17 juin 2016

Hélika. Mémoire d’un vieux maître d’école

Charles DeGuise, Hélika. Mémoire d’un vieux maître d’école, Montréal, Eusèbe Sénécal, 1872, 139 pages.

L’histoire se déroule au XVIIIe siècle sur une soixantaine d’années. Le point de départ, c’est un triangle amoureux. Le narrateur aime Marguerite qui aime Octave. Quand ces deux derniers se marient, le narrateur jure de se venger. Incapable de supporter la vue des amoureux, il  décide de fuir dans les bois. Il est accueilli par des Hurons qui lui donnent le nom d’Hélika. Il devient même le chef de la tribu et participe aux guerres menées contre les Iroquois, s’adonnant à toutes les atrocités. Quelques années plus tard, toujours possédé par son désir de vengeance, il enlève l’enfant d’Octave et de Marguerite, Angeline, et la confie à une vieille Indienne qui a la réputation de maltraiter les enfants. Les parents vont finir par mourir de chagrin. Des années passent, Angeline est devenue une adolescente. Non satisfait de la mort de Marguerite et d’Octave, Hélika veut poursuivre sa vengeance : il veut donner Angeline à Paulo, un Indien aussi féroce que lubrique. C’est alors qu’intervient à quelques reprises un acte surnaturel : quand il tente de faire du mal à Angeline, la mère de celle-ci lui apparaît. Un changement plutôt mal expliqué finit par se produire et, de tortionnaire vindicatif et cruel, il devient un père aimant et attentif.  

« Toutes ces pensées différentes me bouleversaient et lorsqu’enfin je pus m’endormir, une fièvre ardente s’était emparée de moi et ma tête était brûlante. Mon sommeil fut pénible et agité. J’étais au milieu d’un songe affreux, lorsqu’un éclat de tonnerre plus terrible que tous les autres vint abattre un chêne énorme à quelques pas de moi. Le bruit me fit ouvrir les yeux et que devins-je? En apercevant un spectre hideux penché sur moi, son souffle glacé, comme le vent d’hiver m’inondait tout le corps. Bientôt un pétillement comme celui d’un incendie dans les bois se fit entendre. Des lueurs sombres et sinistres environnèrent le spectre. La figure s’en dégagea. Grand Dieu! que vis-je? C’était Marguerite telle que je l’avais vue le matin, plongeant encore son regard dans le mien. Il avait la même fixité et le même éclat; mais cette fois de même que dans la savane, il était chargé de menaces. Ma frayeur augmenta encore, lorsqu’approchant sa bouche décharnée de mon visage, elle me répéta de sa voix brève et sépulcrale: « Frappe si tu l’oses! »

Entre-temps, Hélika s’engage avec d’autres Hurons dans la guerre contre les Anglais.  Il est fait prisonnier, est vendu comme esclave (on le croit Indien). Cinq ans plus tard, il réussit à s’échapper. De retour au pays, il découvre qu’Angeline est mariée et a un enfant : Adala.  Mais son mari vient juste d’être condamné à mort, suite à un procès injuste. Pétrie de chagrin,  Angeline décède et Hélika se retrouve seul avec Adala qu’il entoure de ses bons soins, voulant racheter à tout prix le mal qu’il a fait à sa mère et à ses grands-parents. Le récit de sa vie n’est donc que la recherche de rédemption d’une âme torturée.

La structure du récit est inutilement compliquée : un vieux maître d’école raconte une histoire dont a été témoin un autre maître d’école, il y a soixante ans. Ce dernier assista aux derniers instants de vie d’Hélika (il a plus de 80 ans) et fut le dépositaire d’un écrit dans lequel ce dernier raconte sa vie. Et plusieurs autres histoires sont imbriquées dans le récit d’Hélika. Bref, que d’entourloupettes inutiles pour avoir accès au récit d’Hélika.

Pour le reste, c’est un récit d’aventures et les invraisemblances ne sont jamais loin. Comment se fait-il qu’Hélika devienne chef des Hurons?  Comment expliquer sa conversion soudaine? C’est un récit plein de meurtres et de fureur et cette « méchanceté » est le plus souvent attribuée aux Indiens. Encore une fois, on joue sur une corde sensible en faisant d’un enfant la victime potentiel de quelques fous furieux.  C’est facile mais, en même temps, cela nous incite à poursuivre, désireux que nous sommes qu’une certaine justice triomphe.

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