20 août 2007

Fantaisies sur les péchés capitaux

Roger Lemelin, Fantaisies sur les péchés capitaux, Montréal, Beauchemin, 1950, 188 pages. (1re édition : 1949)

« Quelles sont les principales sources du péché? Les principales sources du péché sont l’orgueil, l´avarice, l’impureté, l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse. On les appelle communément péchés capitaux. » (Le Petit Catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et Ottawa)

Roger Lemelin, après Au pied de la pente douce (1944) et Les Plouffe (1948), a sans doute senti le besoin d’un livre plus léger. Il a donc écrit ces « fantaisies » sur les péchés capitaux. Il faut prendre le mot « fantaisie » dans son vrai sens : « Œuvre d'imagination, dans laquelle la création artistique n'est généralement pas soumise à des règles formelles. » Certes chacun des péchés capitaux fait l’objet d’une nouvelle, mais Lemelin ne sacrifie pas son histoire au thème. C’est dire que parfois il faut chercher un peu lequel des péchés capitaux il voulait illustrer dans sa nouvelle.


Voici donc un bref résumé de chacune des nouvelles.

L’élixir : l’impureté
Le narrateur est amoureux de sa cousine Ghislaine. Elle est pulmonaire, tout comme sa mère d’ailleurs. Un fantôme apparaît, qui lui donne une potion, qui lui permettra de posséder sa cousine ou de sauver sa mère.

Déchéance : la gourmandise
Un vieux découvre, dans une lettre, que sa femme l’a trompé avec leur meilleur ami, un goinfre s’il en est. Il désire se venger mais finit par prendre une bonne cuite avec son vieil ami.

Jalousie : l’envie
Un homme a été éduqué par son père à développer son corps. Arrive un accident qui le laisse paraplégique. Il rencontre une jeune femme qui l’épouse. Lorsqu’il voit que sa femme a détourné toute son attention sur leur fils qui fait ses premiers pas, il le tue.

Le chemin de croix : l’orgueil
Le curé d’une paroisse ouvrière a décidé que son église serait la plus belle. Il a fait construire un temple sans colonnes et avec la climatisation. Pour compléter son œuvre, toujours désireux de se démarquer, il invite un peintre moderne à dessiner le chemin de croix. C’est le désastre! Les paroissiens se révoltent.

La gloire du matin : la paresse
Jean Breton est devenu un homme d’affaires prospère. Sa richesse, il la doit à un roman écrit durant sa jeunesse. Son fils et sa femme lui reprochent d’avoir abandonné cette carrière. Lui évoque une certaine paresse…

Haut les mains! : l’avarice
La nouvelle met en scène deux frères : l’un est avaricieux, cache son argent dans un coffre dans sa chambre verrouillée. L’autre est un joueur. Un jour, le joueur demande à l’avaricieux 500$ pour payer une dette de jeu. Devant son refus, il simule un feu et dérobe ses 8000$ cachés dans son coffre. Quand l’avaricieux le découvre, il s’achète un révolver, décidé à se venger. Le joueur, pris de panique, tente de voler une banque pour le rembourser. Il est abattu par un client… son frère qui se trouvait sur les lieux.

Journal d’une Juive : la colère
L’action se situe avant la venue du Christ, au temps des faux prophètes. Paul, un violent, a rencontré un soi-disant prophète qui l’incite à retourner sa violence contre lui-même. Madeleine, son amoureuse, le flagelle en public. Au vue de ce spectacle, certains infirmes sont guéris, d’autres retrouvent la foi.

Lemelin essayait sans doute d’explorer d’autres voies que celle du réalisme de ses grands romans. Ce n’est pas vraiment convaincant. À son crédit disons qu’il ne se contente pas de traiter le thème au premier degré ou qu'il évite le plus souvent la facilité, le cliché (sauf pour l’avarice). ***

Extrait
Un élixir qui fait posséder une vierge... Les mots bourdonnent, triomphants, au-dessus du sommeil calme de maman. Une détente. Ghislaine se réfugie sur mon cœur. Ses petits sanglots font que sa tête heurte ma poitrine. Elle pleure et semble vouloir aspirer d'un seul trait la force immense qui repose entre mes épaules d'homme sain.
Quelle douceur ! Maman dort. Je ne puis la réveiller pour lui faire boire cet élixir. Vive la douleur qui me rend Ghislaine moins farouche! C'est tout son corps qui finit de sangloter contre moi maintenant. Sa robe est blanche. Mon bras s'enfonce mollement dans le creux de ses reins et le reste ondule sous je ne sais quelle brise fraîche. Nous marchons. Le banc de granit est là, toujours. Je ne pense plus aux pierres tombales, mais à des rochers moussus. Je m'étends et Ghislaine m'imite, sans pudeur, comme si elle se mettait à genoux. Je nous sens tomber dans un gouffre de volupté, où les fièvres nous traversent comme des sources chaudes.
Les muguets, les trèfles, me semblent grandir jusqu'au ciel, fleurs immenses dans un jardin merveilleux. Les arbres, trop grands, se sont soumis le firmament et cela nous fait un ciel clignotant et vert. La nature se gonfle avec nous, grisée par notre folie. (p. 22-23)

Roger Lemelin sur Laurentiana
Les Plouffe
Au pied de la pente douce
Fantaisies sur les péchés capitaux

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