Izbedska (1898-1954?) n’est pas une écrivaine québécoise, même si son recueil de poèmes en prose (c’est elle qui utilise cette appellation) a été publié à Montréal en 1945. Il est difficile de trouver des informations sur cette femme. Je comprends, à travers les lignes, qu’elle est née en Pologne, qu’elle a vécu en Union soviétique, puis en France où elle s’est mariée pendant la Première guerre mondiale. Elle a publié des poèmes dans des revues et au moins deux livres en francais dans les années 20. Elle a traduit des textes en russe et publié dans cette langue des récits. Probablement, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a émigré à New York.
Son lien avec le Québec est le suivant : entre le 10 avril 1943 et le 11 août 1945, elle a publié des récits et des poèmes dans le journal Le Jour de Jean-Charles Harvey. On trouve aussi un récit dans Le Samedi en 1946.
Cri d’alarme se lit encore très bien. Certains textes évoquent son enfance : « En Pologne, à l'âge de onze ans, j'aimais prendre dans la campagne, tous les jours, une direction nouvelle, n'importe laquelle, pourvu qu'elle berçât mon cœur déjà inassouvi par une combinaison de lignes et de lumières imprévue. ». Elle se remémore aussi certains moments de sa jeunesse, de son mariage, de sa vie de jeune mère vécues en France.
D’autres textes sont plutôt des instantanées. Par exemple, elle est assise dans un parc et elle observe les passants : « J'ai entendu aujourd'hui dans la rue quelque chose d'extraordinaire : l'entretien paisible de quelques êtres humains, entretien qui était comme un oiseau dans la main et dont chaque parole bannissait le ciel. »
D’autres traduisent ses états d’âme, entre autres les difficultés de quitter la France : « Nous avons traversé l'Océan comme un grand amour malheureux : comment survivre à tant d'exil? Comme le mot « quitter » sait scalper nos âmes ! Avons-nous emporté dans nos bagages de quoi espérer pendant mille ans ? »
Enfin, certains textes sont des réflexions sur le déroulement chaotique de sa vie : elle pose un regard affligé sur son époque (lire l’extrait) tout en maintenant vivant l’espoir d’un monde meilleur.
Bref, rien de compliqué, le journal d’une « exilée », d’une battante qui continue de s’accrocher à la vie dans ce qu’elle a de plus simple à offrir.
Le tout est très bien écrit, davantage évoqué que raconté, agréable à lire. En refermant le livre, on regrette de ne pas en savoir plus sur cette femme.
QUELQU'UN M'A DIT
Quelqu’un m'a dit que mes poèmes resteraient dans les siècles pour apprendre à l'humanité future quel feu a brûlé ces années incroyables vécues par notre génération sur la terre.
Certes, il y a eu peu d'époques aussi saturées de tempêtes et de cataclysmes, aussi fécondées par la mort, où le bonheur ait été aussi bref et déchirant, aussi intense la douleur et aussi démesuré l'espoir. Je suis le chant de nos ténèbres et de nos lueurs. Mais ne suis-je que cela ?
Je sens un autre cri monter à mes lèvres.
A travers les terres immenses, à travers les océans aux senteurs multiples, depuis que dans le temps a sombré le chaos: mon cœur bat dans tout enfant nouveau-né, dans toute floraison d'étoiles, dans les larmes noires du crépuscule tombant sur le monde, dans tout gémissement d'amour, dans la rapacité jamais rassasiée de la mort, dans l'immortelle révolte de la vie.
