. L'homme qui porte une grande peine,— comme une femme un enfant,— est triste jusqu'à la mort devant certains livres. Il y a reconnu son visage. Non pas son visage de chair, mais l'âme de son âme, ce qui vit en lui de plus caché, de plus secret.

Je n'ai rien d'un psychologue, ni ne me pique d'une clairvoyance particulière. J'ai les yeux ouverts, c'est tout. Il se peut que je me trompe, niais j'ai cru reconnaître que les gens matériellement heureux n'ont pas de temps à perdre aux livres. Ils ont d'autres soucis. Leurs appétits les occupent, et leur suffisent. Satisfaits d'eux-mêmes, ils ne s'attardent pas à penser. La faculté de souffrir, rançon de l'intelligence, n'existe chez eux qu'à fleur de peau. Ils se laissent vivre. Peu compliqués, ils acceptent les choses telles qu'elles sont, sans souhaiter ce qu'elles ne peuvent donner. En somme, ils ont raison. Que sert à l'homme de gagner l'univers?

Pourquoi ces lignes? Je ne sais. Il y avait du papier, sous ma main, et je me suis mis à écrire. Cette habitude de noter mes impressions, en marge d'une lecture! Elle m'a joué de mauvais tours dans ma jeunesse. Passons. Je reviens au roman qui m'a bouleversé, et que je reprendrai demain, pour me faire un peu plus de mal. Je puis bien dire, puisque je déchirerai ces pages, que ce livre me réfléchit comme un miroir. A des variantes près, il dévoile le secret de mon existence. Chaque ligne s'est enfoncée en moi comme un fer dans une plaie. Je me sentais accablé, sans même avoir le courage de pleurer. Le livre me jetait à la face la mélancolie, la dureté de tant d'années perdues. Perdues par ma faute. Au fait, je me demande si je dois détruire ces notes? Elles me donnent l'idée de raconter ce que jamais je n'ai révélé à personne, et qui explique le non-sens, l'inutilité de ma vie. Un homme du métier y trouverait les éléments d'un drame qu'il lui suffirait de lier ensemble. Je les lui donne. Puisse l'œuvre qu'il en tirera ne pas tomber sous les yeux de celle-là qui vit toujours, vieillie comme je le suis moi-même, et qui n'a pas compris. (p. 9-10)

Harry Bernard sur Laurentiana

Dolorès
Juana mon aimée
La Dame blanche
L’Homme tombé
La Ferme des pins
La Maison vide
La Terre vivante
Les Jours sont longs

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